Difficile d’évoquer Johnny Marr sans immédiatement penser à son groupe The Smiths, qui a laissé une trace colossale dans l’histoire du rock britannique. Pourtant Johnny Marr, n’a jamais cessé de créer depuis la séparation du groupe, il y a près de quarante ans : Modest Mouse, The Cribs, Electronic aux côtés de son complice Bernard Sumner… Il a tout essayé, avec la même passion. Pourtant, sa carrière solo semblait encore chercher son point d’équilibre. Avec The Age Of Everything, cinquième album en solo, il l’a peut-être enfin trouvé : Johnny Marr lui-même le décrit comme le premier disque avec lequel il se sent pleinement en phase, et cela s’entend à chaque morceau. On y trouve quelques-unes de ses plus belles chansons solo à ce jour, le tout porté par une cohérence admirable.
Évidemment, quand on est l’un des plus grands guitaristes de sa génération, la six-cordes est reine ! Le titre d’ouverture, Spin, éblouit par ses riffs scintillants qui font décoller le morceau dès les premières secondes. Les clins d’œil aux Smiths surgissent naturellement : l’accord d’intro donne l’impression que Panic va exploser, et In And Out Of Love évoque, de loin, Never Had No One Ever. Un vrai bonheur pour les mélomanes nostalgiques.
Mais le plus enthousiasmant, c’est la progression de Johnny Marr en tant qu’auteur-compositeur. Beyond The Rain est un hymne ample et irrésistible, avec un refrain gigantesque, et Ophelia respire une confiance qui manquait trop souvent à ses disques précédents. Sa voix n’est peut-être pas la plus singulière du rock britannique, mais elle est claire, solide et taillée sur mesure pour ces chansons.
That Feeling n’est pas en reste, avec ses guitares réverbérées et atmosphériques qui avancent la tête haute, et Fire With Fire file sans jamais ralentir. Certes, Johnny Marr y flirte avec l’imitation de Morrissey au chant, mais musicalement, c’est l’un des sommets du disque.
Même si le tempo qui reste globalement assez constant Johnny Marr est en pleine forme, et la section rythmique d’Iwan Gronow et Jack Mitchell tient l’ensemble avec une précision remarquable. Les plus pointilleux noteront que la seconde moitié devient un peu plus prévisible sur Just Once More, et que How Come se fait plus discret, mais cela ne gâche en rien le plaisir.
Le disque se referme sur All In A Life, un morceau final épique de plus de cinq minutes, baignée de guitares, écrite, dit-on, pendant de longues heures passées dans la ligne Bakerloo du métro londonien, à observer la course effrénée des gens autour de lui.
The Age Of Everything prouve que Johnny Marr n’a plus rien à démontrer face à son passé : il joue désormais dans sa propre histoire. Ce n’est peut-être pas le disque de l’année, mais c’est sans doute son meilleur album solo, et pour les fans de la première heure, c’est un vrai cadeau.




