[INterview] CLEGANE – “Ocean of Black Thoughts”

Clegane opère une nouvelle mue et fait sauter les verrous stylistiques. Avec « Ocean of Black Thoughts », son second album en trois ans, le trio doom/grunge élargit son spectre : formats plus courts, batterie enrichie, effets travaillés et chant sous tension. Mixé par Olivier Millot et masterisé par Thibault Chaumont (Deviant Lab), ce disque fait le pont entre le passé du groupe et ses nouvelles ambitions. À travers six titres viscéraux, CLEGANE replonge dans ses thèmes de prédilection, angoisses, addictions et dépression, en installant une atmosphère aussi lourde que poisseuse. Sans garde-fou, « Ocean of Black Thoughts » ne dompte pas ses démons, mais leur donne un volume ultra-explosif.
Guillaume, guitariste du trio, nous ouvre les portes de cet album bien dark, comme on aime.

Avec Ocean of Black Thoughts, CLEGANE semble franchir une nouvelle étape dans son évolution musicale. Qu’est-ce qui a changé pour vous entre cet album et le précédent ?
Olivier (batteur) a pu apporter l’ensemble du jeu qu’il voulait, n’ayant pu qu’intervenir légèrement sur le précédent album où il venait d’arriver. En plus de ça, on a tous les trois fait tomber les limites de genre qu’on pouvait avoir avant.

Cet album explore tout ce qu’on est, sans aucun voile de pudeur.

Le groupe revendique une musique instinctive, désabusée et sans véritable étiquette. Est-ce que cette liberté stylistique est devenue essentielle dans votre manière de composer ?
 Elle n’est pas un prix à payer, elle existe juste en tant que telle. On ne se pose plus de questions de genre, mais ce n’est pas non plus anarchique, parce qu’in fine la musique n’est jamais que notre reflet. C’est ainsi que nous sommes, c’est ainsi qu’est notre musique.

 

Le doom et le grunge se rencontrent ici avec une palette sonore plus large. Quelles nouvelles envies musicales aviez-vous envie d’explorer sur cet album ?
Je ne suis pas sûr que ce soit une envie. Les morceaux se sont formés de façon spontanée et on ne s’est pas posé la question : ça nous plaisait comme ça alors on l’a gardé. Il se trouve sans doute que la musique correspond à notre état d’esprit du moment. Sun Decay, par exemple, a été créé en une répète,  sur un riff qui s’est formé sur l’instant et a donné toute la suite !


« Ocean of Black Thoughts » évoque un univers mental sombre et profond. Comment ce titre s’est-il imposé pour représenter l’identité du disque ?

Il vient de Laurent qui a expérimenté un moment de pensées noires qui n’ont cessé d’escalader dans sa tête, sans qu’il puisse les arrêter. Cet instant l’a marqué à vie et cette idée de submersion collait parfaitement au morceau et à ce qu’on voulait refléter dans l’album.

 

Vos textes abordent la dépression, les addictions, la violence et les errements introspectifs. Comment parvenez-vous à transformer ces expériences et ces émotions en musique sans perdre leur dimension humaine ?
Je ne sais pas si on y parvient, c’est à l’auditeurice de nous dire si c’est le cas ! Ce qui est sûr, c’est que chez nous la musique nourrit les paroles et inversement, c’est une boucle autophage.

 

On remarque une batterie plus riche, un travail plus développé sur les effets et une voix davantage nuancée. Qu’aviez-vous envie d’apporter de nouveau à votre son pendant l’enregistrement ?
On voulait se donner l’occasion d’explorer toutes les pistes à l’enregistrement. Au contraire d’une prise live, comme on avait fait précédemment, on s’est dit qu’on pouvait tenter d’ajouter des textures, des voix, de remplir l’espace avec des nuances et épaissir le son.


L’album propose des formats plus courts, mais conserve une forte intensité émotionnelle. Est-ce que cette évolution a changé votre façon de construire les morceaux ?
Je pense que c’est nous qui avons évolué et les morceaux sont le résultat de cette évolution. On a conclu que pour certaines chansons on avait pas besoin de s’étirer plus en longueur pour servir notre propos. Chaque titre a sa propre vie, ce n’est pas sa durée qui fait sa valeur. C’est certainement ce en quoi on a franchi un cap de maturité. 

 

Votre musique peut passer d’un jaillissement rageux à une longue contemplation teintée de regret. Comment trouvez-vous l’équilibre entre violence sonore et moments de respiration ?
C’est assez raccord avec le reflet d’une émotion. Si tu visionnes nos morceaux comme quelque chose d’organique, alors comme tout corps on trouve des moments de respiration et d’agitation. D’ailleurs, cette violence ne peut exister que si le calme la distingue, non ? Ceci dit, parfois l’équilibre n’est pas parfait, comme dans tout état d’esprit !


Le groupe a déjà connu plusieurs transformations stylistiques. Est-ce que vous composez d’abord selon une émotion, un riff ou une idée précise, ou les morceaux naissent-ils de manière plus spontanée ?
On compose de manière spontanée…selon les émotions qui nous habitent à l’instant T ! C’est souvent un ou deux riffs qui donnent le ton et font naître tout un morceau. Mais ces riffs sont vraiment le fruit de ce qu’on ressent.

 

Après la sortie de « Ocean of Black Thoughts », qu’aimeriez-vous que les auditeurs retiennent de cet album et de l’univers de CLEGANE ?
Si les gens comprennent et absorbent les émotions qu’il contient ; si cet album leur permet d’être compris ou d’être exutoire à leur état ; ou si tout simplement il permet de passer un moment agréable, alors nous serons heureux.

crédit photo : Sam Pillay & Olivier Guedj