[Chronique] CROCODILE BOOGIE – « Old School Man Blues »

Deux après-midis d’août 2022. Pas plus. C’est tout ce qu’il aura fallu à Crocodile Boogie pour capturer l’essence brute de « Old School Man Blues«  au Fly-House Records Studio. Quatre sessions de mix avec Franck Headon, et l’affaire était dans la boîte. Alors pourquoi avoir attendu jusqu’à décembre 2025 pour le sortir ? Peut-être parce que ce disque, comme les grandes vérités, ne se livre pas avant d’être prêt. Et aujourd’hui, il débarque avec la force d’un uppercut blues.

Ce nouvel album est un condensé de ce que Seb Blanchais, le cerveau et la voix du projet, figure indispensable de la scène rock indépendante française, a toujours cherché à faire : un rock & blues sans concession, vivant, joué debout, sans artifices ni faux semblants. Présent sur la scène depuis des années, disquaire, label manager de Beast Records et chanteur charismatique, Seb Blanchais a toujours revendiqué un rapport viscéral à la musique : la jouer fort, la jouer vrai, la jouer comme on respire.

Old School Man Blues déroule une ligne claire : du groove, de l’énergie, des guitares qui grincent et des rythmes qui poussent. On sent ici l’héritage de la tradition blues, du boogie poisseux au rock nerveux, sans jamais tomber dans la reproduction ou le cliché. C’est une musique vivante, héritière autant de John Lee Hooker que du rock’n’roll granuleux qui a forgé tant de nuits blanches sur des planches vibrantes.

Ce disque est une balade intense entre riffs serrés et grooves entêtants, une vraie promenade dans un univers où l’émotion prime sur la perfection, et où chaque morceau sonne comme un témoignage direct, presque cru, de vie.

Dans ses précédents projets, notamment « A Family Affair » (2020), Seb Blanchais avait déjà expliqué que la musique Crocodile Boogie était né d’une ambiance collective, amicale, réunissant amis et musiciens proches, ce qui donnait à l’œuvre une vraie chaleur organique. Cette approche n’a fait que s’affirmer avec « Old School Man Blues« . Affirmant ainsi que ce n’est pas qu’un simple disque de studio, mais un disque de vie, un peu comme une conversation musicale où chacun joue sa part avec conviction.

Et puis il y a cette philosophie d’authenticité, qui n’est pas sans rappeler l’esprit brut et farouche de Charles Bukowski, cet écrivain qui, à coups de mots simples mais profonds, a fait de sa vie le matériau même de son art. Il disait : »Find what you love and let it kill you » trouve ce que tu aimes et laisse-le te consumer. « Old School Man Blues » pourrait très bien être cet album-là : un disque qui ne cherche pas à faire dans la douceur, mais plutôt à révéler l’intensité, la vérité et le danger.

Comme Bukowski confrontant le monde sans détour, »We’re all going to die, all of us, what a circus! », Crocodile Boogie prend le blues à bras-le-corps, sans sophistiqué inutile, et le renvoie à sa source : la vie telle qu’elle est, avec ses erreurs, ses doutes, ses éclats de rire et ses coups de blues.

« Old School Man Blues«  n’est pas un album pour les oreilles timides. C’est un disque de cœur, de peau et d’amplis criant. Une œuvre qui hurle, qui groove, qui vit. Dans un monde saturé de productions lisses, Crocodile Boogie nous rappelle que l’essentiel n’est pas d’être parfait, mais d’être authentique, intense et libre , un peu à la manière de Bukowski, qui voyait dans la vie elle-même la forme la plus brutale et la plus vraie d’art.

 

Tracklisting :
Face A :
1. Corkscrew
2. Filth
3. I Need Somebody
4. Most of the Time

Face B :
5. Weirdo
6. I Was Wrong
7. Lowdown
8. If You Leave Me

« Old School Man Blues » est disponible ici : https://www.beast-records.com/produit/crocodile-boogie-old-school-man-blues-br370/