Chez PISS, la lutte féministe prend la forme d’une déflagration. Dans un climat général délétère pour les droits des femmes, entre crises identitaires, économiques et politiques, montée de l’extrême droite et résurgence des sociétés réactionnaires et anti-genre, la violence sonore du quatuor canadien agit comme une réponse frontale à la violence patriarcale. Une manière de retourner le vacarme contre ceux qui l’imposent, de faire du bruit là où l’on voudrait encore réduire les voix au silence.
Né à Vancouver autour de la chanteuse Taylor Zantingh et du guitariste Tyler Paterson, puis rejoint par Gavin Moya à la basse et Garreth Roberts à la batterie, PISS s’est rapidement forgé une réputation scénique incendiaire. Avec You Made Me / Skin On Linen, son premier album chez Sub Pop, cette énergie trouve un terrain d’expression particulièrement abrasif. Une trentaine de minutes pour tout faire exploser : guitares saturées, rythmiques martelées, basses grondantes et hurlements déchirants composent un noise punk viscéral, sans concession ni échappatoire.
I Wanted To Be A Singer transforme les rêves d’enfance brisés en décharge électrique, Time Loop At Hot Slit cavale dans une frénésie incontrôlable et There Was A Door pousse la tension jusqu’à l’implosion. Chaque morceau semble arracher un fragment de mémoire, convoquant les violences sexuelles, les traumatismes et les mécanismes de domination qui traversent les existences féminines. Des voix d’enfants aux interventions d’Andrea Dworkin et de Manon Garcia, l’album juxtapose les témoignages et les blessures, transformant le chaos instrumental en véritable espace de résistance.
Mais derrière cette brutalité, une vulnérabilité immense affleure. Dans I Keep Trying To Change The Ending, dernière pièce étirée sur six minutes, la rage finit par céder quelques instants à une voix fragile : « I won’t bleed forever ». Une éclaircie au milieu des décombres, une promesse de résilience arrachée à la douleur.
PISS ne cherche pas à rendre la colère séduisante. Le groupe lui donne des guitares, des corps, des cris et une intensité ravageuse. « You Made Me / Skin On Linen » frappe comme une nécessité : un album qui transforme la violence subie en puissance sonore, et rappelle que le bruit peut aussi devenir une arme de résistance.




