Pauvre Glen Powell. Le destin semblait lui sourire et ses choix artistiques augurer du meilleur. « Everybody wants some!! » du talentueux Richard Linklater, l’explosif « Top Gun : Maverick » de Joseph Kosinski, le sophistiqué » Tout sauf toi » de Will Gluck (avec pour partenaire la non moins sophistiquée et talent-tueuse Sydney Sweeney) puis le dispensable mais bankable « Twisters » de Lee Isaac Chung. Dans cette cavalcade échevelée vers le succès et les billets verts, rien ne paraissait jouer en défaveur de notre Mister Ultra Brite. Et puis patatras. L’Amérique et sa passion pour les suites et les copies. L’Amérique et son manque d’imagination en matière de scénario. L’Amérique et sa mécanique médiatique implacable pour relancer l’engouement. Bref, l’Amérique qui nous fait saliver. En cette année 2026, combien de biopics, adaptations et prequels ? On énumèr (d)e ? « Super Mario Galaxy », « Michael », « Le diable s’habille en Prada 2 », « Les Maitres de l’Univers » (celui-ci, je suis en surkiffance depuis six mois), « Toy Story 5 », « Vaiana, la légende du bout du monde », « Jumanji 3 », « Hunger Games: lever de soleil sur la moisson », »Retour à Silent Hill », « Le Marsupilami », « LOL 2.0 », « The Bride », « The Wedding Nightmare 2 » « Dune partie 3 », « Spider-Man : Brand New Day », « Supergirl », « Mortal Kombat 2 », « Les Misérables », « Avengers : Doomsday » , « La bataille de Gaulle: l’age de fer », « Clayface », « Le fantôme de l’Opéra », « Moulin », « Kaamelott deuxième volet », « The Social Reckoning », « Street Fighter », « L’Age de Glace 6 », « Angry Birds 3 », « Resident Evil », « Horizon : chapitre 2 », « Scary Movie 6 », « Evil Dead burn « , « Cliffhanger », »The Mandalorian & Grogu », « L’odyssée » et j’en passe. Dans ce maelstrom de duplicatas, Mr Powell et son « Running Man » (réalisé par l’éléctrisant Edgar « Baby Driver » Wright) n’ont pas tenu. Ni la distance (le box-office s’est écrasé mollement au bout de quelques semaines) ni leurs promesses (faire mieux que le film de Paul Michael « Starsky » Glaser et/ou d’Yves Boisset). Glen Powell, trop lisse pour le rôle ? Trop exposé ? En plein syndrome de » Chalamet Mania » ? Contrairement à son jeune homologue, égocentrique surdoué mais dézingué par la profession, Mr Powell s’amuse de son physique avantageux. Mieux, quand tant d’autres capitalisent sur leur beau-tox’, lui ne prend rien au sérieux et se complait dans le second degré. Alors ? A qui revient la faute ?
Ce ne sont pas les scénaristes qui manquent dans l’Ouest Sauvage. Mais les plus originaux ne sont, malheureusement pas, les plus courtisés…Car pour faire pondre abondamment la poule aux œufs d’or, il faut savoir-parfois- fermer les yeux sur la nourriture donnée. Le public saturerait-il ? Pour s’en convaincre, il suffit de s’attarder sur le désamour progressif mais inéluctable pour les films de super-héros. Des histoires prémâchées (quand les comics regorgent d’aventures inédites et de background « social »), des personnages perdus dans un fond bleu, un cadre narratif qui ne dépasse jamais les attentes du public familial, une morale préchi-précha…et bon sang, je suis plutôt client !
Mais non, à force de lisser la bête dans le sens du poil, on domestique ses élans. La selle est, certes, plus confortable mais pour le rodéo, on repassera. Alors, qu’est ce qui meut notre trentenaire millionnaire ? La sécurité ou les grands espaces ? La retraite anticipée ou le papier-glace ? Questions légitimes que l’on peut émettre à l’annonce de cet « Ultime héritier ».
S’investir dans une relecture sexy de « Noblesse oblige » de Robert Hammer (où l’iconique Alec Guinness y incarnait huit rôles dont un féminin !) sans singer la prouesse de l’acteur britannique évoqué, pourquoi pas ?
Une relecture est ce qu’elle est, tant qu’elle ne trahit pas la « sève » du tronc originel.
Echanger quelques balles avec des partenaires de choix ? Comment résister à Margaret Qualley et Ed Harris ?
Folâtrer avec un humour noir décapant tout en offrant une autre facette de jeu ? Et si la décision de notre Glen était, in fine, la somme de ces propositions/tentations ?
Trêve de suppositions. Epluchons l’ersatz.
A la « théâtralité » de « Noblesse oblige », John Patton Ford lui oppose le parfait film du dimanche soir. Nous sommes d’accord, « How to make a killing » ne brille pas par sa réalisation. Trop sage, trop classique dans sa forme, ce remake s’inscrit dans une autre époque. Hommage à l’œuvre matricielle ?
Certainement. L’intrigue est sensiblement inchangée et à part quelques petits écarts contemporains (Becket Redfellow est, à présent, trader), rien ne vient perturber une copie quasi conforme. Je mens un peu. Ce serait oublier la pincée de glamour qui enjolive ce massacre et le soin apporté à la direction d’acteurs. Je n’occulte, en rien, la performance inouïe d’Obi Wan Kenobi…pardon, Alec Guinness. Mais là où Robert Hamer adoptait un humour so british (et des ressorts comiques issus du « Boulevard ») pour mieux nourrir son propos, John Patton Ford l’efface au bénéfice d’un casting rutilant. Glen Powell, en double sarcastique de Tom Cruise (même manière de pencher la tête afin de « geler » un dialogue et décontraction similaire), impose un aplomb indéboulonnable dans cette accumulation invraisemblable de meurtres. Margaret Qualley, (« fille de » mais bosseuse acharnée), joue de sa plastique fantastique et alterne-dans un seul plan- charme vén-haineux et faciès monstrueux. Aparté : pour celles et ceux qui douteraient du talent de la demoiselle, jetez un œil sur sa publicité pour Kenzo et son implication dans « The Substance » de Coralie Fargeat. Loin de la jouer banco sur un érotisme convenu, Miss Qualley y triture son corps avec panache et détermination.
Enfin, le cyclopéen Ed Harris nous fait l’honneur de sa présence dans un final magistral. Retrouver cet acteur/réalisateur (son biopic, peu connu, sur Pollock est remarquable et sa filmographie intouchable) toujours aussi magnétique du haut de ses 75 printemps est un régal pour tout cinéphile.
Alors ? Pourquoi cette malédiction rééditée au box-office ? Sans doute, l’usage de la voix « off » qui ralentit considérablement cette entreprise de démolition ? Une patine désuète un brin datée ? Une production estampillée « série B thunée » exempte de folie et de sens de la démesure ? Ou un épilogue peu commercial… mais tellement savoureux ?
Attention, Glen. Trois échecs à Hollywood et c’est le placard assuré.
Comptons sur « The Great Beyond » de J.J. « La force est avec lui » Abrams pour redorer un blason injustement abimé. Qui sait ? Le réalisateur de « Mission Impossible 3 » décèle, peut-être, chez notre « Austin Powell » un potentiel digne du sexagénaire scientologue ? Et lui sauvera, aussi, les miches ?
En attendant, délectez-vous de cette fable cynique.
Comme le chantait si congrûment le génial Léonard :
« The poor stay poor, the rich get rich
That’s how it goes
Everybody knows »
John Book.



