Cate Le Bon, Divine Comedy, Smerz, Darkside, Ditz & Peaches : première soirée follement chaude
Pour moi comme pour beaucoup c’est une rendez-vous devenu presque (Je vais pas mentir j’ai manqué quelques éditions) incontournable au fil des années. La Route du Rock marque chaque été le point culminant des festivités musicales. Une parenthèse malouine que l’on attend autant pour sa programmation que pour cette atmosphère si particulière : quelques jours pour retrouver les copains venu de loin, hors du temps, les pieds dans la poussière (ou la boue), les oreilles en alerte et une furieuse envie de ne surtout rien rater.
Comme toujours, la programmation de cette édition 2026 ne facilite pas la tâche. Et lorsqu’on est photographe, la problématique devient rapidement mathématique : pas d’accès au crash-barrière cette année, donc nécessité de faire des choix, de sacrifier quelques concerts et surtout de calculer le timing avec précision pour espérer être bien placé lors des moments forts.
Autrement dit : moins de concerts, mais davantage d’immersion. Enfin… en théorie. Parce qu’une fois sur place, le cerveau de festivalier reprend rapidement le dessus et la montre perds vite la raison.
HORSE GIRL — Des promesses encore à confirmer
La journée commence avec Horsegirl, formation chicagoane que j’attendais avec une certaine impatience. Leurs premiers disque m’avaient particulièrement accroché, surtout « Phonetics On and On » avec cette manière bien à eux de faire dialoguer guitares abrasives, mélodies efficaces et une énergie post-punk bien cool.
Sur scène, pourtant, la magie opère moins immédiatement. Le groupe possède encore cette fraîcheur et cette jeunesse qui font tout son charme, mais je ne retrouve pas totalement la vibration qui m’avait séduit sur disque et un maque marquant d’aisance sur scène enfonce le clou.
Rien d’alarmant : Horsegirl est encore un jeune groupe et certaines formations ont besoin de temps pour transformer leur potentiel en évidence scénique. Le rendez-vous est donc pris pour une prochaine fois.
CATE LE BON — La classe absolue
Puis arrive Cate Le Bon. Et là, changement d’atmosphère. Cate Le Bon possède une classe qu’il est presque impossible de définir, tant son univers lui appartient. À La Route du Rock, la diva à la voix de velours impose une nouvelle fois sa singularité. Vêtue de blanc, lunettes noires et éventail à la main, elle distille une élégance aussi luxuriante que magnétique. Tout semble parfaitement maîtrisé : la présence, les gestes, les mélodies, la voix et cette nonchalance savamment étudiée qui lui donne des airs de personnage mystérieux, échappé d’un film de Jarmusch.
Une silhouette, un charme, une posture, un univers poétique : il n’en fallait pas davantage pour faire l’unanimité.
Cate Le Bon même si elle surjouer un peu son rôle « Arty » le féminisme fatale lui va comme un gant. Elle impose son tempo, laisse les morceaux respirer et construit autour d’elle une bulle aussi sophistiquée qu’énigmatique.
Un show d’une grand qualité où le temps vient soudainement se ralentir.
THE DIVINE COMEDY — Neil Hannon, toujours impérial
Cate Le Bon avait placé la barre haut. Très haut. Il fallait une certaine assurance pour lui succéder. The Divine Comedy n’en manquent heureusement pas.
Juste le temps d’attraper une mousse rafraichissante, le soleil qui commence a baisser nous chauffe fort le crane. 21h Neil Hannon débarque avec son élégance toute britannique, son humour pince-sans-rire et son goût assumé pour la pop orchestrale. Tout sourie, verre à la main, il semble presque chez lui. Après la sophistication mystérieuse de Cate Le Bon, le dandy cinquantenaire offre un contraste communicatif qui fonctionne à merveille.
Il y a chez The Divine Comedy cette façon unique de faire cohabiter grandeur mélodique, mélancolie et second degré. Une musique qui peut sembler pour certaine trop précieuse de prime abord mais qui possède toujours ce petit grain d’ironie qui empêche le tout de sombrer dans un maniérisme artificiel.
La nuit tombe et la couleur est désormais clairement annoncée : ce jour un de la Route du Rock 2026 ne sera pas seulement bruyante. Elle sera aussi élégante.
SMERZ — L’élégance norvégienne
Pas forcément la situation la plus simple pour Smerz : succéder à The Divine Comedy demande quelques épaules et un temps d’adaptation. Le duo norvégien ne semble pourtant pas particulièrement impressionné par le défi.
Avec une aisance presque insolente et un charisme au charme indéniable, le combo porté par Catharina Stoltenberg et Henriette Motzfeldt impose progressivement son univers très sensuel, électronique, pop et expérimental. Leur musique joue sur les contrastes, les textures et les ruptures, avec un fil conducteur mélodique un peu trop linéaire qui malgré tout réussi à accrocher le public.
Un changement d’atmosphère radical, mais hyper séduisant.
DARKSIDE — Planant, même de loin
Puis vient Darkside. Sur le papier, tout est réuni pour me séduire : une musique pointue, hypnotique, expérimentale, suffisamment planante pour permettre de décrocher quelques minutes du tumulte du festival qui commence sérieusement a surchauffer.
Le problème est que comme je l’avais prédit, bien immergé dans le set de Smerz, la tête ailleurs, le temps de faire le chemin vers la scène du fort la foule monstre aura raison de ma volonté a gagner la bonne distance.
Trop loin de la scène et surtout trop parasité par le bruit de la foule, (L’enfer, c’est les autres), je ne parviens malheureusement pas à entrer véritablement dans leur set.
En festival c’est pas forcément le meilleur espace pour apprécier leur musiques. Dommage.
Je prends donc une décision qui va s’avérer nettement plus physique : changement de stratégie, direction la barrière pour mon rendez-vous avec Ditz.
Et là, autant dire que mes genoux vont rapidement regretter cette décision mais pas mon besoin de déflagration sonore.
DITZ — La machine à laver est de retour
Ditz, je les aime, je les adore. Depuis leur premier passage, le groupe de Brighton a pris un sacré level. Et les retrouver en live reste toujours une expérience particulièrement réjouissante. Cette fois, je me positionne donc aux premières lignes. Parce qu’il faut bien l’avouer : j’ai un petit rituel à chaque édition de La Route du Rock. Un petit bain de foule. Un petit pogo. Histoire de retrouver ou presque mes vingt ans.
Bon, aujourd’hui j’en ai quelques-uns de plus et, contrairement à mes jeunes années, je dois désormais surveiller mes points de vie encore restants. Le corps envoie parfois des notifications que l’on préfèrerait ignorer… Mais qu’importe.
Ditz débarque et tout le monde oublie instantanément la notion de modération. Le groupe transforme immédiatement la fosse des remparts en gigantesque machine à laver : une déferlante de rock imparable, des guitares qui cognent, une énergie viscérale et un pogo qui prend rapidement des proportions généreuses.
Ça saute. Ça pousse fort derrière. Ça transpire.
Et moi, bien agrippé a la barrière au milieu, je me demande brièvement pourquoi je suis là. Puis je me rappelle que c’est exactement pour ça que je viens à La Route du Rock.
Ditz me met la claque que j’attendais. Une belle grosse claque même. Celle qui remet les compteurs à zéro et rappelle que le rock, lorsqu’il est joué avec cette intensité, reste une formidable machine à réveiller les vieux réflexes.
PEACHES — Et pour finir, le grand n’importe quoi
Après une telle décharge, il fallait forcément terminer la soirée avec quelqu’un capable de repousser encore un peu les limites.
Peaches s’en charge avec un set complètement déjanté.
Provocante, punk, électrisante, imprévisible : l’artiste canadienne transforme la scène en terrain de jeu et le concert en joyeux chaos.
Après les élégances de Cate Le Bon, les raffinements de Divine Comedy, les expérimentations de Darkside et le rouleau compresseur de Ditz, Peaches arrive comme une dernière déflagration.
Une façon parfaitement assumée de terminer cette première journée : sans filtre, sans retenue et certainement pas couchée avant l’heure.
PREMIÈRE SOIRÉE, ÉCLATS
Cette première soirée aura finalement parfaitement résumé ce que l’on vient chercher à La Route du Rock : des découvertes, des grands noms, des contrastes et quelques moments où la musique reprend totalement ses droits.
Et il reste encore deux jours. Vite au dodo.
Autant dire que mes points de vie vont devoir tenir le choc.



