Bella Moulden signe, avec son EP « Voyager » un disque profondément personnel, à la croisée du rock, du blues, de la pop et de l’alternatif. Plus qu’un simple projet musical, Voyager est le témoin d’un parcours artistique et humain, celui d’une musicienne autodidacte qui écrit, joue et produit elle-même chacun de ses morceaux. À travers cet EP, Bella revendique une musique sincère, tangible et affranchie des codes de l’industrie actuelle. Dans cette interview, elle revient sur la genèse de Voyager, son rapport à la création, à l’image, à l’indépendance et au monde musical d’aujourd’hui.
Ton EP s’intitule Voyager. Que représente ce voyage pour toi ?
« Voyager » est essentiellement l’aboutissement de tous mes morceaux sortis précédemment, plus une chanson inédite, avant la sortie de The Tower. Le morceau titre a été écrit quand j’étais au lycée, et il m’a fallu toutes ces années pour enfin le publier. À l’origine, c’était une chanson très triste, mais je l’ai transformée en quelque chose de presque comique, notamment avec la sortie de mon tout premier clip, que j’ai entièrement créé et réalisé moi-même.
Cette transformation était une manière de faire face à une relation passée qui s’est ensuite transformée en situation de harcèlement. Avec « Voyager », je voulais créer un EP qui documente mon parcours en tant qu’autrice, productrice et artiste, mais aussi un objet tangible, quelque chose que les plateformes de streaming ne peuvent pas s’approprier. Les services de streaming nuisent énormément aux artistes, surtout aujourd’hui avec l’essor de la musique générée par l’IA. Ils font tout pour éviter de rémunérer les artistes de manière équitable, et cela m’inquiète sincèrement pour l’avenir de la musique.
Tu as grandi en déménageant souvent. Comment ce sentiment de mouvement permanent a-t-il façonné ta musique et ton identité artistique ?
Déménager de ville en ville a été difficile, mais d’une manière étrange, ça m’a énormément aidée. J’ai pu tester différentes facettes de moi-même, différentes « personnalités », jusqu’à comprendre qui je voulais réellement être. Cette prise de conscience s’est faite pendant le COVID, juste après être devenue légalement adulte.
Cette période m’a permis de réfléchir, de m’éloigner des attentes extérieures et de m’autoriser à être simplement moi-même, ce qui, visiblement, est… beaucoup. Comprendre cela a profondément façonné mon identité artistique. Mon personnage n’est pas un rôle : c’est juste moi, ou du moins une version très honnête de moi-même.
Tu joues et produis tous tes morceaux toi-même. Est-ce une forme de liberté ou une manière de garder le contrôle de ton histoire ?
C’est clairement une forme de liberté. Cela me permet de créer en dehors des attentes de l’industrie. Par le passé, j’ai travaillé avec des personnes qui m’envoyaient des prods toutes faites, complètement absurdes, alors même qu’elles avaient collaboré avec des artistes « célèbres ». Ça n’a jamais eu d’importance pour moi, parce qu’au final, la musique sonnait creux.
Je veux créer des choses qui ont du poids, qui comptent. Ce n’est pas que je pense être la seule capable de le faire, mais tant que quelqu’un ne m’apporte pas quelque chose que je ressens profondément, je continuerai à travailler seule. Cela dit, ce moment est arrivé plus tôt que prévu, et quelques collaborations sont en cours. J’ai vraiment hâte que les gens les découvrent.
Ta musique navigue entre rock, blues, pop et alternatif. Est-ce un choix conscient ou simplement le reflet de qui tu es ?
Je pense que c’est simplement le reflet de qui je suis. Je fonctionne entièrement à l’émotion. Je déteste me sentir enfermée dans un genre, ce qui complique forcément le marketing, oups ! Mais au fond, je dirais que mes racines sont clairement rock.
Certains jours, je me sens très pop années 80, d’autres jours j’ai envie de cette rugosité blues-rock, et parfois c’est juste de l’énergie rock pure. Ces derniers temps, je penche davantage vers le rock, et j’aime beaucoup la direction que ça prend. Bien sûr, il y aura toujours cette petite touche Bella Moulden du genre « décide-toi ! ».
Tes morceaux ont rencontré un énorme succès sur TikTok. Comment vis-tu cette connexion directe et massive avec le public ?
Honnêtement, c’est complètement fou. J’ai une relation assez compliquée avec TikTok ces derniers temps, ils ont même supprimé mes crédits d’autrice de ma propre page à un moment. J’ai toujours eu l’impression qu’il y avait deux choses distinctes qui devenaient virales : « Selfcare » et « Season of the Witch », puis moi sur TikTok à travers mes vidéos de performance.
TikTok ne m’a jamais vraiment permis de me reconnecter à ma propre musique comme je l’espérais à l’époque, mais je sais que beaucoup de personnes m’ont découverte grâce à cette plateforme. Cela dit, je ne m’y rends presque plus. Je suis très peu sur les réseaux sociaux aujourd’hui, ce qui peut sembler fou pour une artiste de la Gen Z, mais ça a été extrêmement bénéfique pour ma santé mentale. Pas de streaming, pas de réseaux sociaux. Juste des webzines, des magazines, des journaux, et de la musique sur mon lecteur CD, MP3 et mon Walkman. Vive les supports physiques.
Des artistes comme Juliette Lewis et des marques comme Gibson t’ont soutenue. À quel moment as-tu réalisé que ta carrière prenait une nouvelle dimension ?
Ce n’est jamais comme les gens l’imaginent. Ces moments arrivent quand on n’y pense même pas. Je suis généralement déjà concentrée sur la suite : comment avancer, évoluer, faire mieux. Je ne pense pas avoir déjà ressenti un vrai moment de satisfaction, même après des étapes importantes.
Cela dit, je suis profondément reconnaissante. Le soutien de ces artistes et de ces marques compte énormément pour moi. Juliette est tout simplement incroyable, l’une de mes toutes premières supportrices et un être humain d’une gentillesse rare. Ma famille et moi sommes fans d’elle depuis toujours. C’est une âme magnifique, une actrice et une chanteuse incroyablement talentueuse.
Ton style visuel est très fort. Quelle place occupe l’esthétique dans ta manière de raconter ta musique ?
Oh, très bonne question. Est-ce que l’esthétique doit forcément raconter quelque chose ? Ne peut-elle pas simplement exister ? Je sais que l’esthétique est souvent censée porter une partie, voire toute, l’histoire, mais est-ce que la mienne doit être aussi explicite ? Est-ce qu’elle ne peut pas rester mystérieuse ?
Cela dit, l’esthétique joue évidemment un rôle important dans la façon dont je présente ma musique. Il y a toujours du symbolisme caché quelque part, et c’est excitant quand les gens commencent à le remarquer. Je vais volontairement rester un peu vague. J’ai envie de laisser l’interprétation au public, jusqu’à ce que le moment soit venu..
Suivre Bella Moulden https://linktr.ee/bellamoulden



