Neuf albums et trois décennies de carrière : on aurait pu croire que les Queens of the Stone Age n’avaient plus de surprises à offrir. « Perfecth », sorti le 30 octobre chez Matador Records, prouve le contraire. Josh Homme y délaisse en partie les riffs massifs qui ont fait sa légende pour un disque plus aéré, plus intime et plus audacieux.
Le titre lui-même est un clin d’œil : Josh Homme a volontairement déformé le mot « perfect », puisque rien n’est parfait en ce monde… Chaque morceau semble venir d’un univers différent, et cette diversité fait la richesse de l’ensemble. L’album a été enregistré en tournée, entre Los Angeles et La Nouvelle-Orléans, et il en garde le côté vivant d’un mixtape.
Ceux qui voient encore les Queens of the Stone Age comme un simple groupe de « stoner rock » sorti tout droit du désert californien seront surpris. Les fondations sont bien là, mais les chansons respirent autres choses et les arrangements laissent de la place a plus de nuances et aux émotions.
Le voyage débute avec « It’s Only Love », un titre d’ouverture sombre et tout en retenue. Le bruit d’un vrai train traverse le morceau et l’intensité monte peu à peu, portée par de superbes envolées orchestrales. Premier indice que le groupe a beaucoup de nouvelles choses à dire.
Vient ensuite « Insignificant Other », peut-être le titre le plus accessible de toute leur discographie. Rock, funk et disco s’y mêlent avec un naturel désarmant, sans rien perdre de la noirceur qui plane sur le groupe depuis le début. Le chanteur y évoque son divorce, la distance, ce vertige qu’on ressent quand quelqu’un disparaît du jour au lendemain.
Les fans du versant plus direct du groupe ne sont pas oubliés pour autant. « Where The Goth Girls At? », revient sur les frôlements avec la mort qu’a connus Josh, et « Run Away From The Mob » clôt le disque en grandissant au fil des minutes, une générosité bruyante.
Ce sont pourtant les titres les plus aventureux qui donnent envie d’écouter et réécouter cet album. « Easy Street » associe guitare acoustique, claquements de mains savamment orchestrés et harmonies vocales de la chanteuse country Nikki Lane, pour un résultat tout séduisant et « Mono » est une vraie friandise pour les fans du style. Quant à « Sunday », coécrit avec Iggy Pop à l’époque du magistral « Post Pop Depression », il y évoque un David Bowie du milieu des années 70, avec un Josh étonnant de justesse et un Jon Theodore en état de grâce derrière la batterie.
Moins frénétique, plus contemplatif, « Perfecth » n’a peut-être pas l’ampleur épique de « Rated R » ou de « Songs for the Deaf », mais c’est un excellent album de Queens of the Stone Age. Un disque qui rallume la flamme avec une classe folle.




