DANS LA PEAU DE REQUIN-CHAGRIN !

Requin Chagrin concrétise ses rêves adolescents dans un road-movie pop sur les rivages du rock garage. Avec son second album « Sémaphore », signé sur le label d’Indochine KMS Disques, il explore toujours plus loin sa narration à l’arrière-goût d’été mélodique. Des airs entraînants et des compositions sensibles aux textes poignants : voilà autant d’éléments que ce groupe façonne depuis le début. Leurs escapades musicales vivifiantes, dans une quête de futur et d’identité, insufflent l’oxygène et étoffent peu à peu sa peau de requin.
Rencontre avec Marion Brunetto, la chanteuse du groupe !

Avec votre second album Sémaphore vous explorez en 10 titres toujours plus loin une narration à l’arrière-goût d’été mélodique et poignante. Qui a fait quoi dans cet opus ?
Ça s’est fait au début de manière assez solitaire, j’avais envie de changer un peu mes habitudes par rapport au 1er album. J’avais envie de pas faire ça que chez moi dans mon petit appart, j’avais envie d’avoir presque un studio éphémère amateur pour mettre en place tout ça. J’ai travaillé avec Bénédicte Shmitt du Labomatic studios qui m’a accompagné dans le sud chez moi, ça m’a permis d’être vraiment plus autonome.
Puis je suis retournée à Paris puisqu’il y avait des concerts de prévu, notamment avec Indochine, et j’ai ensuite fini par travailler avec Adrien Pallot qui a réalisé l’album. Je trouvais assez cool la manière dont il voyait les choses, c’est un mec qui est hyper calé sur tout ce qui est k7, enregistrement à bande, et c’est exactement ce que je recherchais aussi.
Nous avons refait des enregistrements dans des conditions plus live. Nous avons fait ça de avril à fin juin 2018, ensuite direct le mixte et mastering.

La principale différence par rapport au 1er album c’est donc plus cette façon de travailler ou tu y vois autre chose dans l’évolution ?
Sur notre 1er album il y avait Yoan, notre ancien clavier qui avait fait des prises, et Greg pour la basse. Là vraiment j’ai fait tous les instruments même le clavier – où je ne suis pas hyper à l’aise – pour essayer de trouver des choses.

Requin Chagrin – Sémaphore

Après avoir fait l’ouverture pour Indochine dans de grandes salles françaises, vous avez acquis une expérience non négligeable. Comment appréhendes-tu la suite des dates ?
Indochine c’était plus sur l’année dernière, mais c’était assez dingue d’être catapulté dans les plus grandes salles de France. Et en même temps nous en avons fait quand même 17, nous avions des repères à force. Le public d’Indochine est vraiment cool et ils savent que c’est Nicolas qui choisit ses premières parties donc déjà ils sont plutôt bienveillants envers nous.

Et justement Nicolas a-t-il participé à l’élaboration de l’album ?
Il nous a suivi, oui, sur l’élaboration du disque. Même si c’est lui qui l’a sorti, comme ça s’est fait sur une période de tournée pour Indochine, il suivait à distance avec des échanges de mails et des conseils. Il nous a laissé une entière liberté et beaucoup d’encouragement.

Comment procèdes-tu pour l’élaboration de tes textes ?
Pour les textes, je me base déjà sur la musique : j’essaie d’abord de trouver une mélodie de voix, et en cherchant cette mélodie il y a des mots qui viennent et ça me donne une sorte de premier croquis que j’étoffe en fonction de l’énergie du morceau. C’est assez instinctif en réalité.

Mais as-tu une idée de départ ?
Ça dépend. Par exemple, pour « Le Chagrin » qui est un morceau du premier album, j’avais envie de parler de l’engrois comme d’un personnage qui s’emparait de quelqu’un pour s’en servir.
C’est un thème un peu vague. Sur un autre morceau du 1er, cela parlait entre les lignes de synesthésie de trucs sur les couleurs. Il peut y avoir aussi parfois une double lecture après que les morceaux aient été orchestrés et joués. Ou parfois des inspirations avec des images, des couleurs, mes ambiances comme sur « Soleil Blanc » j’avais en tête la chanson d’Étienne Daho « Un Duel Au Soleil » qui m’a servi de base. Pour le morceau Sémaphore, je cherchais des mélodies et ce mot-là est venu.
Il y a un sémaphore à Ramatuelle, j’ai construit la chanson autour de cette image plutôt dans le sens de la tour de contrôle, pas le phare en lui-même. Pas forcément très sexy comme bâtiment, mais il y avait cette ambiance particulière qui surplombe la mer qui correspondait bien à l’esprit.
8- Justement dans Sémaphore, tu dis “Aujourd’hui les mots m’emprisonnent”. Penses-tu que notre air d’hyper-communication engendre la perte de l’essence même des mots ?
Il y a un lien à faire avec le moyen de communication, je n’y ai pas pensé sur le moment mais dans cette phrase, à part cette image de mer et de plage ou du bâtiment en lui-même, j’y voyais cette lumière en boucle et l’écho du sémaphore. Sur cette chanson je parle de quelqu’un qui est perdu dans une histoire d’amour, qui est complètement paralysé par ça.

Quel chemin parcouru, depuis ta chambre d’adolescente dans le Var, où tu bidouillais tes guitares jusqu’à aujourd’hui, avec la signature sur le label d’Indochine, puis la tournée avec eux dans de grandes salles de concerts… Avais-tu rêvé tout cela ?
Je n’étais pas trop dans la préméditation même si j’ai fait ça un peu tard – 25 ans, le déclic est venu tard. C’est plus à ce moment-là où je me suis dit « je vais monter mon propre groupe », puisque je faisais partie d’autres groupes avant où j’étais batteuse (Les Guillotines et d’Alphatra garage/punk). Je voyais aussi pas mal de monde autour de moi s’acheter des équipements pour pouvoir bricoler du son chez eux, j’ai eu envie d’essayer ! J’ai pris un enregistreur K7 qui n’était pas du tout pratique à première vue, mais qui finalement m’a beaucoup plu. Je ne suis pas très à l’aise avec les logiciels et la technologie… Là il y a une K7 quatre pistes, je trouvais ça plus simple au final.

vous venez de sortir votre clip « Rivières » le 18 octobre. Avec qui avez-vous collaboré pour la réalisation ?
J’ai de nouveau fait appel à Simon Noizat avec qui nous avons pas mal bossé depuis le début de requin chagrin. Il a réalisé le tout premier clip pour le morceau Adélaïde puis Mauvais présage, Sémaphore et maintenant Rivières.

Qui a eu l’idée de immersion ?

A la base j’avais envie que le groupe soit présent dans ce clip et je voyais bien un clip qui collait littéralement au refrain « sans toi je prends l’eau » mais rien de bien précis!
Et puis Simon avait eu carrément une idée beaucoup avancée avec la pluie, le bassin et le fait d’immerger petit à petit le tout le monde. C’était assez clair et ça collait avec le titre.

Qu’est-ce que L4L peut te souhaiter pour la suite ?
Que cette aventure avec cet album soit la plus longue possible et se déroule bien.

Suite de l’entretien dans le prochain numéro de Persona de Novembre : https://www.personaedition.com

Stef’Arzak et Alechinsky