Je l’avais déjà articulé dans une précédente chronique, le dernier album d' »Eiffel » m’avait fort déçu. Peu inspiré (cette accumulation maladroite d’hommages sentait, tout de même, une paresse en matière de composition) ou recyclant les mêmes accords entendus sur leur troisième galette, j’avais remisé « La peur et le vent » dans une armoire. Entendons-nous bien, je suis un fervent admirateur du groupe et de son meneur. Ecriture barbare (lorsque l’on rédige : » Aux ingénues qui, l’air hagard prêtent leurs culs aux balançoires », on s’incline) et compositions inflammables, « Le quart d’heure des ahuris » demeure, pour moi, l’un des meilleurs albums de rock français entendu depuis longtemps. Sauvage, concis et d’une beauté crépusculaire, ce deuxième LP continue de nourrir mon quotidien au même titre que d’innombrables classiques. Trop souvent comparé à leurs voisins bordelais, Eiffel ne fut jamais le parent pauvre de Noir Désir mais son cousin éloigné. Et lorsqu’en 1992, les auteurs/compositeurs de « Tostaky » revendiquèrent une filiation évidente avec le rock noisy de Ted Niceley ou les élans abrasifs de « Fugazi », Eiffel posa quelques années plus tard des jalons « glam » dignes de Ziggy. Deux salles, deux ambiances.
A l’annonce d’une date à l’Olympia en ce frémissant printemps 2026, je ne fus pas concerné. Peur de retrouver les mêmes gimmicks scéniques et non la fièvre qui parcourut le Trianon en 2012.
Mais comment dire « non » à l’invitation d’un Ami, cher à mon cœur ?
Nous nous retrouvons, donc, face à l’Olympia et nous mêlons aux Ahuris. Heureuse surprise avec l' »Ambulancier » qui assure une première partie sans chichis. Ce binôme biberonné aux Années 80 emporte l’adhésion avec un set de 30 minutes sec et généreux.
Entracte.
Puis « Eiffel » fait son apparition sous les applaudissements d’un public acquis et, dès les premières minutes, je suis frappé par la « vigueur » qui étreint « Interstellar ». Tel Michael Jackson défendant une nouvelle production pop, le groupe semble avoir opté pour le « lifting ». « Place de mon cœur », « Skin on Skin » et « Save Me », les titres s’enchainent avec une saveur inédite et une fraicheur bienvenue. Il est fou, ce Romain ? En très grande forme, du moins.
Cabotin et blagueur, le leader de la bande plaisante avec le public parisien et ose la comparaison avec celui de Lyon, beaucoup plus bouillonnant. « J’ai l’impression que vous connaissez plus les anciens morceaux que les nouveaux? » plaisante t’il.
Le groupe embraye avec « La peur et le vent » (single imparable) et orientalise l’audience avec un « Sous ton aile » ensorcelant. « Or » manque singulièrement de relief (j’ai précité, plus haut, les raisons de ma déception) mais est vite éclipsé par une reprise monumentale : « Wrong » de Depeche Mode. Transformé par « Eiffel« , le single électro so 90’s prend des allures punks et nettement plus « métalliques ». L’auteur-compositeur- interprète nous avait déjà fait le coup à la Boule Noire-période « l’éternité de l’instant »- avec une reprise de « Shout » des Tears for Fears. Mais ici-sur scène- la présence remarquée de Frédéric Vitani, batteur inventif, pousse le groupe dans ses retranchements. Ainsi, « Wrong » opère le virage de l’exposition (les sept premières chansons) vers l’exaltation. « Beauté du Diable », « Ton temps ma jolie », « Tram Track to the Blue », « Je m’obstine » et l’inaltérable « Tu vois loin » (à l’intro des plus originales) transportent le public puis le soulèvent. Interlude. « Le plus grand nombre » est susurré en voix OFF et c’est Salomé Humeau qui mène la danse, accompagnée d’un guitariste flamenco. Douche de lumière sur un moment précieux où une chorégraphie millimétrée le dispute à des pics hispaniques. Encouragements, liesse et retour dans l’hémycicle. « Joue la Vie » souffre d’un manque de « jus », contrairement à « À tout moment la rue » dont les chemins de traverse galvanisent l’auditoire. Rechute avec « Belle of the Bal » et l’on sent bien les limites de nouvelles compositions plus bluettes que Barrett. Enfin, « Sombre » et ses riffs décapants met tout le monde d’accord et rappelle la puissance de feu du quintet. Madeleine indienne avec « Tandoori » (peu défendu en de récentes tournées) puis annonce d’un hypothétique final avec une « Chanson trouée » tout en circonvolutions. Pause. Rappel. Le Sieur Humeau se la joue « solo charango » et reprend « Heroes ». A poil et sans artifices, Romain reste un fan en émoi. La clique rapplique. Mais chahuté par l’annonce inopinée d’un manager largué, « Hype » perd de son éclat et se voit bazardé. Remerciements, Boris Vian. Puis lumières… pour 2h20 d’un concert éclair.
Nous regagnons la sortie, pas à pas, joyeux quinquas.
Merci, JB. Merci, mon Ami.
A l’heure où j’écris ces quelques lignes, me revient en tête le générique TV de mon enfance :
« La Force G, ce sont ces cinq jeunes, hyper-doués, qui protègent les planètes de notre galaxie.
Toujours ensemble, unis comme les cinq doigts de la main, incorruptibles, inséparables, invincibles. »
Ce fut tout cela et plus encore. En attestent ces très beaux instantanés de Pascal Cossé.
Un rendez-vous est annoncé au Cirque d’Hiver pour début décembre.
Dis, quand reviendras tu ?
Dis, au moins le sais tu ?
Texte John Book.
Photos Pascal Cossé.












































