Séb, chanteur et figure centrale du groupe LOMLA, nous parle de leur nouvel album BENIDORM. Un disque rock et poétique, qui explore les fractures de notre époque entre colère, chaos et quête de sens. LOMLA s’inscrit dans cette lignée rock affirmant une esthétique forte qui aime secouer l’auditeur et le plonger tout au long de ces 45 minutes bien ficelées dans un véritable sentiment d’urgence.
Le titre de l’album, Benidorm, évoque à la fois un lieu réel et un symbole. Qu’est-ce que cette ville représente pour vous dans le contexte de l’album ?
Benidorm, c’est une station balnéaire où je suis allé gamin et où j’ai vu des hordes d’anglais reproduire ce qu’il y a déjà chez eux : boire des pintes, se bourrer la gueule et griller sur des plages sans se poser de question sur leur condition. C’est le symbole du capitalisme presque esclavagiste qui nous fait travailler pendant toute une année pour aller dormir pendant 5min sur des plages, jamais le temps de réfléchir. C’est pour ça que LOMLA essaye d’être un peu l’inverse de Benidorm, pour réveiller les consciences.
L’album semble traversé par une tension entre colère et poésie. Comment avez-vous trouvé cet équilibre entre critique du monde actuel et dimension sensible dans vos textes et vos arrangements ?
C’est un équilibre qui est dès l’origine de la création parce que j’arrive pas à créer sans poésie. Et je trouve que la poésie amène la révolte à un endroit où la colère pure ne va pas, ça donne un supplément d’âme. En fait la colère et la poésie c’est un peu le mâle et la femelle qui donnent naissance aux chansons de LOMLA. LOMLA est d’origine, d’essence, de colère et de poésie.
Séb arrive avec une vingtaine de compositions et le groupe les retravaille collectivement en studio. Comment se passe concrètement ce processus de “malaxage” des morceaux entre vous quatre ?
Tout est dit dans la question : J’arrive avec des morceaux et chacun s’approprie le morceau et joue sa partie en cohérence avec les autres. L’idée première c’est de donner naissance à un nouveau morceau où chacun s’y retrouvera. Sur un même morceau on peut essayer plusieurs arrangements différents par essai-erreur avant d’en choisir un, ça peut même être très long et passer par des abandons de morceaux. La chanson « Benidorm », on a mis 4 ans à l’arranger en l’abandonnant deux fois.
Vous évoquez la post-vérité médiatique dès le premier titre, Sens Interdit. Est-ce que l’album est pensé comme une sorte de récit du chaos contemporain ?
Oui, totalement. Chaque chanson prend sa part de chaos, qu’il soit médiatique, économique ou politique et essaye d’éveiller les consciences, en tout cas notre conscience à nous.
Vos influences revendiquées vont de Hubert-Félix Thiéfaine à Alain Bashung en passant par Damien Saez. Comment ces héritages du rock français se traduisent-ils concrètement dans votre son aujourd’hui ?
Il y a aussi toute la partie anglo-saxonne de nos influences de Nick Cave à Cure mais globalement le canal qu’on véhicule passe par la poésie : La poésie, c’est le tronc commun de Thiéfaine, Bashung, Saez, même Cure, Nick Cave… On est un peu les enfants, la suite logique de ces influences. On joue des choses qui se nourrissent d’éléments de ce qu’on a nous-mêmes beaucoup écouté sans pour autant chercher à les singer.
La reprise de Fantaisie Militaire vient clôturer l’album. Pourquoi avoir choisi ce morceau précisément et qu’aviez-vous envie d’en révéler ou d’en transformer ?
Bashung est un monument, « Fantaisie Militaire » est un monument dans la discographie de Bashung, et on a eu envie de s’y confronter en donnant notre vision de cette œuvre d’art tout en lui rendant hommage. On cherchait à faire une reprise mais on ne voulait pas faire une reprise pour faire une reprise. Et comme tant de fois dans l’histoire de la musique, il y a eu un accident : David a laissé traîner un delay et je me suis lancé sur « Fantaisie Militaire » et ça a marché tout de suite.
Vos parcours sont très différents : rock, jazz-rock psychédélique, métal… Comment ces univers se rencontrent-ils dans la construction du son de LOMLA ?
C’est toute la richesse de LOMLA, on va à l’essentiel. On vient tous d’univers différents et ce qui nous reste en commun c’est ce qui fait le son de LOMLA. Avec nos différences et nos cohérences.
Vous insistez sur l’expérience brute du live. En quoi les morceaux de BENIDORM prennent-ils une autre dimension sur scène par rapport à l’enregistrement studio ?
Le live c’est l’ADN de LOMLA (en plus de la poésie et de la colère bien sûr). À part « Esclave du vide », tous les morceaux de Benidorm ont été joué plusieurs fois en live avant d’être sur l’album. L’album est venu comme une évidence et aussi comme une demande du public de pouvoir écouter nos morceaux à la maison. Le studio nous permet aussi de nous faire connaître auprès d’un public plus large mais on a voulu garder cette énergie brute du live.
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Photo de couv. LOMLA (c)Claire Boyer




