[Interview] Loons – « Life Is »

Trois gars de 21 ans, avec un son qui semble tout droit sorti du Seattle de 1994, et pourtant aucune nostalgie à l’horizon. Avec « Life Is », Loons signe un premier album plein d’audace et de fièvre. Plus mélodique que le déjà excellent « Cold Flames » (2022) mais toujours aussi habité par une tension à vif, le trio montpelliérain confirme que leur passage au long format n’est pas qu’un simple coup d’éclat post-EP.
Produit par Amaury Sauvé, notre Steve Albini à nous, « Life Is » canalise rage, doutes et élans lumineux en onze morceaux taillés pour marquer les corps profanes autant que les têtes grises. À l’heure où le rock redevient le terrain de jeu d’une jeunesse infiniment créative, Loons avance un coup de maitre sur l’échiquier du rock contemporain, porté par une seule certitude : jouer, ressentir, et aller le plus loin possible. Rencontre avec un groupe qui n’a clairement pas fini de renverser la table.


« Life Is » marque un vrai pas en avant depuis « Cold Flames », à quel moment avez-vous senti que vous étiez prêts à passer à l’étape de l’album ?
On a toujours voulu faire un album ! Il y’a 2 ou 3 ans on composait énormément et on s’est dit que c’était le moment. On a booké le studio début 2023 pour enregistrer l’album en 2024, on s’y est bien préparés. On voulait quelque chose de vraiment travaillé, qui nous ressemble à 100%.

Vous décrivez cet album comme plus “ouvert”, presque “pop”, qu’est-ce que cela signifie pour vous sans trahir votre ADN post-hardcore ?
On s’est jamais trop posé la question au moment de le composer. Bien qu’on soit parfois très « bruyants » musicalement, on a toujours eu un côté calme dans notre approche, et on adore la mélodie. On est certes influencés par des groupes qui font une musique « agressive », mais on a beaucoup d’influences variés chacun de notre côté.

Vous avez grandi loin des années 90 mais vous en incarnez l’esprit, qu’est-ce qui, selon vous, rend encore cette époque si vivante dans votre musique ?
On est fans de Nirvana et de l’état d’esprit qui va avec, l’honnêteté, l’énergie… On trouve ça un peu bizarre d’être souvent ramenés à cette période, même si elle nous a influencé, évidemment. Comme tu as dit on était pas nés dans les 90s, mais c’est une période qui avait l’air très ouverte musicalement, avec du changement. On estime aussi que c’est aussi le cas aujourd’hui, c’est juste une ère différente, et on vit le moment présent !

La scène rock et hardcore semble redevenir jeune, notamment via TikTok ou des groupes comme Turnstile. Comment expliquez-vous ce retour d’énergie générationnelle ?
Il fallait juste un outil (internet) qui puisse faire découvrir ce genre de musique à un public plus jeune, qui en premier lieu n’y était pas exposé. C’est une super chose d’ailleurs. C’est vrai que TikTok a joué un rôle important. Quand on était plus jeunes,  on était vraiment dans notre coin quand on écoutait Deftones, Silverchair … Maintenant c’est plus pareil, il y’a clairement eu un avant / après !

Travailler avec Amaury Sauvé, c’est presque un rite de passage pour les groupes qui cherches un son exigeant. Qu’est-ce qu’il vous a apporté concrètement sur « Life Is » ?
On voulait que Amaury produise l’album car on savait qu’il était unique en son genre ! Il a une maîtrise folle, et une approche très exigeante en premier lieu. Quand on était en pré productions, on avait un papier et un stylo et on notait beaucoup de choses, le but était comprendre à 100% chaque intention de jeu, qu’est-ce que le morceau évoque à chacun etc … Tout ça pour les 11 morceaux.

Son oreille a été indispensable et nous a fait progresser à une vitesse qu’on ne pensait pas imaginable. Et on a beaucoup rigolé.

Les titres comme « Fight Scene », « No Bodies Glide », « Stef » semblent très visuels, est-ce que vous pensez vos morceaux comme des scènes ou des émotions à incarner ?
Exactement ! Fight Scene par exemple est une scène imaginaire, très visuelle. On décrit beaucoup dans nos textes ce qu’on imagine. C’est pareil pour la musique, on a tous un côté rêveur, et c’est incroyable de pouvoir synthétiser ce que tu as dans la tête à travers un instrument.

Vous disiez que vos premiers fans étaient des “darons”, avant que votre public ne vous ressemble davantage. Comment vivez-vous cette bascule générationnelle ?
On est hyper contents, peu importe le public en réalité, mais c’est clair que c’est incroyable de jouer devant des gens de notre génération, qui aiment la même musique que nous. On se sent un peu plus soudés !

Votre musique parle de rage, de doute, mais aussi d’une forme d’espoir. Qu’est-ce que « Life Is » veut dire, au fond, pour vous trois ?
Life Is a une signification différente pour chacun de nous, c’est ouvert à la libre interprétation. La signification peut changer d’un mois à l’autre. On garde le secret même entre nous ! 

Chaque sujets évoqués dans cet album sont assez courants, tout le monde peut en faire l’expérience. On peut soit se plonger dans le côté « dreamy » de l’album, ou dans son côté « doute / frustration », et enfin son message de positivité. On chante toutes ces émotions car elles font parti de la vie, et même les sujets « négatifs » ou « pessimistes » sont un appel à positiver et à aller de l’avant.

Vous avez déjà ce son très affirmé sur cet album, jusqu’où aimeriez-vous pousser le projet Loons ?
Le plus loin possible, tant qu’on aime ce qu’on fait, et qu’on fait des dates ! On se pose pas la question de comment on doit sonner. Si ça se trouve, le prochain album sera hyper agressif, ou alors à l’inverse beaucoup plus calme et mélodique, ou les deux ! On en sait rien !

Si vous pouviez faire découvrir Life Is à quelqu’un qui n’a jamais écouté de rock, quel morceau choisiriez-vous, et pourquoi ?
My Way ou Solar … c’est compliqué d’en choisir un seul. On voit ces morceaux comme des chansons. Chaque morceau un côté très mélodique et dissonant, tout en étant assez accessible j’imagine. L’un est très dansant, l’autre plus calme et intime …