[interview] LOLA SAUVAGEOT – « Les Flammes »

Après « L’Animale », Lola Sauvageot rallume le feu avec « Les Flammes », un second EP qui prolonge son goût pour la poésie et les mélodies sensibles tout en poussant ses chansons vers des territoires plus électriques. Guitares bien saturées, textures hypnotiques et écriture toujours aussi délicate accompagnent cette mue artistique où les blessures, les désirs et les métamorphoses nourrissent une musique aussi sombre que flamboyante. Une évolution que l’autrice-compositrice revendique avec naturel, portée par de nouvelles collaborations et une envie d’intensifier son univers. À l’occasion de la sortie de ce nouvel EP, Lola revient sur ce disque, son rapport à l’écriture et cette flamme créatrice qui, même après les brûlures, continue de grandir.

Après L’Animale, tu reviens avec Les Flammes. Ce nouveau disque semble marquer un tournant dans ton parcours. À quel moment as-tu senti que tes chansons avaient besoin de prendre une direction plus rock ?
Je dirai que ça s’est fait naturellement. C’est une volonté que j’avais déjà lors du travail sur L’Animale. Disons que je me suis “radicalisée” et que je sais mieux vers quelles sonorités je veux aller aujourd’hui. Je me suis entourée de personnes différentes aussi et ça a eu un impact indéniable.

Dans notre précédent entretien, tu expliquais écrire pour extérioriser des émotions et mettre des mots sur l’indicible. Sur Les Flammes, ton écriture paraît plus frontale. Est-ce que le temps a changé ta manière de raconter les choses ?
Oui, je pense qu’avec le temps je deviens, peut-être, moins pudique dans l’écriture, j’ai moins peur d’être vulnérable ou de dire les choses comme elles sont. J’ai moins besoin de passer par quatre chemins métaphoriques pour exprimer ce que je ressens. Peut-être que c’est juste que je grandis ? aha

Le feu traverse ce nouvel EP, entre désir, douleur et renaissance. Que représente ce titre Les Flammes pour toi ? Est-ce une image de destruction, de libération ou les deux à la fois ?
C’est vraiment les deux. Quand j’ai écrit cette chanson, je pensais aux forêts et aux sols qui sont re fertilisés après des feux ou des coulées de lave. Après la destruction vient toujours une forme de renaissance, de transformation. Rien ne meurt !

Tes chansons mêlent toujours poésie et mélodies sensibles, mais les guitares prennent désormais beaucoup plus de place. Comment as-tu trouvé l’équilibre entre ta voix, les mots et cette nouvelle intensité électrique ?
J’avais envie que le live soit intense et c’est en pensant le live que ces morceaux ont été arrangés. L’intensité électrique vient aussi d’une synergie avec mes musicien-nes.  Pour ce qui est de l’équilibre voix-mots-intensité, il y a quelque chose qui s’opère qui est assez simple : je n’ai pas une voix rock qui gueule. Quand je chante, les instruments font de la place à ma voix, et quand je ne chante plus c’est la guitare qui s’impose. J’imagine la guitare comme un relai. J’ai longtemps complexé sur ma voix “pas rock”, j’avais l’impression d’avoir une voix qui serait toujours cantonnée à la pop/folk mimi, alors j’ai dû trouver un subterfuge.

On retrouve dans tes influences des artistes comme Slowdive, Sonic Youth ou Warpaint. Qu’est-ce qui t’attire dans ces univers, et qu’avais-tu envie d’en explorer sur ce disque ?
J’aime la musique dark (rire). J’aime la musique d’hiver, sombre, les guitares qui font pleurer et les voix vaporeuses. Warpaint et Slowdive me rendent profondément nostalgique et j’adore ressentir ça. Sonic Youth, ce sont des riffs tubesques, mais une musique qui ne cherche pas à l’être, qui reste libre et expérimentale. Je ne sais pas si vous me suivez… Je pense que sur ce second EP, j’ai simplement essayé de faire une musique qui me plaît et qui combine, quelque part, toutes mes influences. Sans pour autant faire de compromis sur le fait que j’écrive en français et que cette langue doit sonner d’une certaine façon. C’était surtout ça le challenge.

Tu accordes une grande importance aux textures sonores, aux distorsions, aux échos et même aux sonorités de thérémine. Est-ce que tu composes d’abord à partir d’une mélodie et d’un texte, ou parfois à partir d’une sensation sonore ?

Je compose toujours avec un stylo dans une main et la guitare dans l’autre (guitare folk, pas amplifiée). Ça démarre toujours par la recherche d’accords et de mots. La colonne vertébrale de mes chansons, ce sont vraiment des accords sur une guitare folk avec un capo et des textes auxquels j’essaye de donner le plus d’impact possible. Les textures sonores, les effets, le thérémine viennent bien après.

Pour Les Flammes, tu as travaillé avec plusieurs musiciens, notamment Clément Mehenni, François Degomme et Marius Radius. Comment ces collaborations ont-elles fait évoluer tes chansons par rapport à L’Animale ?
Ces collaborations m’ont permis d’aller vers des sonorités plus rock, plus électriques que L’Animale.

Tu es aussi plasticienne, et tu as étudié les lettres et le cinéma. Dans ton travail, la musique dialogue avec l’image depuis le début. Est-ce que tu imagines déjà des scènes, des couleurs ou des paysages lorsque tu écris une chanson ?
Quand j’écris, je laisse libre court à ce qui vient. Je suis assez contemplative dans la vie de manière générale. Des choses que j’ai pu observer (des scènes, des paysages, des couleurs) rejaillissent dans mes textes ou viennent se coller de manière un peu inconsciente à des thèmes ou des sujets précis que j’aborde. Je pense que quand on se laisse traverser par des choses qui nous touchent, ces choses mettent nos émotions en lumière, leur donnent du sens. Être touché.e veut dire que quelque chose résonne avec un sentiment intime. C’est pour ça qu’un paysage peut, selon moi, dire autant de choses qu’un poème !

Tu as déjà évoqué la surprise du public face à l’énergie rock de tes concerts. Avec Les Flammes, qui assume davantage cette dimension, as-tu envie de pousser encore plus loin l’intensité sur scène ?
On joue déjà ces morceaux en live depuis quelques temps. L’intensité qu’on a créée sur scène vient donc directement de ces morceaux. J’ai envie que les choses viennent naturellement, on verra donc pour la suite…

Ton nouvel EP parle de ruptures, de métamorphoses et de nouveaux départs, sans laisser la noirceur avoir le dernier mot. Quand tu regardes le chemin parcouru depuis L’Animale, as-tu le sentiment d’avoir changé artistiquement, personnellement, ou les deux ? Et vers quoi cette évolution pourrait-elle te mener ?
Je pense que je grandis, que je prends de l’expérience à force de travailler. Ma musique grandit avec moi. J’évolue autant artistiquement que personnellement. J’espère que cette évolution va me mener vers un, deux, trois… quinze albums ! Qui seront à l’image de la personne que je serai aux moments où je les aurais créés.

Lien découte : https://wiseband.lnk.to/Lola-Sauvageot-Les-Flammes-EP

LOLA SAUVAGEOT EN CONCERT