Chaque époque laisse derrière elle des silhouettes. Certaines s’effacent avec le temps, d’autres continuent de nous regarder sans que l’on sache vraiment pourquoi. La musique est peut-être cela : un jeu d’apparitions, où le passé ne revient jamais tout à fait sous la même forme.
Avec Æther, Yan Wagner regarde justement derrière lui pour mieux avancer. Les émois électroniques des années 90 de la drum’n’bass au trip hop, des Chemical Brothers à Massive Attack deviennent moins des références que des points de fuite. Guidé par l’ombre de Scott Walker et le dernier regard de David Bowie sur Blackstar, il délaisse les formats pop pour construire un disque libre, où les cordes majestueuses croisent des breakbeats nerveux et des textures électroniques sculptées comme de la matière vivante.
Libéré par son expérience de la musique de film, Yan Wagner compose ici par collage : des sons enregistrés, échantillonnés, transformés jusqu’à former un paysage mouvant. Les morceaux refusent les structures attendues et avancent comme des silhouettes dans le brouillard, laissant sa voix énigmatique apparaître puis disparaître au fil des reliefs.
Plus qu’un simple retour à ses premières émotions musicales, Æther est une œuvre de perspective. Un disque qui nous rappelle que regarder en arrière n’a de sens que si cela permet d’entrevoir une nouvelle ligne d’horizon.
Yan Wagner © SMITH / Yokanta


