Adapté du roman graphique « In Waves » d’AJ Dungo, ce premier long-métrage d’animation de Phuong Mai Nguyen brille par son excellence et ses choix artistiques. Cocorico ? Oui, notre pays peut s’enorgueillir d’avoir des créateurs, scénaristes et réalisateurs de talent au royaume du dessin animé pour ados/ adultes. Pour preuve la Dream Team d’Illumination et ses Minions, « J’ai perdu mon corps » de Jeremy Clapain et le somptueux « Tout en haut du Monde » de Rémi Chayé (avec qui j’ai eu la chance de m’entretenir, en 2015, pour la sortie de son film). Entre autres !
Parcours classique : études aux Gobelins, école de la Poudrière à Valence puis séries, publicité et courts-métrages. Son premier court « Chez moi » est sélectionné, en 2015 (décidemment, un grand cru) au Festival de Pantin puis se fait remarquer aux César et aux Oscars. Voici pour le pedigree.
Il fallait avoir les reins solides pour se mesurer à une première œuvre cinématographique avec un tel monument de la BD. Mission réussie. La cinéaste franco-vietnamienne- avec l’étroite collaboration de l’auteur- enjolive de couleurs pétantes cette romance dramatique sur fond d’origine et de transmission, créant-ainsi- un décalage entre la forme et le fond des plus pertinents.
Ce qui nous saisit dès les premières minutes, c’est la différence marquée entre le passé (l’histoire du surf et la religion pratiquée par les autochtones à l’origine de ce sport) et le présent (Los Angeles, sa frénésie et ses tonalités éclatantes). Cette alternance de teintes et de rythme aurait pu nuire à l’ensemble. Mauvaise pioche. Le passé en noir et blanc agissant comme une pause salutaire dans cette avalanche d’émotions et de coloris.
Là où AJ Dungo brossait un portrait intime à grands coups de planches (de surf ?) sépia et de vagues bleues sur fond blanc (une contrainte économique imposée par Casterman ?), notre réalisatrice repeint cette chronique intime avec une palette infinie. J’ai encore en mémoire la scène où Kristen, après avoir subi une amputation, reprend la mer. La superficie aquatique se pare, alors, d’une texture rouge, annonçant insensiblement le caractère grave de la maladie qui empoisonne notre héroïne. Chez Mme Nguyen tout est affaire de détails. Rien n’est appuyé et tout est suggéré avec brio. Et dans cette ébouriffante maitrise technique, notre future quadragénaire n’oublie jamais de convoquer l’intelligence, l’émotion… et la pudeur. La bande sonore concoctée par Oklou et ROB abonde en ce sens et développe des nappes électro sautillantes et apaisantes, toujours en accord avec l’intention des protagonistes. Enfin, le doublage de ces derniers est tel que l’on oublie pas à pas leur inconsistance charnelle pour ne laisser place qu’à leurs interactions et leur vivacité.
« In Waves », contrairement au biopic sur le Général De Gaulle, n’a pas su profiter de l’effet « canicule ». Seulement 160.000 spectatrices et spectateurs se sont rués dans les salles climatisées pour célébrer les élans contrariés de Kristen et AJ.
Si ce bijou passe près de chez vous, donnez-lui une chance. Immergez-vous.
Vibrez. Pleurez.
Et laissez-vous envahir par cet immense vague à l’âme…de fond.
John Book.



