[Ciné] « La frappe » fort dans ta face

« La frappe », le premier film de Julien Gaspar-Oliveri entraîne le spectateur dans un monde très glauque. Avec l’inceste en toile de fond.

Il faut en vouloir, pour encaisser « La frappe », une plongée dans l’univers d’Enzo et de sa sœur Carla. Tous deux sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Le père est en prison pour pratique frauduleuse. Sa sortie va bouleverser le quotidien des deux enfants en passe de devenir adultes. Enzo veut le croire, la cellule familiale va pouvoir se reconstruire malgré tout, Carla au contraire ne veut pas, ne peut pas, pardonner et ne cherche qu’à prendre ses distances. Car le passé cache en lui de lourds secrets. Violences et misère sociale semblaient bien être le lot des deux enfants. En plus, on le comprend sans jamais le voir, le père est incestueux, avec lui comme avec elle.

Caméra sur l’épaule

Filmé au plus près des personnages, caméra sur l’épaule, le film révèle deux jeunes comédiens très impliqués, deux jeunes talents bruts : Diego Murgia dans le rôle d’Enzo, toujours sur le fil jusqu’à sombrer dans la folie, et Romane Fringeli, dans celui de Carla. Ils sont impressionnants, tout comme Bastien Bouillon dans le rôle du père en quête de rédemption, bien que toujours borderline. Une composition refusée par beaucoup d’acteurs mais qui est là parfaitement incarnée dans toute son horreur. Hanté par les silences et les non-dits, le père indigne, tout juste sorti de tôle, est psychologiquement empêtré dans ses propres contradictions.

Cannes et Angoulême

Présenté à Cannes à la Semaine de la critique, le film avait douché la Croisette. Il a été doublement récompensé au dernier Festival du film francophone d’Angoulême par le Valois de la mise en scène pour Julien Gaspar-Oliveri et le Valois de l’acteur pour Diego Murgia.

Rarement, il est vrai, le spectateur n’avait été entraîné dans une atmosphère aussi nauséabonde. Savoir que ce film autobiographique le rend encore plus glaçant.

Note : 8/10

Patrick Auffret