Dans l’âme tortueuse de Shannon Wright, il existe un sanctuaire où l’intime se fond dans le chaos, où l’amour s’effondre et se relève, palpitant et incandescent. Ce sanctuaire, c’est « Reservoir of Love », son onzième album, une œuvre d’exorcisme et d’extase, un cri du cœur qui résonne dans les recoins les plus sombres et lumineux de l’existence.
Dès les premières notes de la chanson éponyme, nous somme happé dans une spirale d’émotions où l’instrumentarium brut et organique embrasse une voix qui vacille entre supplique et insurrection. Un titre où les échos du passé, se fracassant contre une guitare rageuse, témoin d’une douleur qui refuse l’oubli. « Reservoir of Love » est une incantation, une déclaration de lutte et d’abandon, où la ferveur du piano se mêle aux dissonances électriques. Puis vient « The Hits« , un morceau aux guitares vaporeuses, traversé d’un souffle fiévreux, d’une course haletante à travers les vestiges d’une relation consumée. La voix murmuré de Shannon Wright y est plus touchante que jamais.
« Weight of the Sun » est une rêverie suspendue dans le vide, où la mélancolie s’étire sous les riffs des guitares nerveux. C’est un morceau funambule, en apesanteur, un battement de cœur infiniment puissant, un instant de grâce où la douleur se fait presque lumineuse. On y perçoit les échos d’un amour brulant, distordu par le prisme du souvenir et de la nostalgie.
Avec « Countless Days« , Shannon Wright touche à l’essence même du tragique. Sa voix, écorchée et tremblante, se fraie un chemin à travers un piano fantomatique et des arrangements de cordes discrets mais déchirants. Un pas vers l’acceptation de la perte, dans un silence, dans une respiration suspendue, l’espoir et le désespoir nous troublent.
« Ballad of a Heist » marque un retour à une énergie plus brute, avec des guitares saturées qui grondent. C’est une chevauchée nocturne à travers les plaines du doute, un morceau hanté par l’urgence et la nécessité de tout brûler pour renaître. Un morceau qui m’évoque le fabuleux « This Is Love » de PJ Harvey.
Puis vient « Mountains« , dont les arpèges hypnotiques à la Blonde Redhead « Sit Down For Dinner » se déroulent comme une litanie. Ici, Shannon Wright sculpte un paysage sonore où le silence devient un instrument à part entière, laissant chaque note s’effacer dans l’immensité du vide.
L’album atteint son sommet émotionnel avec « Shadows« , un hommage vibrant à Philippe Couderc, fondateur du label Vicious Circle, qui a tant compté dans la carrière de l’artiste. C’est un morceau en suspension, où la voix de Shannon Wright semble flotter entre les dimensions, portée par un piano spectral et des textures sonores éthérées. Chaque note est une larme retenue, un adieu murmuré à l’oreille du temps. Enfin, « Something Borrowed« , dédié à Steve Albini, s’impose comme une conclusion d’une beauté déchirante. Entre fragilité et explosion, Shannon Wright y convoque les fantômes du passé et les transforme en une lumière vacillante mais éternelle.
« Reservoir of Love » c’est une confession mise en musique, un duel à travers les territoires de l’amour et de la perte, du renoncement et de la révolte. Shannon Wright y explore, avec une intensité rare, cette fine frontière entre le romantisme rude, désespéré, et la passion d’une transe rock, déchirante, belle et dangereuse, faisant de chaque chanson un vertige, une chute libre dans l’immensité du sensible. Une œuvre magistrale et viscérale, qui marque le retour d’une artiste à l’âme définitivement bouleversante.
Photo de couv. Jason Maris
Shannon Wright en tournée
- 04/03/2025 – ORLEANS (45) L’ASTROLABE
- 06/03/2025 – MARSEILLE (13) LE MAKEDA
- 07/03/2025 – ANNECY (74) FESTIVAL HORS PISTES
- 08/03/2025 – LYON (69) MARCHÉ GARE
- 10/03/2025 – LILLE (59) L’AERONEF
- 11/03/2025 – NANTES (44) STEREOLUX
- 13/03/2025 – ST BRIEUC (22) BONJOUR MINUIT
- 14/03/2025 – POITIERS (86) CONFORT MODERNE
- 15/03/2025 – LA ROCHELLE (17) LA SIRÈNE
- 16/03/2025 – BIARRITZ (64) L’ATABAL
- 18/03/2025 – BORDEAUX (33) IBOAT
- 19/03/2025 – RENNES (35) ANTIPODE
- 21/03/2025 – PARIS (75) FRAGILE FESTIVAL – THÉÂTRE ZINGARO