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“Proxima” d’ Alice Winocour. You are my High.

Ce fut “non”. Première séance de “Proxima” programmée ce mercredi 27 Novembre 2019. Mon fils et moi -même sommes attablés dans un café mais ma proposition d’une virée intersidérale en planète Mère ne le séduit pas. Non pas que mon cinéphile d’ado soit réticent au cinéma dit “exigeant” ou d’art et d’essai. Il n’a simplement pas la tête à cela (à savoir dans les étoiles) et sa réponse fut “non”. Damned!  Point de critique pour Lust4Live en cette veille d’année 2020 et de pandémie. Bien des mois plus tard, je me décide, donc, à acheter (je suis de la race des dinosaures qui investissent encore dans ces bouts de plastique avec une belle jaquette) à bas prix ce long-métrage encensé par la critique…et le découvre, avec mon rejeton, dans notre salon.
L’écran s’allume. Mise à feu.

Proxima” est une merveille d’équilibre entre récit d’aventure intérieure et féminisme. Ce parcours douloureux d’une mère de famille et seul membre féminin au sein d’une équipe de spationautes mâles- en partance pour Mars- emporte notre cœur dès les premières images et subtilise notre âme de spectateur.
Bonheur. Apesanteur.
Alice Winocour, réalisatrice d'”Augustine” et “Maryland“, est une cinéaste méthodique. Elle n’enjolive en rien son récit et nous propose une plongée au sein du centre spatial de Cologne d’un point de vue quasi-clinique (son co-scénariste Jean-Stéphane Bron est connu pour ses documentaires politiques). Sa réalisation ausculte au plus près ses acteurs et l’environnement dans lequel ils gravitent sans jamais céder aux sirènes du rythme frénétique, du drame emphatique ou de ficelles scénaristiques usées. Ici, chaque détail est important : poids, morale, ténacité. Chaque respiration sert de tempo à un entrainement défiant l’imagination. Chaque petite victoire remportée sur un “chrono” marque un pas de plus vers un voyage hors du commun.
Cette visite privilégiée en terrain étrange intrigue autant qu’elle sidère. Jusqu’où un être humain peut-il aller pour surmonter des épreuves physiques et mentales quotidiennes ? Et jusqu’où une maman peut-elle sacrifier des moments précieux partagés avec sa fille…avant une absence d’une année programmée ?
Déchirement.
Le temps est compté et cette parcelle de temps nous est contée avec distance et compassion.

Eva Green était un choix pertinent pour camper avec conviction Sarah Loreau. Tour à tour fragile avec sa petite Stella (la bien-nommée) mais infaillible en mission virtuelle, perdue devant des silences gorgés de rancœurs mais cinglante face à des remarques machistes, Sarah est une héroïne des temps modernes. Un pied dans notre Monde, l’autre sur une Planète Rouge mais l’esprit totalement tourné vers le futur de sa progéniture.

Eva Green est de la trempe des “filles de” qui en ont…
A savoir des “cojones” et du talent. Que ce soit dans le troublant “Perfect Sense” de Davis MacKenzie, le sulfureux “White Bird” de Gregg Araki ou l’addictive et romantique série “Penny Dreadful“, son jeu d’actrice renversant n’est plus à démontrer.
Pour lui tenir la dragée haute, Matt Dillon incarne avec bonhomie le cliché de l’américain pétri de suffisance mais charriant des tonnes de sensibilité.
Quinquagénaire sexy à la gueule d’ange iconique, notre “Rusty James” a effectivement pris quelques rides et s’est un tantinet épaissi… mais sa qualité d’acting au “naturel” et sa décontraction apportent à ce long-métrage une légèreté comique proche de l’ironie.
Cette mission à tous les traits d’une escapade suicidaire ? Son personnage de Mike Shannon lui injecte une “coolitude” inattendue et réjouissante.
Enfin, entre ces deux protagonistes que tout oppose, Sandra Hüller (vue dans “Toni Erdmann“) apaise le jeu et apporte à l’ensemble équilibre, rigueur et retenue.
Nous frôlons l’extase ? Coup de grâce.
En guise de touche finale, Alice Winocour s’adjoint les services d’un compositeur culte : Ryuichi Sakamoto.
Le cahier des charges induirait-il un livret proche de “Little Buddha”? Une immersion majestueuse- nappes dans les cordes- dans les palpitations internes de la douce Sarah ?
En partie.
Mystérieuse et en pointillée, sa bande-son “mouchetée” (j’ai eu la chance de le voir à l’Olympia pour sa tournée “Sweet Revenge” en 1994 et je peux vous assurer qu’écouter “Merry Christmas Mister Lawrence” en live vous marque une mémoire de cinéphile) évoque plus qu’elle ne souligne, se calant ainsi sur la volonté de la réalisatrice.
Less is more.

D’un point de vue plus pragmatique, Proxima évoque l’aventure vécue par Thomas Pesquet en 2016 (ce dernier apparait, d’ailleurs, au détour de quelques plans) mais aussi la présence proche et invisible d’une étoile.
A n’en pas douter, cette expérience cinématographique porte on ne peut mieux son titre.
Film populaire, humaniste, intimiste et embrassant constamment les hauteurs, Proxima scintille, nous illumine et nous questionne sur les limites de notre soif d’ailleurs.
“Check ignition and may God’s love be with you”.
Un long-métrage beau comme du Bowie ?
Au sortir de notre cockpit domestique, c’est un “Oui”!
John Book.