« Gabin » grandit loin des clichés.

Pour tourner « Gabin », le documentariste Maxence Voiseux a posé d’une manière discontinue sa caméra dans l’Artois, aux confins de la Somme et du Pas-de-Calais. Il en a sorti le magnifique portrait d’une famille peu ordinaire du début du XXIᵉ siècle à travers le regard de Gabin, le benjamin.

Le cinéaste Maxence Voiseux réalise pour son premier long-métrage un documentaire atypique autour de la personnalité d’un enfant, Gabin Jourdel. Cent jours de tournage, sur 10 ans, auront été nécessaires à l’aboutissement du projet. Tout est centré autour du jeune Gabin, le dernier né d’une famille de trois frères. Les plus grands ont déjà déserté autant la ferme matrimoniale que la boucherie paternelle. Il ne reste que Gabin pour faire perdurer l’héritage familial, mais le jeune homme, bien dans son époque, se voit mal reprendre l’une ou l’autre des deux affaires malgré son attachement à la terre et aux animaux vivants. À force de non-dits, il parvient à se frayer une voie différente de celle à laquelle il semblait prédestiné.

Le rapport aux parents

Pour le spectateur, ces dix ans, Gabin a 8 ans au début du film, 18 à la fin, se résument à des tranches de vie plus ou moins longues, des moments choisis comme autant de flashs intimes dans l’univers d’un adolescent en construction. La caméra porte le regard de Gabin mais n’oublie jamais de focaliser sur l’attitude du père, un taiseux, ni de la mère, aimante comme il se doit.

Entre la déception de son père et le courage de sa mère, Gabin va choisir l’exil pour affirmer non seulement ses préférences mais aussi ses différences.

Une suite logique

À noter, ce documentaire est la suite logique de « Les héritiers », un autre documentaire de Maxence Voiseux dans lequel Gabin apparaissait déjà. Et Maxence Voiseux a rencontré la famille Jourdel en 2014 lors de repérages au marché à bestiaux d’Arras pour son court-métrage de fin d’études. De cette rencontre est née une amitié et surtout une confiance. Cela a permis au metteur en scène de pénétrer l’intérieur de la famille à la manière d’une téléréalité d’un nouveau genre.

Patrick Auffret