Reconquérir le temps, c’est peut-être retrouver dans les paysages de l’enfance cette multitude d’événements que les années ont recouverts sans jamais les effacer. Faire resurgir des sensations, réinventer des souvenirs, redonner à l’ordinaire la densité du merveilleux. Avec Malaterre, sixième album des Marquises, Jean-Sébastien Nouveau entreprend ce voyage intérieur. Entièrement écrit et chanté en français, le disque explore une terre d’origine où l’intime se mêle au fantasme, où la mémoire se dérobe autant qu’elle révèle. Aux côtés de Martin Duru, il façonne huit morceaux organiques et énigmatiques, nourris notamment par les peintures de Damien Cadio. Une œuvre habitée, pour rapprivoiser le temps perdu, lui offrir de nouvelles perspectives.
Sur cet album, tu retournes vers ton enfance et tes lieux d’origine. Qu’est-ce qui t’a donné envie d’explorer cette période de ta vie ?
Ça n’a pas été prémédité. Avec Martin, nous avons commencé à faire des démos pour un éventuel nouvel album et, peu à peu, assez naturellement, on s’est rendu compte qu’un chemin se dessinait vers les paysages de mon enfance, qu’il connaît bien lui aussi. J’ai le souvenir que, chacun de notre côté, nous avons commencé à chercher des sons, des rythmes, des mélodies… et qu’en en parlant ensuite ensemble, il semblait bien que nos recherches convergeaient vers ces terres.
Avec Martin, nous nous connaissons depuis le collège, et dès le lycée il venait régulièrement chez mes parents à Beneuvre — le village de mon enfance — pour y faire de la musique dans une ancienne écurie que mes parents avaient aménagée pour que l’on puisse y jouer. Avec Martin, on y a passé beaucoup de temps, et cette nature nous a inspirés. Je pense que son influence sur nous s’est révélée plus manifeste avec le temps. En y allant moins, on y pense plus : ça devient un lieu d’origine, un lieu de naissance. C’est là où j’ai vécu mon enfance, là où nous avons commencé à faire de la musique ensemble. C’est un lieu important, un lieu de fantasmes aussi, un lieu finalement mystérieux.
C’est aussi le premier album des Marquises entièrement en français. Pourquoi ce choix s’est-il imposé sur ce disque ?
J’ai eu avec ce disque le désir de savoir ce que je faisais, d’être plus au clair, plus précis dans les paroles, même si ça peut paraître cryptique. J’ai écrit et chanté en anglais dans le passé pour être au plus proche de ce que j’écoutais le plus, et puis ça me semblait davantage être le langage universel de la pop, en quelque sorte. Maintenant, j’ai surtout envie d’être au plus juste avec moi-même et ce que je fais. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ces paroles avec Martin, et je me sens très à l’aise à l’idée de chanter ces morceaux, car ils me semblent authentiques, au plus près de ce que je ressens. Je n’essaie pas de ressembler à mes modèles comme ça a pu être le cas par le passé. J’essaie que ce soit naturel et limpide.
Le titre « Malaterre » évoque un lieu imaginaire, mais aussi quelque chose de très concret. Que représente-t-il vraiment pour toi ?
Ça n’a pas été prémédité. Avec Martin, nous avons commencé à faire des démos pour un éventuel nouvel album et, peu à peu, assez naturellement, on s’est rendu compte qu’un chemin se dessinait vers les paysages de mon enfance, qu’il connaît bien lui aussi. J’ai le souvenir que, chacun de notre côté, nous avons commencé à chercher des sons, des rythmes, des mélodies… et qu’en en parlant ensuite ensemble, il semblait bien que nos recherches convergeaient vers ces terres.
Avec Martin, nous nous connaissons depuis le collège, et dès le lycée il venait régulièrement chez mes parents à Beneuvre — le village de mon enfance — pour y faire de la musique dans une ancienne écurie que mes parents avaient aménagée pour que l’on puisse y jouer. Avec Martin, on y a passé beaucoup de temps, et cette nature nous a inspirés. Je pense que son influence sur nous s’est révélée plus manifeste avec le temps. En y allant moins, on y pense plus : ça devient un lieu d’origine, un lieu de naissance. C’est là où j’ai vécu mon enfance, là où nous avons commencé à faire de la musique ensemble. C’est un lieu important, un lieu de fantasmes aussi, un lieu finalement mystérieux.
C’est aussi le premier album des Marquises entièrement en français. Pourquoi ce choix s’est-il imposé sur ce disque ?
J’ai eu avec ce disque le désir de savoir ce que je faisais, d’être plus au clair, plus précis dans les paroles, même si ça peut paraître cryptique. J’ai écrit et chanté en anglais dans le passé pour être au plus proche de ce que j’écoutais le plus, et puis ça me semblait davantage être le langage universel de la pop, en quelque sorte. Maintenant, j’ai surtout envie d’être au plus juste avec moi-même et ce que je fais. J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire ces paroles avec Martin, et je me sens très à l’aise à l’idée de chanter ces morceaux, car ils me semblent authentiques, au plus près de ce que je ressens. Je n’essaie pas de ressembler à mes modèles comme ça a pu être le cas par le passé. J’essaie que ce soit naturel et limpide.
Le titre « Malaterre » évoque un lieu imaginaire, mais aussi quelque chose de très concret. Que représente-t-il vraiment pour toi ?
C’est « la mauvaise terre », la terre de l’origine qui contient forcément son lot de « malédictions » et de « sorts », en quelque sorte. Ça définit des êtres, des fantasmes, des aspirations, des limites aussi. C’est très concret et très abstrait à la fois.
Il y a toujours eu quelque chose de mystérieux dans tes albums mais c’est encore plus marquant dans celui-ci. Comment définis-tu l’équilibre entre évocation de l’intime et ce mystère ?
Préserver un, des mystères dans nos albums, c’est important. Pour moi, une œuvre se doit d’être mystérieuse, de rester un peu insaisissable pour que l’on puisse y revenir sans fin. Il n’y a rien de plus triste pour moi que d’écouter un album et de m’en lasser au bout de deux écoutes parce que j’ai le sentiment de tout voir, de tout comprendre. Une œuvre, pour moi, doit résister et avoir des failles.
J’aime beaucoup le cinéma de David Lynch pour cela. Pour moi, il y a une vérité là-dedans : suivre son intuition et prendre du plaisir à se perdre de vue.
Tu avais abordé l’exil et le départ sur « Soleils Noirs ». Avec « Malaterre », tu explores le retour. Est-ce une manière de poursuivre un même cheminement personnel ?
Il y a toujours eu quelque chose de mystérieux dans tes albums mais c’est encore plus marquant dans celui-ci. Comment définis-tu l’équilibre entre évocation de l’intime et ce mystère ?
Préserver un, des mystères dans nos albums, c’est important. Pour moi, une œuvre se doit d’être mystérieuse, de rester un peu insaisissable pour que l’on puisse y revenir sans fin. Il n’y a rien de plus triste pour moi que d’écouter un album et de m’en lasser au bout de deux écoutes parce que j’ai le sentiment de tout voir, de tout comprendre. Une œuvre, pour moi, doit résister et avoir des failles.
J’aime beaucoup le cinéma de David Lynch pour cela. Pour moi, il y a une vérité là-dedans : suivre son intuition et prendre du plaisir à se perdre de vue.
Tu avais abordé l’exil et le départ sur « Soleils Noirs ». Avec « Malaterre », tu explores le retour. Est-ce une manière de poursuivre un même cheminement personnel ?
Je n’avais pas pensé à ça… mais c’est certain que tous mes albums traduisent un cheminement personnel. Soleils Noirs était lié à la période de pandémie et à la naissance de notre fille. Pendant une longue période, je n’ai pas voyagé, alors que les années précédentes je faisais un ou deux « gros voyages » par an. Ça m’a manqué, et j’ai fait Soleils Noirs pour me faire faire des voyages immobiles. Je voulais fermer les yeux et traverser des paysages.
Malaterre n’est pas qu’un retour, je dirais plutôt que c’est une réinterprétation, une revisitation de la terre de mon enfance. J’ai mêlé à mes souvenirs des fantasmes, des images mentales. D’ailleurs, l’album ne creuse pas du tout la veine de la nostalgie, car tout ça est réactualisé et actuel, en réalité.
Tu retrouves là encore Martin Duru pour composer et écrire les textes. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
Malaterre n’est pas qu’un retour, je dirais plutôt que c’est une réinterprétation, une revisitation de la terre de mon enfance. J’ai mêlé à mes souvenirs des fantasmes, des images mentales. D’ailleurs, l’album ne creuse pas du tout la veine de la nostalgie, car tout ça est réactualisé et actuel, en réalité.
Tu retrouves là encore Martin Duru pour composer et écrire les textes. Comment avez-vous travaillé ensemble ?
On travaille toujours un peu de la même manière avec Martin depuis le début. Ce n’est pas une manière de faire très « sexy » ou « rock’n’roll ». Quand on fait une résidence dans une maison de campagne, par exemple, on prend chacun une chambre avec notre matériel et on passe des journées entières à chercher, à enregistrer des choses chacun de notre côté. Au bout d’un moment, on met tout en commun, on écoute, on organise un peu, et on repart chacun de son côté.
Pour les paroles, c’est un peu le même processus. Mais jamais on ne compose tous les deux dans la même pièce. Pour moi, c’est beaucoup trop intime. Pour chercher, il faut être seul dans son monde, dans son trip, et après on s’ouvre, on se referme, on rouvre…
Pour les paroles, c’est un peu le même processus. Mais jamais on ne compose tous les deux dans la même pièce. Pour moi, c’est beaucoup trop intime. Pour chercher, il faut être seul dans son monde, dans son trip, et après on s’ouvre, on se referme, on rouvre…
Quelles sont les influences musicales qui ont accompagné la création de ce disque ?
Les peintures de Damien Cadio m’ont accompagné pendant tout le processus. J’avais découvert son travail aux Beaux-Arts de Nantes et via son site internet, et très vite j’ai imprimé certains de ses tableaux pour les avoir près de moi dans mon studio. Et quand je me sentais bloqué sur un morceau, je regardais ces peintures pour trouver des ouvertures, des « solutions » à mes problèmes.
C’est la principale inspiration de l’album et je suis très heureux qu’il ait accepté que l’on utilise ses peintures pour l’artwork du disque.
Musicalement, j’ai du mal à me rappeler ce que j’écouterais ou ce que j’étais à ce moment-là… Il y avait Talk Talk et Mark Hollis, bien sûr, et peut-être aussi du Murat, Rémué de Dominique A, et même si j’écoute peu et que je connais mal, Coil reste toujours dans un coin de ma tête.
J’avais eu le plaisir de te voir en concert il y a longtemps (2020 lors du Festival Off/On) en duo. Tu vas défendre, aujourd’hui Les Marquises sur scène en groupe avec Martin Duru et Rémy Kaprielan. Faire vivre ton univers sur scène, est j’imagine important mais aussi plus complexe à plusieurs. Qu’est ce que cette formule change pour toi ?
Avec Rémy Kaprielan, tout se fait facilement ! On s’entend très bien et il est très doué, donc ça roule très rapidement. On profite de sa présence pour accentuer l’aspect rythmique en live. Notre musique en concert est plus vivante, plus énergique. Sur disque, on met l’accent sur la finesse et le mystère, et en live on déplace un peu nos intentions vers l’énergie et la vie.
C’est la principale inspiration de l’album et je suis très heureux qu’il ait accepté que l’on utilise ses peintures pour l’artwork du disque.
Musicalement, j’ai du mal à me rappeler ce que j’écouterais ou ce que j’étais à ce moment-là… Il y avait Talk Talk et Mark Hollis, bien sûr, et peut-être aussi du Murat, Rémué de Dominique A, et même si j’écoute peu et que je connais mal, Coil reste toujours dans un coin de ma tête.
J’avais eu le plaisir de te voir en concert il y a longtemps (2020 lors du Festival Off/On) en duo. Tu vas défendre, aujourd’hui Les Marquises sur scène en groupe avec Martin Duru et Rémy Kaprielan. Faire vivre ton univers sur scène, est j’imagine important mais aussi plus complexe à plusieurs. Qu’est ce que cette formule change pour toi ?
Avec Rémy Kaprielan, tout se fait facilement ! On s’entend très bien et il est très doué, donc ça roule très rapidement. On profite de sa présence pour accentuer l’aspect rythmique en live. Notre musique en concert est plus vivante, plus énergique. Sur disque, on met l’accent sur la finesse et le mystère, et en live on déplace un peu nos intentions vers l’énergie et la vie.
La peinture de Damien Cadio en couverture de Malaterre semble prolonger l’atmosphère énigmatique et onirique du disque. Comment cette œuvre est-elle entrée en résonance avec ta musique, et quelle place accordes-tu à l’art visuel dans l’identité des Marquises ?
Sur tous les albums, il y a toujours des inspirations visuelles qui m’inspirent, qui me guident. Et puis souvent, ça m’évite d’être face à une page blanche. J’aime bien avoir une image qui m’interpelle, qui semble me donner un début de piste au tout début. Et ensuite, je continue de trouver d’autres images quand je suis bloqué ou que je recherche un grain, une couleur spécifique.
La peinture utilisée en pochette de Malaterre est vraiment l’image que j’ai le plus regardée en travaillant sur le disque. Parfois, je regarde des images pendant la composition d’un album, mais l’image de la pochette, elle, vient dans un second temps.




