Vingt ans après ses débuts, Fall Of Messiah revient plus vivant que jamais. Entre départs, doutes, pandémie et remises en question, le groupe nordiste aurait pu s’effondrer. À la place, il signe Green Lands, un album viscéral et apaisé à la fois, où le chaos screamo rencontre une quête de paix intérieure. Rencontre avec Pierre Bailleul, batteur/chanteur d’un groupe qui continue d’avancer, coûte que coûte.
Après les galères autour de Senicarne (COVID, changement de label, départs), à quel moment vous vous êtes dit : “OK, Fall Of Messiah doit continuer” ?
On avait encore la motivation malgré ces péripéties parce qu’on avait eu des bons retours sur l’album, mais la question c’est posé après le départ d’un des guitaristes fondateur Matthieu fin 2022. Mais dès son annonce, on sentait qu’on avait encore des choses à dire et des tournées à faire, alors on a remis le pied à l’étrier direct avec une résidence pour rentrer dans l’écriture de green lands.
Green Lands clôt une trilogie commencée avec Empty Colors. Avec le recul, quel fil rouge relie vraiment ces trois albums ?
Ahah c’est complexe ça, bonne question…Je pense que cette trilogie elle est au carrefour de beaucoup de choses, mais à mes yeux (et les autres membres pourraient en avoir une autre analyse), le lien c’est le questionnement de soi et de sa place dans la société. Tout cela étant à chaque fois très imagé par des notions de couleurs, d’appartenance et de nature…Alors c’est très large parce qu’on parle de relations humaines, d’éthique etc… Avec le recul, je me rends compte aussi de notre évolution sur ce questionnement, on est beaucoup plus en phase avec nous même aujourd’hui, il y a moins de colère en nous qu’il y a pu en avoir dans l’écriture d’Empty Colors, mais le besoin de s’exprimer est toujours bien présent lui.
Le passage en quatuor semble avoir pas mal changé votre dynamique de composition. Qu’est-ce que cette nouvelle formule vous permet de faire musicalement que vous ne faisiez pas avant ?
Je pense qu’on se fixe de moins en moins de barrière en termes de composition, il y a un côté plus « direct « , plus instinctif dans les compositions. Comme si on cherchait à aller plus à l’essentiel, là où à 3 guitares ont recherché beaucoup plus l’équilibre, de détails…Et c’est bizarre parce que je ne trouve pas qu’on perde en détails justement sur cette « nouvelle formule », mais il y a une recherche d’urgence je pense, une volonté d’être le plus brut et sans artifice.
On sent sur Green Lands un équilibre très fort entre chaos, nouvelle respiration, violence et apaisement. Est-ce que cet album est le plus personnel que vous ayez écrit ?
J’ai l’impression de te donner une réponse hyper bateau mais oui ! Je pense qu’on assume beaucoup plus certaines choses en vieillissant, et cet apaisement permet d’avoir du recul et de moins avoir peur d’exprimer certaines émotions à travers notre musique. On a mûri, on a vécu des choses personnelles qui nous ont marqué, et je pense que toutes ces expériences (autant positives que négatives) ont nourries notre manière d’écrire.
Vous parlez beaucoup de remise en question dans le processus créatif. Est-ce que cette exigence permanente est une force ou parfois un frein pour Fall Of Messiah ?
Ça peut devenir un frein mais jusqu’à aujourd’hui ça ne l’a jamais été. On a une grosse vision « collective » sur un morceau, c’est à dire que si l’un de nous est dérangé par un arrangement, une partie etc, on en discute tout le temps, on essaie d’autres choses, on reste ouvert, mais ça veut parfois dire aussi qu’il faut savoir faire des concessions personnelles au profit du collectif. Au final, je perçois plus ça comme une force, pour essayer de nous tirer vers le haut en termes de compositions.
Vos influences post-rock, screamo et post-hardcore sont toujours là, mais Pierre évoque aussi une évolution “plus rock”. Vous avez le sentiment d’ouvrir une nouvelle phase sonore du groupe ?
J’espère que qu’on essayera toujours de se renouveler ! Effectivement e trouve certaines parties plus « rock » sur Green Lands, mais je pense que ça vient de la manière dont on aborde la construction d’un morceau. Dans F.O.M, on est des fans absolues de Thrice, et surtout de l’évolution du groupe à travers ses sorties. Je pense que s’ouvrir à d’autres influences, ou essayer d’évoluer c’est toujours positif. Et je trouve qu’il y a une balance intéressante dans la manière de lier des chansons ensemble
La nature et la forêt occupent une place centrale dans l’imaginaire de Green Lands. Est-ce que vous voyez cet album comme une forme de refuge face au rythme et aux tensions du quotidien ?
On a essayé de pousser la cohérence dans l’album d’un cran, dans tout l’album : les artworks, le thème, et le déroulé de l’album dans son entièreté. Green lands c’est une rando, un chemin pour arriver jusqu’au refuge haha ! Mais oui, il y a de cet aspect, alors je ne parlerai pas de refuge en soi car c’est se protéger de quelque chose, mais plutôt d’accepter qu’il faille faire des choix pour se sentir mieux…entre les déceptions de la vie, des relations auxquelles mettre fin…Green Lands c’est se retrouver pour être en paix avec soi-même. Ces dernières années, je me suis vraiment retrouvé à randonner énormément un peu partout en France, le calme, les odeurs et l’ambiance d’un balade en forêt on vraiment jouer un rôle sur la vision qu’on pouvait se faire de l’album. Effectivement on pourrait parler de s’éloigner de la tension pour retrouver le calme naturel et le silence des arbres, mais j’aime aussi que chacun-e puisse en faire sa propre interprétation !
Après 20 ans d’existence, qu’est-ce qui continue de vous pousser à écrire une musique aussi intense émotionnellement et physiquement ?
C’est une bonne question là aussi décidément ahah, mais je pense juste qu’on adore ça et qu’on ressent toujours le besoin d’écrire une musique qui nous parle…On a toujours été très touché par les « performances » des groupes qu’on allait voir en concert (forcément the Chariot, mais aussi des groupes comme Caspian, Pianos become the teeth…), et au-delà de la musique jouée, se donner physiquement amplifie les émotions qu’on essaie de retranscrire je pense…on adore jouer avec ces ambiances en live, car ce sont des émotions qu’une écoute peut difficilement retranscrire…A mon avis à un certain moment on se calmera naturellement, mais pour l’instant on en ressent pas le besoin !
Vous dites fonctionner avant tout comme “une bande de copains”. Est-ce que cette relation humaine est aujourd’hui plus importante que l’ambition musicale elle-même ?
Elle l’a toujours été et le restera toujours ! Je pense que tout ce qu’on a pu créer par le passé découle du fait que nos relations soient celles d’ami-e-s de longue date…Comme je te disais ce n’est pas le covid ni le changement du label qui a remis notre existence en doute, mais le départ d’un membre…Et l’ambition musicale n’a de fait que si elle a lieu en prenant compte de cette dimension humaine, partir en tournée c’est avant tout partir ensemble !
Avec ce retour et ce nouvel album, dans quel état d’esprit abordez-vous 2026 : renaissance, revanche, ou simplement envie de profiter tant que l’envie est toujours là ?
Comme on fonctionne en collectif de plusieurs personnes, là encore je crois que c’est propre à chacun, je crois qu’il y a un peu de tout ça ! Pas forcément de renaissance personnellement, mais plus cette envie insatiable de vouloir créer et jouer en live, partout où c’est possible.



