L’insoumission sonore la plus parfaite au Festival de La Route du Rock hiver, ce n’est pas banal, c’est même remarquable.
Le festival La Route du Rock, ancré à Saint-Malo depuis 1991, d’année en année s’est imposé comme un rendez-vous incontournable pour les amateurs de rock indépendant et alternatif. Au fil des éditions, sa programmation pointue a accueilli des figures emblématiques telles que Sonic Youth et Dinosaur Jr, PJ Harvey, dEUS dont les performances ont marqué l’histoire du festival. Alors, si je devais nommer qu’un seul groupe qui manquait vraiment encore à leur palmarès cinq étoiles, sans aucun doute il s’agirait de The Ex.
Comment ça, vous ne connaissez pas The Ex !
The Ex, météore, incandescent, insaisissable, insubordonné. Depuis plus de quarante ans, ce collectif néerlandais ne cesse de déconstruire, réinventer, transgresser les codes du Rock. Punk, noise, jazz, musiques tribales, improvisations sauvages, tout fuse, s’entrechoque, se brise, se reforme, dans une sarabande sonore où l’urgence épouse l’audace. Alors que Saint-Malo s’apprête à les accueillir au Festival Hiver de La Route du Rock, une question s’impose : comment un groupe né dans le fracas de l’anarcho-punk des années 80 peut-il encore, après tant d’années, surprendre, secouer, électriser ?
L’éruption créative permanente avec une singularité radicalement libre. Fondé en 1979 au cœur de la mouvance punk DIY d’Amsterdam, The Ex n’a jamais cédé à l’immobilisme créatif. Vingt albums, d’innombrables collaborations, des voyages sonores du free jazz au post-punk, de l’éthio-jazz au krautrock, la formation défie toutes les tentatives de classification. Comme un organisme vivant, elle mue, se déploie, explose. Là où d’autres, tels que Fugazi, sculptent l’intensité dans la rigueur, The Ex embrasse le chaos, se laisse submerger par l’instinct, délaisse les structures closes pour l’ouverture infinie des possibles.
A l’instar de Sonic Youth qui a redéfini la dissonance et Fugazi, la tension maîtrisée, The Ex pousse plus loin encore le level : pas de trame figée, pas de répétition servile. Chaque concert devient une expérience unique, un laboratoire sonore où tout peut arriver. Là où d’autres affûtent leur cohérence, eux cultivent l’accident, la fulgurance, l’éclat brut d’une idée qui jaillit et disparaît aussitôt.
Avec la scène comme zone de fracture et d’expérimentation, c’est en concert, que The Ex atteint son paroxysme. Pas de postures, pas de mise en scène calculée. Juste une intensité à l’état pur, dans un débordement incessant où la performance et le public entre en corps-à-corps. Andy Moor martyrise sa guitare, la batteuse Katherina Bornefeld cogne ses fûts avec la force tellurique d’un séisme, les morceaux s’étirent, se brisent, renaissent sous une forme inédite. Le son gronde, se cabre, tournoie.
Contrairement à Fugazi, dont la présence scénique, bien que viscérale, reste contenue dans une mécanique impeccable, The Ex plonge tête baissée dans l’imprévisible, le tumulte, la convulsion permanente. Un cri de révolte, une danse frénétique, un tourbillon sonore où les frontières entre artistes et spectateurs s’effacent. Loin des concerts millimétrés, chaque performance devient un acte de rébellion en soi, un refus de la fixité, une invitation à l’errance musicale.
Mais ce qui distingue The Ex, au-delà de l’énergie brute, c’est cette faim insatiable d’ailleurs. Là où Fugazi sublime la tension post-hardcore, eux s’abreuvent à mille sources. La musique traditionnelle éthiopienne, les pulsations tribales du Sahel, le chaos structuré du free jazz, les dissonances du noise-rock, tout est matière à explorer, déconstruire, tordre, amplifier. Le punk, chez eux, n’est pas une posture, c’est un état d’esprit, presque une philosophie : l’expérimentation comme seul bastion, comme unique boussole, la remise en question comme moteur essentiel.
Les chanceux qui seront vendredi soir devant la scène de La Nouvelle Vague à Saint-Malo, après une attente fébrile, vivront certainement un moment fort face à The Ex. Une onde de choc pour certains, un tourbillon musical pour d’autres, une expérience sonore assurément inoubliable. Parce que ce groupe-là ne se contente pas d’être là : il bouleverse. Et dans leur sillage, il ne reste qu’une certitude : celle d’avoir vécu une vraie sensation de déflagration.
Plus d’info sur la programmation de La Route du Rock https://www.laroutedurock.com/collection-hiver/
Plus d’info sur The Ex theex.nl