ChroniquesCinéma

“Tenet” de Christopher Nolan. Please, inverse-moi…

“Back to the Movies!”. A l’instar de la star des “Mission Impossible”, je m’engouffre, moi aussi, dans une salle de cinéma, après 7 mois de diète, pour découvrir “Tenet”. Bande-annonce hallucinante. Buzz énorme où Warner joue son “va tout” en cette période endémique et si le film cartonne, les autres majors suivront. “Tenet”. Que cache, donc, ce mystérieux palindrome et cette histoire d’inversion temporelle sur fond d’espionnage? Aurions-nous le film le plus ambitieux de Christopher Nolan à portée de rétine?
Surpasserait-il “Dark Night” dans cette épopée suposée  de fin du Monde? 

Disons -le tout net: ce long-métrage est certainement le pire film du réalisateur de “Dunkerque” et cela pour plusieurs raisons.
Il y a, indiscutablement, chez ce réalisateur americano-britannique une pose arty qui transpire dans tous ses films et plus précisément son dernier. Dialogues pompeux et sur-écrits, tour de passe-passe scénaristique déjà entrevu dans “Le Prestige” et surtout, une manière de complexifier ses intrigues afin de cacher une histoire somme toute entraperçue dans de nombreux films.
Et que je te rajoute une menace nucléaire, un semblant d’apocalypse et des enjeux nébuleux afin de cacher un scénario vainement alambiqué !
L’auteur prend de la Hauteur? Pas vraiment. 
Chez Nolan, le Maître du Jeu mène la danse, atouts en mains, et l’audience a toujours un métro de retard. Et en manipulation, on peut dire que Cricri s’y connait même si le lapin se morfond au fond du chapeau.
Il y a surtout une manière très perverse (de sa part) d’appréhender sa dernière œuvre.  Soit tu suis l’intrigue tarabiscotée sans broncher ( “Tenet? C’est une manière de proposer un thriller mâtiné de physique quantique sans toc dans un équilibre parfait… C’est sa marque de Kubrick depuis Interstellar, tu vois. Il est au dessus, Nolan, au dessus!”), soit t’entraves que dalle, ou du moins tu entrevoies les grandes lignes. “Tenet? C’est l’histoire d’un mec qui remonte le temps en Moonwalk pour gommer les conneries d’un milliardaire, en gros. Comme “Retour vers le Futur” mais en mode intello … je crois qu’j’ai pas compris? Si?”
J’exagère?
Indéniablement, Nolan tire vers le Haut et ne prend pas son public pour du bétail. Mais c’est justement dans cette intellectualisation à outrance et cet étalage de démonstration digne d’un master en physique que l’on se sent floué.
“Tenet? Quelle intelligence du propos! Quelle scénario merveilleusement bien construit! Quel génie, ce Christopher!”
Et bien, non. A force de nous faire croire en une partie de ping-pong improbable ente John Le Carré (de l’hypoténuse) et Steven Hawkins, Christopher Nolan gonfle son ego mais nous laisse sur le carreau.Entendons-nous bien. Nous ne sommes pas chez Eis-enstein, Godard ou Tarkovski et Nolan n’interroge pas le Cinéma, sa mécanique et sa “vérité”. “Tenet” est un blockbuster qui  a déjà dépassé le million d’entrées en France par son originalité et ses scènes d’action spectaculaires. Mais cela aurait vraiment pu se réduire à cela, à savoir un film d’espionnage d’anticipation sans musique tonitruante, révélation finale, causes et effets à résonance mystérieuse et relation alambiquée entre tous les protagonistes. Un film brillant et cool tel “Inception” ou “Batman begins” et non un pensum gonflé aux hormones. 
Et pourtant, son casting est formidable de justesse (quel plaisir de retrouver, dès les premières minutes, Martin Donovan. Si vous ne le connaissez pas, découvrez cet acteur d’envergure dans “Trust Me” et “Simple Men” de Hal Hartley), ses actrices et ses acteurs brillamment dirigés (Clémence Poésy, Elisabeth Debicki et John David Washington sont magnétiques) et sa réalisation toujours bluffante. Mais quel ennui.
A la sortie, cet après-midi j’aurais souhaité être moi aussi inversé dès le générique d’ouverture afin de pouvoir changer de salle de projection ou de planning pour la journée. Mon double aurait vu un film asiatique et je me serais assoupi un brin dans un parc. Loupé.
Aussi boursouflé et prétentieux que le dernier Tarantino, vain, opaque et sans émotion aucune, ce long-métrage est une déception de taille.
“Tenet”? C’est flou.

John Book.