La filiation est évidente. Une prise d’otage surréaliste inspirée d’un fait divers. Un évènement encadré par le FBI et relayé par les médias. L’adaptation, en film, par un cinéaste de renom et la présence d’Al Pacino à l’écran. Non, je ne vous parle pas d' »Un après-midi de chien » de l’immense Sidney Lumet mais de « La corde au cou » du non moins immense Gus Van Sant. Sorti ce mercredi sur nos écrans, ce long-métrage rappelle les grandes heures des sweet seventies-en matière de drame infusé au thriller. Puis-je, à nouveau, le mentionner tant il parcourt régulièrement chacune de mes chroniques et mon ADN de cinéphile ? Ok, j’en remets une couche. Le nouvel Hollywood est, une fois de plus, mis à l’honneur dans cette ode aux « petites gens » face à la machine capitaliste made in USA. Traitement de l’image en adéquation avec l’époque évoquée (saluons la photographie d’Arnaud Potier), mouvements de caméra peuplés d’arrêt sur images et de zooms, reconstitution historique totalement raccord avec les prises de vues de CBS, ABC et NBC, playlist de standards soul diffusés via un DJ au goût assuré (on se remémore instantanément « Les Guerriers de la Nuit » de Walter Hill), look vintage des protagonistes et montage « ludique » (un personnage vomit dans les toilettes, le plan suivant est immédiatement collé aux gargarismes de notre anti-héros, une brosse à dents à la main). Voici, en partie, les merveilleuses idées de réalisation qui peuplent » Dead Man’s Wire ». Tant d’éléments parfaits qui, bout à bout, font de ce 18ème film de Gus Van Sant un chef-d’œuvre du 7ème Art.
Gus, cinéaste arty ? Tel Spike Lee et son « Inside Man », notre Ami Américain creuse depuis « Harvey Milk » un sillon nettement plus populaire. Exit les expérimentations visuelles (« My own Private Idaho, Master Piece absolu) et les longs travelling suspendus (le palmé « Elephant » ou l’extatique « Gerry »). L’originaire du Kentucky s’empare d’un deuxième biopic avec une maitrise et une science du « timing » dignes des plus grands. Classique dans la forme mais traversé de soubresauts narratifs (la scène de danse tragi-comique de Tony Kiritsis, le cauchemar gore de Richard Hall), « La corde au cou »-titre ô combien réfléchi- nous galvanise dans un tourbillon d’évènements surréalistes à l’issue implacable.
Un nabab qui refuse que son burrito soit prédécoupé en cuisine sans sa permission, un « brave gars » qui tient en joue -par l’entremise d’un fil de fer enroulé au cou de sa victime et relié à la gâchette d’un canon scié-le fils de son patron, des équipes de tournage en quête de sensationnel qui débitent des lieux communs, des excuses formulées en mode automatique, etc, etc.…et au centre de tout cela ? La détresse d’un « laissé-pour-compte ».
Pour interpréter ce dernier, il fallait allier la bonhomie d’un « Monsieur tout le monde » à la sauvagerie d’un animal en cage. Bill Skarsgard (« John Wick, chapitre 4 », « Nosferatu » ou encore « Piégé ») s’en acquitte avec une liberté de jeu déconcertante. Liberté. C’est le mot qui m’a traversé l’esprit à de nombreuses reprises lors du visionnage de ce pamphlet. Ses camarades de plateau ne sont pas en reste et campent, avec ferveur, une galerie de personnages « more than life ». Dacre Montgomery (aperçu dans « Powers Rangers » -adaptation fun que j’adule- ou « Elvis »), Colman « The Voice » Domingo (« Candyman » et « Sing Sing »), Cary Elwes (« Princess Bride » et « Mission Impossible : Dead Reckoning/Final reckoning ») et Kelly Lynch (« Kaboom » du sulfureux Gregg Araki) sont tous formidables.
Enfin, fêtons le retour de Pacino, dernier géant et porteur homérique de flambeau cinématographique. Entre 1975 et 2025, rien ne semble avoir bougé. Ni le talent ni le regard qui frise au détour d’une ligne de dialogue croustillante. Big Al n’apparait que quelques minutes mais celles-ci suffisent à figer un moment d’acting forcément roublard. Pour exemple, cet entretien téléphonique avec le ravisseur de son rejeton. Échanges. Négociations. Incompréhension. Sa colère va crescendo mais se refrène dès que le maestro se sait sur écoute. Feu qui couve. Control Freak. Absolument chic.
Je m’arrêterai là, au risque de vous dévoiler trop de « composants bandants » à l’écran. Mais ne vous y trompez pas. » La corde au cou » est de ces uppercuts qui vous sonnent pour le reste du mois.
Old School et ultra cool. Techniquement très abouti et d’une classe folle. Franchement. Il n’y a pas à tortiller et il est inutile de chercher.
À l’avenir, lorsque je désirerai mater un « putain de film », je saurai à quel « Sant » me vouer.
John Book.



