[Chronique] Black Sea Dahu – « Everything »

La douce gravité du monde. Lorsque le deuil entre dans une vie, le monde change de texture. Les jours semblent plus lourds, l’air plus dense, et chaque souvenir porte en lui une sensibilité fragile, plus forte aussi, que l’on chérit avec attention. « Everything », le dernier disque de Black Sea Dahu, explore cet espace intérieur où la perte donne à la musique une profondeur nouvelle. 

Au centre se tient la voix solaire et tremblante, de Janine Cathrein, semblable à une flamme dans la nuit. Fille de l’aire équilibriste entre fragilité et profondeur dramatique poignante. Et ses mots apparaissent comme des éclats de pensée déposés sur le seuil d’une pénombre céleste.

La naissance de « Everything » plonge ses racines dans la douleur de la disparition d’un père. Janine Cathrein y écrit et y compose aux côtés de sa sœur Vera (basse, guitare électrique, flûte), de son frère Simon (violoncelle, percussions) et de quelques amis proches, un recueil musical habité par la mémoire, le vertige du temps et la lente transformation de la douleur en chanson. Les 9 titres avancent à pas de velours dans un paysage peuplé d’émotions aux nuances nouvelles que l’on se surprend à accueillir en notre for intérieur comme si elle nous appartenait un peu.

« One Day Will Be All I Have », peut-être le titre le plus fort du groupe de folk-pop zurichois est écrit, agit comme un cœur battant au milieu de cette album. La mélodie se déploie avec la patience d’une marée. Les orchestrations frémissent et s’ouvrent dans des halos lointains, traversé d’une douceur finalement apaisante.

Depuis ses débuts, Black Sea Dahu cultive une écriture sonore un peu étrange où les émotions fortes nous portent. Les arrangements, façonnés avec leur complice Gavin Gardiner, délicate où cordes, bois et cuivres se marient avec précision. L’ombre lumineuse de certains héritages traverse parfois ces paysages sonores, la sensibilité suspendue de Bon Iver, la ferveur fragile de Jeff Buckley ou les clair-obscur émotionnels de Big Thief ou de Phoebe Bridgers. Le groupe suisse trace une voie qui lui appartient entièrement.

Depuis leurs premiers lives jusqu’aux grandes scènes du Great Escape (2019), du m4music (2019), du MaMA (2019), de l’Eurosonic (2020) et du Montreux Jazz Festival (2024), partageant l’affiche avec Ben Howard, José González, LucyRose, Agnes Obel, Amy MacDonald, Dermot Kennedy et Sophie Hunger, le collectif a sculpté une forme d’intimité musicale en apesanteur. Fragments d’émotions hors du temps pour éclairer les endroits secrets du cœur.
« Everything », de Black Sea Dahu, à défaut de vous faire danser jusqu’au bout de la nuit, vous fera aimer le crépuscule jusqu’à l’aurore qui suit, et les autres aussi. Un disque habité, élégant et bouleversant pour aimer la vie et partager celles d’hier et celles d’aujourd’hui.

 

En concert en France : 
Le 17 avril à l’Aéronef – Lille 
Le 18 avril au Trabendo – Paris 
Le 19 avril à La Sirène – La Rochelle

Photo de couv. DR