[Chronique] DHANI HARRISON et NIGEL GODRICH, DRAGONFLIES

Un son, une boucle, une guitare, puis une idée qui s’y accroche. Le premier album de Dragonflies s’est bâti dans l’instant : sans plan préétabli, porté par le mouvement et l’écoute. Une création spontanée signée Dhani Harrison et Nigel Godrich, dont les univers s’unissent avec une réelle force mélodique. Magique.

Cette mécanique donne à cet album une étrange fluidité. Les chansons s’infiltrent. Un groove basse fréquence, des percussions souples, une guitare qui dérive, une voix volontairement en retrait. Puis une nappe électronique ou quelques cordes viennent déplacer le décor. « Slower », en ouverture, annonce immédiatement cette esthétique : un trip-hop fantomatique, presque tactile, où chaque élément semble avoir été posé à la bonne distance.

On pense parfois à Portishead ou à Radiohead, mais les références restent en arrière-plan. Ce qui compte ici, c’est l’immersion dans l’atmosphère. Nigel Godrich, davantage dans le rôle du sculpteur sonore, pousse Dhani Harrison hors de ses habitudes. Lui qui contrôle généralement l’ensemble de ses productions accepte de laisser quelqu’un d’autre prendre les commandes. Cette perte de contrôle devient paradoxalement le moteur du disque.

Les arrangements de David Campbell élargissent certains morceaux, tandis que Joey Waronker injecte une pulsation organique qui empêche l’ensemble de flotter complètement. Même lorsque « In Between » déploie ses cordes, Dragonflies conserve cette sensation de proximité, comme si le morceau se fabriquait encore.

Le disque avance donc sur une ligne fine : suffisamment expérimental pour surprendre, suffisamment mélodique pour rester accroché à la mémoire. Pas vraiment du rock spatial, pas exactement de l’électronique, encore moins du trip-hop. Plutôt une musique en apesanteur qui garde les pieds dans le studio.

Et c’est peut-être là que Dragonflies trouve son charme : dans cette impression que rien n’est totalement figé. Les morceaux continuent de bouger après leur dernière note. Comme une libellule au-dessus de l’eau, le disque change constamment de trajectoire sans jamais perdre son équilibre.

Photo de  couv. Magda Kuca