Chuck Norris. 1940-2026. Sale temps pour un geek…

Chuck Norris n’est plus de ce monde et je me prends cette nouvelle comme une mandale. Pour bon nombre de cinéphiles, cet expert en arts martiaux (adoubé par le grand Bruce Lee) fut synonyme de décontraction à l’écran. Chuck, c’était la promesse de bourre-pifs bien ajustés à des répliques qui font mal(e). Le flegme britannique dans une carcasse yankee. Une montagne face à la bêtise et la barbarie. Autre temps, autres mœurs. J’accompagne ma grand-mère (ou est-ce le contraire ?) dans notre ciné de banlieue découvrir « Sale temps pour un flic » d’Andrew Niccol (futur réalisateur du « Fugitif » avec l’impeccable Harrison Ford). J’ai 14 ans en 1985 et le choc est absolu. La réalisation est au poil, les répliques cultes fusent et Mr Norris est un dieu grec en bombers. À la base, le rôle devait échoir à De Niro ou Eastwood (Nico, mon pote, aide-moi) mais vu le peu d’intérêt constaté, c’est Chuck qui s’y colle. Et la VF est fatale. Je ressors emballé ainsi que ma mémé. Coup de foudre pour un « petit » film de série B fichtrement bien foutu. Je n’ai vu cet « action movie » qu’une fois dans ma vie (car introuvable en DVD) mais je m’en souviens comme si c’était hier. C’est vous dire… Alors, oui, « Lawrence d’Arabie », oui, « Citizen Kane », mais le cinéma pouvait, aussi, être ça. Quelques mois plus tard, « Invasion USA » du méticuleux Joseph Zito débarque le même jour que « Rocky 4 » et c’est l’effervescence devant l’entrée du ciné. Entre la sainte Trinité Stallone, Norris et Schwarzy, ma mémé et moi avons choisi. Peu de personnes dans la salle de taille moyenne, mais un écran semblant démesuré tant la projection « envoie » sévèrement. « Invasion USA », c’est la guerre froide à la sauce pimentée, les Russes qui prennent d’assaut l’Amérique par le biais d’attentats ignobles. Au milieu ? Un méchant d’anthologie incarné par un acteur animal : Richard Lynch. Au centre ? Chuck. Cavalier solitaire et omniprésent, de tous les plans. À l’époque, la « Cannon » (firme culte à l’origine de  » Bloodsport »,  » Over the Top » et autres joyeusetés disponibles dans un très beau et indispensable coffret chez votre fournisseur culturel) possède les droits de « Spiderman » pour une adaptation cinématographique. Mais rien, nada, peau de balle. Qu’importe, Joseph Zito prêtera à son iconique héros les attributs d’un Super. Attention ! Point de diesel, chez Chuck. Marcher à l’économie, oui, mais avec furie. Pour preuve, ce plan-séquence insensé où Lynch lynche un pâté de maisons à grands coups de bazooka. En 1985, pas de trucs numériques mais la putain d’Amérique. Réactionnaire, reaganienne et outrageusement burnée. Les femmes !? Reléguées chez les acolytes sexys et inconsistantes. Les sidekicks ? Blacks et musclés, le sourire en coin et la blague au bord des lèvres. Oui, autres temps, autres mœurs. Mais quel panard d’adolescence ! Je me fous de « Walker Texas Ranger ». Pour moi, Chuck fut incandescent dans ces deux longs-métrages et c’est déjà beaucoup. Son apparition fantomatique dans « Expendables 2 » sonne, à présent, comme un hommage à ce qu’il fut. L’homme de la rue qui dans les brancards rue. Le type mutique. La morale fière en bandoulière. Forever Hyper. Et Chuck ? Jamais, il perd.

Sauf hier…

Tristesse.

Mais que les fans du monde entier se rassurent.

Ce n’est pas la Mort qui l’emporte, c’est Chuck qui l’invite à danser.

So long, cow-boy.

John Book.

https://www.youtube.com/watch?v=NjwP3RUHVIw