Premier film du réalisateur/scénariste/producteur Christopher McQuarrie , »The Way of the Gun » (sorti, en France, en décembre 2000) se distingue singulièrement des blockbusters de l’époque par son âpreté. Dès l’intro de ce polar infusé au western spaghetti, McQuarrie sort l’artillerie. Deux lascars à la cool se voient confrontés à une foule haineuse… pour une raison surréaliste. Inutile de vous dire que ce duo n’est pas là pour donner des cours de tricot. Castagne et ecchymose. Émeute. Cette scène, purement gratuite dans sa narration -car initialement tournée comme une fausse bande annonce (!)-, est certainement la plus rock n’roll du moment. J’oublie l’Asie ? Non, en cette veille de Noël et d’un nouveau millénaire, je n’oblitère ni « Anaki mon frêre » de Takeshi Kitano ni « Dead or Alive 2 » de Takashi Miike. Mais en terrain ricain, ce film de (mauvais) genre se pose là.
Pour endosser le costume de nos deux « sexy bad boys » et leur donner « corps », il fallait investir dans un casting de choc. Mc Quarrie l’a bien compris et oppose la morgue d’un Ryan Phillips survolté à la langueur animale d’un Benicio del Toro (par les cornes). Sorte de Pat Garrett & Billy the Kid en goguette, notre couple progresse au gré de pérégrinations et décisions instinctives. Un kidnapping ? Improvisé suite à l’écoute d’une conversation. Une prise d’otages ? Millimétrée jusque dans ses déplacements géométriques dans l’espace. Des échanges houleux ? Toujours conclus par une pirouette. Et lorsque l’interprète de « Souviens-toi…l’été dernier » (film sous-estimé dont je suis fan) envoie la cavalerie, son partenaire « muy caliente » lui déroule le tapis rouge avec flegme. Accalmie et tsunami.
Voici pour le jeu, remarquable d’intensité. Mc Quarrie, adepte de Tarantino ? Non. Lorsque « la grande gueule » d’Hollywood tartine des flots d’échanges oisifs sur fond de B.O. vintage, le scénariste d' »Usual Suspects » dégaine ses dialogues avec précision et concision. Me revient en mémoire ce segment où feu l’immense James Caan s’entretient avec Benicio del Toro lors d’une négociation hypothétique. Écoute. Camaraderie feutrée et force tranquille. En l’espace de quelques minutes, une génération tutoie l’autre sans que l’écart d’âge ne se fasse sentir. Ces deux-là sont de la même « trempe ». Et quand leurs caractères accordent leurs violences au comptoir, se dessine subrepticement un pont reliant le « nouvel Hollywood » ( » Les gens de la pluie » de Francis Ford Coppola, yes we « Caan ») et le cinéma d’auteur type « Sundance Festival » (« The Indian Runner » de Sean Penn).
Mi Parrain, mi Sicario.
Ça, c’est cadeau.
La suite ? Enthousiasmante. Se calant sur l’impétuosité de nos Buddys (and Clyde), le récit ne cesse de nous ébahir dans ses choix narratifs. Vous attendiez une simple chasse à l’homme ? C’est bien plus complexe que cela car l’équarisseur Mc Quarrie épingle le lambda à revers. Le polar qui tranche-effet de manche- dans le lard ? Aux oubliettes ! Le film indépendant qui privilégie le « bavard buvard » aux combats féroces ? Au placard ! Pourquoi hésiter lorsque l’on peut alterner le tout avec harmonie ? Se stabiliser dans la furie ? Rigueur et sens en alerte. Tels sont les deux préceptes de notre desperado.
C’est plus fort que lui. Dès que son long-métrage semble prendre un chemin balisé, « Long Chris » l’envenime avec des virages serrés. Ou accélère le tempo. Ici, les gunfights sont troués de moments suspendus et, telle une partie de poker, les personnages cachent toutes et tous leur jeu. Juliette Lewis et Dylan Kussman en tête. Distribution royale. Quinte flush. Voici un thriller « supermen » qui nous malmène. Voici un western qui joue dans la cour des grands (« La Horde Sauvage » par Sam « misogyne » Peckinpah) sans souffrir d’ego. Et puis, n’hésitez pas à mettre « The Way of the Gun » sur pause et savourez son aspect technique. Regardez de plus près la nature de chaque plan ou son montage élégant. Même dans son final apocalyptique, McQuarrie chevauche la débauche pour mieux la dresser. Et même muet, le film ne cesse de nous interloquer. Coup d’essai ? Coup de maitre.
Happé par la grandiloquence de Tom Cruise et un budget plus conséquent, notre cinéaste ne réitèrera pas malheureusement pas son galop. Trop nerveux ? Trop extrême ? En s’y penchant bien, nous pourrions déceler quelques réminiscences dans le combat de rue de « Jack Reacher » ou la baston dantesque dans les chiottes du Grand Palais de « Mission Impossible : Fallout ».
Mais rien de plus. Souhaitons pour son prochain projet un retour aux sources. De celles qui nous font rajeunir et bander. Sans Mission et sans Tom. Sans production pharaonique. Une partie de cartes loin de Vegas, entre premiers de la classe.
Américaine, il va sans dire.
John Book.



