« Ride Lonesome », le dernier opus profondément émouvant de Beck est une parfaite réponse à son divorce. 12 titres d’une intensité exceptionnelle.
Beck semble avoir retiré plusieurs couches de vernis à sa musique. Pas pour la rendre plus fragile, mais pour voir jusqu’où elle peut tenir debout lorsqu’il ne reste presque plus rien autour. Une guitare, quelques cordes, une voix, des silences : l’essentiel est là, et il suffit largement.
Après les textures électroniques de Hyperspace, Beck retrouve Nigel Godrich, déjà présent sur Sea Change, pour un album autrement plus terrien. La production laisse de l’espace aux chansons, aux respirations, aux mots qui arrivent parfois avec la précision d’une pensée que l’on aurait longtemps gardée pour soi.
Le divorce qui traverse le disque est bien réel, mais Ride Lonesome ne cherche jamais à en faire un récit. Beck ne règle aucun compte, ne théâtralise rien. Il avance dans cette zone trouble où les souvenirs restent présents alors que la vie, elle, a déjà commencé à prendre une autre direction.
« Bleed » donne immédiatement le ton. La voix semble presque à portée de main tandis que les arrangements de David Campbell élargissent progressivement le cadre. Les cordes ne viennent pas souligner la tristesse : elles lui donnent de l’espace. Même chose sur « Run Away », où la fuite devient moins un mouvement qu’une manière de ne pas rester immobile.
Puis il y a « Failed Words », superbe chanson sur l’impuissance du langage. Tous les mots semblent avoir été prononcés, tous les arguments épuisés, et pourtant quelque chose continue de résonner. Beck chante cette défaite sans emphase, avec une chaleur étonnante.
C’est peut-être là que réside la force de Ride Lonesome. Beck ne cherche jamais à rendre sa douleur spectaculaire. Il lui laisse simplement le temps de se transformer.
Les influences de Neil Young ou Nick Drake affleurent, mais sans devenir des exercices de style. Ce qui compte ici, c’est cette façon très particulière de faire cohabiter dépouillement et richesse harmonique. Les chansons paraissent simples avant que les arrangements ne révèlent leurs profondeurs.
Sur « In The Night », la nuit n’a rien d’une fin. La guitare serpente doucement, les cordes apparaissent presque à distance et Beck regarde derrière lui sans complètement s’y retourner. Puis « Beyond The Light » referme le disque dans une lumière crépusculaire, avec cette sensation fugace que quelque chose s’achève sans vraiment disparaître.
Ride Lonesome n’est donc pas le disque d’un homme qui cherche à comprendre pourquoi tout s’est arrêté. C’est celui de quelqu’un qui découvre ce que devient le silence lorsqu’on cesse enfin de vouloir le remplir.
Beck, dans ce silence-là, trouve encore de très belles chansons.




