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PAUL & MICKEY “MORTEL” ÉMOI

Paul & Mickey, en choisissant d’évoluer dans un registre rock, n’a pas choisi la voix la plus simple vers les marches successives qui mènent au succès, en français qui plus est. Le trio pourtant, Adrien (Chant), Baptiste (Batterie) et Damien (Guitare), ne manque pas d’atouts. Bien sûr, il n’en est encore qu’au début de l’aventure, mais déjà ô combien riche d’un sens qui est l’apanage des justes. Un effort tout particulier à la faveur d’une écriture qui laisse quelque peu rêver à une grande destinée. Bien que la musique du groupe soit globalement énervée et parfois révoltée (leur énergie et leur plume font penser à d’autres : Noir Désir, Feu! Chatterton), Paul & Mickey sait varier les ambiances pour imposer des rythmes entraînants. On retiendra aussi la puissance des arrangements tout en murmures éclectiques, guitare en avant et touches électro à la nervosité latente. Quoi qu’il en soit, ils ont du talent, c’est aussi simple que cela, ça paraît évident et ça saute aux oreilles !
“Mortel”, leur nouveau né de septembre dernier, est un EP plus que prometteur et la confirmation supplémentaire d’une dextérité à toute épreuve.
Paul & Mickey nous fait l’insigne honneur d’un long et captivant interview !

Peux-tu nous rappeler le parcours de Paul & Mickey ? Et pourquoi ce nom  ? 
Pour le nom, chacun peut y voir ce qu’il veut. Nous-mêmes, nous avons plusieurs versions. Il faut savoir que Polemos en Grec signifie Guerre. En déguisant le mot, en le rendant poétique, on le questionne. Notre truc, c’est de chercher des failles, des scissions dans les murs, des fleurs dans les cratères, des fêlures dans les guerres. On cherche à créer des langages pour créer du lien, on fait l’inverse de la guerre. 
Paul & Mickey est un projet qui est né en 2009 de l’envie de mon frangin Baptiste et moi de composer de la musique ensemble. A l’époque, Baptiste était un petit prodige de la batterie. Moi (Adrien), j’écrivais des textes, je chantais et je faisais un peu de basse. On jouait avec un copain guitariste dans un style punk/rock et on faisait des concerts dès qu’on en avait l’occasion dans des bars, des MJC, des scènes ouvertes, des tremplins. 
On a composé une vingtaine de chansons dans différents styles du rock, on a fait nos armes comme on dit. On a pris beaucoup de plaisir à se produire sur scène, à rencontrer des gens, à errer sur les routes, à raconter les histoires que l’on vivait ensemble, qui nous parlaient à tous. On a croisé la route de Bertignac, Zebda, Cantat, Massilia… c’était très cool et on avait envie de donner plus de nos personnes à ce style de vie. Alors en 2013, on a intégré un quatrième membre dans le groupe, notre pote Damien à la basse. 
On a travaillé sur un premier EP “En Attendant L’Aurore” (sorti en 2015), qu’on a défendu sur scène lors de festivals, de premières parties et de scènes proposées par la SMAC et le Conservatoire de Privas avec lesquels on bossait à l’époque pour perfectionner nos prestations techniques. 
L’EP était très marqué rock français/rock alternatif, un peu “old-school”. On voulait se poser un peu après tout ça pour discuter de l’orientation musicale du groupe, du travail, temps, pognon et énergie à investir dans le projet si on voulait qu’il s’améliore et que notre plaisir s’y intensifie. 
On s’est trouvé une raison de vivre avec ce projet, une identité sociale, on voulait continuer et aller plus loin. Il fallait maintenant qu’on étaye notre identité artistique et qu’on fasse des expériences pour préciser notre personnalité, s’éloigner de nos influences. Ça allait nous demander beaucoup. Damien et notre guitariste de l’époque ne partageaient pas cette envie. Du coup, Baptiste et moi nous sommes retrouvés seuls sur le projet. Baptiste s’est saisi à bras le corps des logiciels de compositions électroniques. Il est devenu musicien électronique et compositeur, en plus de son rôle de batteur. On s’est lancés ainsi dans l’aventure de la composition d’une mixtape qui s’appelle “Vol de Nuit”. 

En gros, de 2016 à 2018, on a charbonné sur des chansons plus expérimentales et audacieuses. On a voulu casser nos habitudes de compositions, faire de la recherche musicale, changer de direction, oser faire des choses qu’on ne faisait pas habituellement. On a quitté notre zone de confort pour essayer des choses. On a sorti cette mixtape “Vol de Nuit” sur YouTube en la clippant au fur et à mesure qu’on l’enregistrait. On voulait toucher à tout, mixage, mastering, clip, scénario, on voulait s’investir sur chaque degré de l’objet. Et puis ça nous permettait d’exprimer ce qu’on avait à exprimer de plein de façons qui complètent et enrichissent nos chansons, nos façons de les donner. On s’est découverts encore à donf avec tout ça. On a bossé avec quelques ami-es qui jouaient de la caméra, de la gratte, tout ce qui était possible tant que nos chemins se croisaient et qu’on avait des choses en commun à raconter. 

Puis au cours de l’an de grâce 2017, Damien a réintégré le projet en tant que guitariste. On a enregistré une dizaine de titres de “Vol de Nuit” avec Damien dont seulement deux sont sortis finalement sur YouTube (“Des Croix”, “Neiges”). Tous les trois, on s’est mis à la composition d’une suite à ce projet. 
On a bossé pendant 1 an sur la composition de notre double EP “Mortel Amour” où les pistes de notre recherche d’identité artistique sont plus abouties qu’autrefois et plus cohérentes. 

Comment s’est passée la composition de ce premier EP ? 
Chacun en son domaine s’est amélioré. Ce que nous faisons est plus intime, plus personnel et plus original, même s’il nous reste beaucoup de chemin à parcourir avant d’avoir accouché de ce que nous voulons faire !

On a travaillé avec le Laboratoire du Conservatoire de Lyon (Francis Richter, Jérôme Savy) pour questionner notre production, nos méthodes de travail et nos prestations live. 

Nous avions interrompu notre présence sur scène entre 2016 et 2018 après le décès de ma compagne. De même que notre rythme de travail avait été impacté par mon état suite à ce drame. 

Le retour à la scène se faisait de plus en plus urgent et la fonction cathartique de la composition devenait elle aussi à nouveau vitale. Nous faisons ce que nous faisons parce que nous en avons besoin. C’est une passion, une façon de respirer, nous avons choisi d’être faits pour ça. Ce temps m’a permis de renforcer mon sentiment que la musique et l’écriture sont la façon dont je veux être au monde, ce que je veux donner, la façon dont nous voulons créer du lien. C’est une vie que nous donnons à notre oeuvre. Le temps de la composition a été un temps de choix radicaux pour tous les trois.

L’écriture de ce double EP “Mortel Amour” a été très intuitive. La plupart des textes ont été écrits d’une traite, peu retravaillés, livrés à l’état brut et sauvagement. Je me suis laissé porter par ce que mon inconscient avait à me dire. Nous avons beaucoup échangé au cours de la composition de la musique. Souvent, Baptiste et Damien arrivaient avec des idées de sons, de textures sonores, d’ambiance, des mélodies, des arrangements. On essayait des choses tous ensemble, on remettait en question, on reprenait à zéro. On a passé beaucoup de temps ensemble. C’est l’énergie entre nous trois, l’amitié qui nous lie qui a été moteur de l’articulation de nos sons. On a tous beaucoup travaillé. Au fur et à mesure de la composition, on a eu l’opportunité de présenter les morceaux sur scène et ainsi de leur permettre d’évoluer selon leur contact avec le public.  La rencontre avec notre public est un élément fondamental de notre musique. Il a un réel impact sur ce que nous faisons, il fait vivre notre son, il se l’approprie et on écoute ce qu’il nous renvoie. C’est une construction toujours en mouvement. 

La musique de cet album « MORTEL » est très référencée « électro-rock français ». Avez-vous des influences majeures ?
Si notre production est ce qu’on appelle “avant-gardiste”, c’est parce que nous mélangeons audacieusement des genres musicaux de manières inattendues. Nous prenons artistiquement des risques pour exprimer chacun les influences différentes qui sont les nôtres. 

Damien écoute beaucoup de classique du rock (Led Zeppelin, Guns N’ Roses, Red Hot Chili Peppers) mais aussi beaucoup de post-rock (Mogwai, Mono). Baptiste écoute énormément de musique électronique/rap (Nekfeu, Vald, Orelsan, Fauve) mais aussi du rock noise et du grunge (Lysistrata, Nirvana). 

Quant à moi, j’aime beaucoup la chanson à textes (Bashung, Ferré, Mano Solo, Cantat) mais j’écoute aussi un max de sons nouveaux quand j’aime l’esprit du projet (Orelsan, Fauve, Stupeflip, Kery James, Katerine). L’originalité, c’est un truc qui me fait accrocher mais ce que je kiffe par dessus tout, c’est quand j’entends de la musique ou du texte qui me fait penser comme une évidence “Putain c’est vrai”. On est tous les trois très curieux et très ouverts alors on écoute beaucoup de sons, on s’échange beaucoup de trucs, on passe des soirées à se faire découvrir des artistes et des albums. Ce qu’on écoute les uns les autres circule à fond à l’intérieur du groupe. 

Le texte est un élément central de vos compositions. Comment l’écriture te vient-elle ?
J’écris tout le temps. J’ai toujours des carnets sur moi, j’écris comme si ça soignait la rage, comme si c’était urgent tout le temps. Je réfléchis à ce mode de vie d’écrivain, je me dis qu’en fait, j’appartiens à ce truc. C’est ce truc qui vient me chercher et je lui obéis, je me rends disponible, je me mets au service des mots, je les écoute. Souvent lorsque je commence à écrire, je ne sais pas encore ce qui va en sortir. Je ne sais pas de quoi je vais parler, si c’est une chanson, une poésie, une nouvelle, le chapitre d’un roman, une page de journal intime d’ado tendance Caliméro. 

Je suis au monde pour écrire et je mâche tout ce que je vis. Je mâche, je mâche, c’est coûteux en énergie. Et puis paf ! une formule va tomber. Peut-être seule. Peut-être avec un texte derrière, une chanson qui va tomber de manière fulgurante. C’est une relation passionnelle. Je ne comprends pas mais j’accepte et j’aime ça. J’aimerais mieux saisir le phénomène sans l’enfermer pour pouvoir écrire sur commande, écrire sur des thèmes que je choisirais, édulcorer mon propos. En ce moment, j’essaye de rendre mes histoires plus accessibles et universelles. J’ai l’impression que malgré moi, je cadenasse beaucoup mes textes pour que chaque interprétation soit intime et secrète. J’ai envie de parler à tout le monde, j’ai envie d’embrasser le monde entier avec ce talent. J’ai du boulot à faire. 

Votre premier single « Mélanie » est remuant, subtil et poétique ! Est-il pour vous une évidence ? 
J’avais quelques idées de textes, des débuts, des bribes, des morceaux dont je savais qu’on pourrait les combiner, qu’ils racontaient la même histoire. On avait une mélodie de guitare tribale. Baptiste est arrivé avec un truc monstrueux d’ambiance électronique géniale. On a écouté ça couchés par terre dans le noir tous les trois. Ça durait 20 minutes à la base. On a beaucoup bossé sur l’évolution de ce morceau, notamment après l’avoir donné en live. On pensait que la chanson était originale, très perso, très confidentielle, pour un public averti. J’ai réécrit pendant que Baptiste et Damien jouaient; le son nourrissait mon écriture.

On l’a choisi pour le premier extrait parce que cette Mélanie est le fil conducteur du double EP “Mortel Amour”; on la retrouve tout au long du disque. La rencontre avec le réalisateur David Basso, l’échange avec lui, sa lecture du truc a été décisive. Il a su ce que nous avions de commun à raconter sans que nous ayons à trop parler. Il a fait un travail formidable sur le clip, il a su nous surprendre et faire suinter les murs de la poésie qu’ils gardaient précieusement. Il nous a mis très à l’aise sur le tournage. C’était une expérience unique. L’effet de la chanson doit beaucoup au clip. 

Le fait qu’aujourd’hui “Mélanie” se hisse plus seulement comme premier extrait mais comme single et expose notre travail comme jamais il n’avait été exposé jusqu’alors, ça, nous ne l’avions pas prévu. Nous avons surtout tablé sur du qualitatif, sur du cathartique et nous ne pensions pas qu’il résonne de manière aussi évidente au-delà de notre public habituellement. Ce n’était pas une évidence, nous l’aimions, nous n’imaginions pas que d’autres l’aimeraient aussi et c’est tellement bon de sentir son coeur dans cette chaleur du message reçu. On laisse “Mélanie” prendre le contrôle, on lui fait confiance, elle file. Quand on est vrai, elle en fait l’évidence. 

Il y a une forme de révolte désabusée. Est-ce le reflet d’une réalité ou un onirisme poétique ? 
On peut parler de révolte désabusée. Je suis naturellement très sensible, une personnalité “éponge”. On est tous beaucoup dans la compassion vis-à-vis des laissez-pour-compte de l’économie dans laquelle on existe. On est très sensible à l’injustice et les raisons de se révolter sont loin d’être ce qui manque. D’une certaine façon, on peut assimiler notre attitude à ce qu’Albert Camus appelait la rébellion. Il n’y a pas d’organisation politique à laquelle on puisse se rattacher, on a toujours été déçus. Je pense qu’on est en rébellion quand on se méfie de toute autorité, qu’on aspire à être son propre maître, qu’on fait des choix avec conscience et qu’on interroge l’ordre des choses. On pose des questions partout là où habituellement on ne s’en pose pas, on interroge le spectacle invisible du quotidien. 

On aspire à être libres; alors oui, on se révolte. Avec notre truc à nous, c’est-à-dire l’expression artistique. On rêve d’amour, de liberté et ;e paix, on y croit. Alors on se bat avec les choses du monde qui jettent le voile de la nuit sur ces rêves. En même temps, on est comme tout le monde; alors on se bat aussi avec nous-mêmes. Notre pire allié, c’est peut-être nous-mêmes sur notre chemin. Et comme on est humains, on est confrontés au doute, à l’incertitude, au désespoir, à la fatigue, à la déception et on répond comme on peut à ces sentiments vertigineux. On y répond parfois par l’absurde, on se sabote, on s’auto-détruit, on fuit, on oublie. Tout le monde sait ce que c’est. 

Enfant, que rêvais-tu de faire ?
Depuis tout petit, je veux raconter des histoires. J’ai toujours fait ça, inventer des histoires. Je rêvais de faire passer des messages.  En jouant avec Damien mon frère. J’ai toujours eu une imagination débordante qui m’a souvent un peu isolé. J’ai écrit très tôt des histoires, des journaux intimes, des petits scénarios sans savoir ce que je faisais. Je lisais énormément, je regardais des films de manière quasi-obsessionnelle. Quand je regarde ce que j’ai fait de ma vie (l’éducation spéciale, l’animation, l’associatif, la musique), j’ai l’impression que le fil conducteur est la passion du langage, de la langue. 

Et parler pour dire quoi ? Je pense que j’essaye de mettre en lumière des liens heureux entre les choses, de trouver du sens là où il n’y en a pas a priori, voir de l’amour partout, créer du lien. Je pense que j’ai envie de raconter que tout vaut la peine d’être vécu, qu’au bout de toutes les routes, il n’y a que l’amour qu’il faut comprendre et sentir. J’ai l’impression d’avoir un genre de mission, j’aimerais du moins que ce soit le cas. Peut-être que j’ai envie de me dire toutes ces belles choses à moi, de m’en convaincre. Ou peut-être que je le sais déjà naturellement et que j’ai envie de le dire à tout le monde en m’assurant que tout le monde l’ait senti ou compris. 

Je sais que je raconte des histoires d’amour tristes, des histoires de mort, des histoires de difficulté à être soi, mais j’aimerais réussir à devenir un genre de témoignage. Un témoignage modeste mais un témoignage que toutes les souffrances valent la peine d’être vécues, qu’on survit à tout et qu’on apprend sans cesse, qu’on finit toujours par aimer. Que les gens sachent que voilà, je sais ce que c’est qu’avoir mal (j’écris sûrement ce témoignage en ce moment) mais qu’un jour, on trouve la paix si on le veut. 

Dans « Matinale Sentinelle » la rage est très présente ! Tu l’exprimes avec force et conviction. Vers qui ton hurlement ultime est-il dirigé ?
Vers moi. A un moment de ma vie, j’avais besoin de me vomir avec brutalité. Je parle beaucoup et pourtant je dis très peu de choses. C’est avec la musique, la scène et l’écriture que je me dis la vérité. J’étais animé de beaucoup de colère pendant l’écriture de ce double EP. Je me suis fait du mal, je me suis laissé ronger par la culpabilité. J’avais l’envie d’exprimer des choses sombres et violentes que j’avais en même temps peur d’avouer. Il y a beaucoup de colère dans les premières interprétations des chansons. Je trouve des excuses pour les diriger vers quelqu’un d’autre que moi alors que je suis le seul réel destinataire de mes colères. 

La chanson “Matinale Sentinelle” est l’histoire d’un type qui est au chevet de quelqu’un. La mémoire est traître, on se réécrit sans arrêt. Et le type qui raconte a envie de garder quelque chose de chaud, de lumineux en mémoire. Mais on vient lui dire le contraire, lui rappeler des contradictions à cette version du souvenir. Le hurlement est dirigé vers ses contradicteurs, ses “intestins silencieux de bouches élyséennes” qui ne feraient que répéter ce qu’il est de bon ton de répéter pour survivre sans trop s’en vouloir. 

Et à présent, quelle est la suite de l’aventure pour PAUL & MICKEY ?
On vient de sortir l’EP Mortelsur toutes les plateformes de streaming, on va réaliser quelques clips et mises en images. On vient aussi de sortir un disque en physique, le double EP Mortel Amour. On bosse sur des versions spéciales, des chansons pour les concerts, on bosse sur la vibe des concerts. Être sur scène comme chez nous et donner tout ce qu’on peut visuellement sur scène, toute l’énergie, toute l’incarnation, toute l’atmosphère. Pas refaire simplement le disque comme il est enregistré d’un bout à l’autre. 

On va chercher à faire un max de concerts, à rencontrer notre public, à lui donner, à construire cette relation, l’approfondir et l’enraciner. On bosse sur la suite, les chansons qui viendront après le double EP “Mortel Amour”. On est à fond !

Stef’Arzak

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Écouter Paul & Mickey “Mortel” http://hyperurl.co/PaulEtMickeyMortel

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