Voix singulière et magnétique de la nouvelle scène québécoise, Ariane Roy s’impose depuis quelques années comme une artiste fascinante, autant par la puissance émotionnelle de ses chansons que par l’intensité de ses prestations scéniques. Invitée à Rennes dans le cadre de l’opération De BARS en BARS, lors des Bars en Trans 2025, elle est venue présenter Dogue, un album plus sombre et plus mordant, conçu comme un espace de liberté et de permission. Sur la scène du petit théâtre de La Parcheminerie, l’artiste a livré un concert habité, à la fois intime et théâtral, où chaque morceau s’inscrit dans une narration en tension constante. Elle revient ici sur son rapport à cette nouvelle reconnaissance, son désir d’exister pleinement à travers la création, la différence de réception entre les publics québécois et français, ainsi que sur l’importance de ces dispositifs de circulation pour bâtir un parcours international francophone.
Vous êtes souvent décrite comme une figure de proue de la nouvelle scène québécoise : comment vivez-vous cette étiquette, entre reconnaissance et pression ?
Je pense que je fais partie d’une communauté d’artistes qui ont la chance de jouer au Québec et de participer à cette nouvelle vague musicale, et c’est déjà immense pour moi. Ça me donne envie de creuser plus loin, en continuant à être fidèle à mes idéaux et ma vision artistique. Autrement dit, j’essaie de me mettre une pression saine mais qui ne m’empêche pas de créer ce que je veux créer.
Votre nouvel album Dogue dévoile une facette plus sombre et plus mordante de votre écriture : qu’est-ce qui a déclenché ce virage artistique ?
Une envie d’exister je pense. Ça faisait longtemps que ça avait envie de sortir de moi, et la création d’un album permet de canaliser toutes les choses que je veux dire, que je veux être, mais que je n’assume pas dans la vie de tous les jours. C’est un album de plaisir et de permission.
Vos concerts sont réputés pour leur intensité émotionnelle : que cherchez-vous avant tout à provoquer chez le public lors d’un live ?
Qu’ils se sentent impliqués. J’aime créer une trame narrative, un fil d’intensité qui évolue tout au long du spectacle : il y a quelque chose de théâtral dans cette idée qui permet vraiment de se couper du reste du monde. J’ai envie qu’on oublie le monde extérieur pendant 1h30, mais aussi que les gens arrivent à se laisser aller, à se défouler, à se sentir libres.
Vous avez déjà conquis plusieurs scènes européennes ces dernières années : percevez-vous une différence dans l’écoute ou l’énergie du public français par rapport au public québécois ?
J’ai l’impression que le public québécois est très expressif, tandis que le public français est plus dans la retenue mais très attentif.
Quel a été votre ressenti sur le cadre très particulier du petit théâtre de La PARCHEMINERIE et ce lieu a -t-il eu une influence sur votre manière de transmettre vos chansons ce soir-là ?
C’est une salle étroite et faite sur le long, donc on a le sentiment paradoxal d’un format de salle intime même si il y a une certaine distance entre le band et le public. Dans ces cas, j’ai souvent envie d’aller voir les gens dans les rangées, de prendre la salle entière comme terrain de jeu.
Que représente pour vous une initiative comme De BARS en BARS/BARS en TRANS dans la construction d’un parcours international francophone ?
C’est une initiative qui permet à des gens qui viennent de loin de se faire découvrir et potentiellement bâtir un réseau. Je pense que c’est une façon de se découvrir entre artistes aussi, de partager des loges ensemble, de discuter et d’aller voir des spectacles de projets musicaux qu’on n’aurait jamais vu autrement.
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Crédit photo Léa Taillefer



