[Chronique] Rodolphe Burger & Sonnenblume – Pump Up the Valium : Des listes et des notes

Et si la musique se jouait aussi de nos habitudes, de nos catégories et de nos certitudes ? Avec Sonnenblume, Rodolphe Burger cultive depuis 2019 une aventure collective aussi singulière qu’inclassable, née au sein du foyer d’accueil spécialisé Les Tournesols, à Sainte-Marie-aux-Mines. Une rencontre qui aurait pu rester anecdotique s’est transformée en véritable territoire de création, où les personnalités s’affirment, les idées circulent et les accidents deviennent matière à chansons. Pump Up the Valium, premier album de cette improbable formation, en témoigne avec une liberté réjouissante.

Dix titres pour une joyeuse échappée hors des sentiers balisés. Les morceaux de Kat Onoma, « La Chambre » en tête, croisent Depeche Mode (« Personal Jesus »), les Allemands de Grauzone (« Eisbär ») ou encore des compositions façonnées autour d’horloges parlantes, de GPS, d’horoscopes et de proverbes. Un inventaire poétique et sonore qui doit autant à l’imagination de Dominique, passionné de listes, qu’à l’accompagnement musical de Rodolphe Burger et Jean-Noël Gvozden. Ici, les improvisations textuelles ne constituent pas un simple décor : elles dessinent une autre façon d’habiter la chanson, de la faire dérailler doucement vers des territoires inattendus.

La guitare de Burger, reconnaissable entre mille, apporte ses textures hypnotiques et ses élégantes échappées électriques, tandis que les voix de Sonnenblume insufflent à l’ensemble une spontanéité désarmante. Il y a quelque chose de profondément réjouissant dans cette manière de déplacer les morceaux, de leur offrir une seconde vie, parfois insolite, toujours habitée. « La Chambre » s’ouvre ainsi à une nouvelle intimité, quand « Personal Jesus » devient le terrain d’un cadeau musical inattendu, proposé par Victoria. L’album ne cherche jamais à masquer les singularités du collectif : il les accueille, les assemble et les transforme en langage commun.

Derrière son titre délicieusement provocateur, Pump Up the Valium célèbre finalement une forme de désordre heureux. Une musique qui préfère la rencontre à la démonstration, l’écoute à la maîtrise, l’inattendu aux recettes éprouvées. Loin des postures compassionnelles, Sonnenblume revendique pleinement sa place dans le paysage musical, avec ses individualités, ses envies et ses rêves. Et Rodolphe Burger, fidèle à son goût pour les aventures hors normes, trouve ici un nouveau terrain d’exploration, profondément humain sans jamais renoncer à l’exigence artistique.

Une belle leçon de liberté, en somme : parfois, il suffit de quelques listes, d’une guitare et de voix singulières pour remettre la musique en mouvement.