Chroniques

Oslo Tropique Tempête adjacente

A peine remis de ses émotions d’hier soir devant le livestream d’Oslo Tropique, que déjà nous nous réjouissons maintenant avec l’écoute de leur EP éponyme. Derrière ce nom à consonance hautement exotique, se cache en réalité une bande de fous furieux originaires de la capitale de l’aéronautique, ô Toulouse. Le quatuor, est plutôt branché par la scène underground que sur les étoiles, pourtant il y a chez eux une vraie constellation de sonorités brillantes, qu’il est facile de comparer à une voie lactée tourbillonnante. Nettement inspiré par un rock noisy et déstructuré, toujours sur la corde raide, Oslo sait maintenir la tension d’une résonance riche. Débordant d’énergie et soutenu par un chant savamment engagé, leur force accroche. 4 titres qui composent un premier EP éponyme, à la tempête adjacente, qui nous laisse face à une envie irrésistible d’en reprendre encore un peu plus.
Entretien avec Oslo Tropique pour en découvrir les dessus, dessous…

Comment a commencé l’aventure Oslo Tropique ?
Au départ, nous étions trois, issus d’un autre projet : Megane à la basse, Fred à la guitare et Christophe au chant lead et guitare. Nous étions en train de composer un répertoire, mais nous n’avions pas de batteur attitré. Puis, nous avons rencontré Metty, qui officiait dans une compagnie d’arts de la rue,” Les Commandos Percu“. Metty est un batteur avec une pure frappe rock comme on les aime. Il y a environ 2 ans, on a jeté quasiment toutes nos compos et réécrit le répertoire tous ensemble.


Par rapport à vos précédentes expériences musicales, quelle est la différence principale avec Oslo Tropique ?
Les compositions se sont faites à quatre, dans un style que nous partagions. Personne n’a eu à s’adapter aux autres. On a exploité notre plus petit dénominateur commun avec l’envie de se faire plaisir : une musique rock brute, directe, qui défoule et qui nous parle. En somme, ça a été assez fluide en comparaison avec d’autres d’expériences passées.


Comment s’est déroulé l’enregistrement de votre EP (4 titres)?
On est très vite partis en studio avec ces nouvelles compositions. Tout a vraiment commencé là, avant même de faire des concerts. Nous avons enregistré avec Serge Flaubert (Kid wise, Big Flo & Oli…) au Studio de l’Imprimerie à Toulouse. Il y a de nombreux amplis vintage en dépôt, c’est top !
Nous avons choisi Lionnel Buzac pour le mixage car il avait déjà travaillé avec un autre groupe de notre label, I Me Mine, et nous avions beaucoup aimé son efficacité. Aujourd’hui, il touche un peu à tous les styles mais on savait qu’il venait de la planète rock, et qu’il serait dans son élément avec Oslo Tropique.


“Un Pavé dans l’Ecran” est le premier single de votre EP et aussi le plus puissant. Le message qu’il véhicule est relativement révolutionnaire. Y’a-t-il là l’expression d’une convocation, d’une vocation à faire bouger les choses ?
Clairement ! Mais il n’est pas pour autant donneur de leçon ou vindicatif ; c’est un regard acide porté d’abord sur soi-même comme sur beaucoup d’entre nous. L’idée est assez simple : gueuler tout seul chez soi, c’est bien mais agir ensemble, c’est mieux ! C’est l’appel de la rue, celle des manifestations, des grands rassemblements et des pavés. C’est le lieu où nos indignations pourront au moins être entendues à défaut d’être écoutées. Il semble qu’aujourd’hui le passage aux urnes soit biaisé ; en tout cas, ce n’est pas une condition suffisante pour affirmer que le peuple s’est exprimé souverainement. Il n’y a qu’à regarder les dernières présidentielles. Et comme dirait Eiffel : « A tout moment la rue peut aussi dire non ».


” Les Grand Palaces ” (les vitrines qui s’illuminent), question identitaire ou interrogation sur le consumérisme grandissant de nos sociétés ? Ou les deux  ?
Les deux oui ! Car ces deux sujets s’entremêlent.

Comme “ Un pavé dans l’Ecran “, c’est un texte qui nous renvoie à nous-mêmes, à nos propres comportements. La lutte commence par soi-même et notamment, lorsque l’on évoque la surconsommation. Il faut adopter les comportements qui vous permettent d’arriver à la maitriser. Mais nous sommes habités, sans forcément nous rendre compte, par un je-ne-sais-quoi qui nous pousse à l’acte d’achat. Nous sommes accrocs ! C’est une bonne chose de dénoncer la surconsommation mais que met-on à la place ? Acquérir remplit un vide. La religion est morte pour la plupart d’entre nous, elle ne joue plus son rôle de guide existentiel. Se projeter dans l’achat d’une maison, d’une voiture, s’offrir des vacances, un voyage, des loisirs…, nous donne le sentiment de construire, d’être. Si on supprime ou limite cette tendance, on risque de créer un vide existentiel.

C’est ce qui est sous-jacent à ce titre. En substance, le narrateur dit : « Je voudrais bien faire un effort, j’ai bien conscience qu’on va dans le décor mais je n’y arrive pas ».


Globalement, dans votre EP, la volonté de reconnaissance que vous exprimez est-elle celle de la masse invisible ?
Oui et non. Oui car nous sommes partie intégrante de la masse invisible. Comme tout un chacun, nous exprimons notre besoin de nous faire entendre. Que peut-on dire de la masse invisible ? Qu’elle a certainement un besoin de souveraineté dans le sens où elle se sent maître de son destin. Qu’elle souhaite vivre de manière apaisée. Que les règles du jeu soient claires et respectées. Après la masse est éparse et diverse, et on peut difficilement s’arroger le droit de parler en son nom.

Mais cet EP interroge aussi sur nos propres comportements qui peuvent se révéler bloquants dans les luttes écologistes ou sociales.


Quelles sont les prochaines étapes d’Oslo Tropique ?
Faire des concerts ! Aller à la rencontre du public et partager avec lui. Puis, sortir d’autres titres. D’ici les élections de 2022, il y aura à dire et à faire.

Photos ©Emmanuel Delpix

Ecouter Oslo Tropique : https://www.youtube.com/channel/UCOUt26jImI57WZDLcBghFyw
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Stef’Arzak