Chanteur et bassiste des Hommes Crabes, Bat est l’une des forces motrices de ce trio nantais à l’énergie brute et au groove contagieux. Ami de longue date d’Alex et Flo, il partage avec eux bien plus qu’un projet musical : une vision, une confiance totale et un goût assumé pour l’absurde comme outil de lucidité.
Avec GALAK 51, premier album du groupe, Bat et ses frères de scène nous embarquent sur une planète dystopique où l’excès règne en maître, miroir grinçant et joyeux de nos propres dérives. Enregistré live, en analogique, dans une urgence presque organique, le disque revendique un rock groovy nourri des années 90, sans nostalgie ni posture.
Dans cette interview, Bat revient avec sincérité sur la genèse de l’album, l’importance du groove, l’abandon de l’ego au profit du collectif, l’écriture des textes et ce lien rare qui unit Les Hommes Crabes sur scène comme dans la vie.
GALAK 51 est présenté comme une planète dystopique gouvernée par l’excès. Est-ce une métaphore directe de notre société actuelle ou plutôt un terrain de jeu pour grossir les traits et prendre du recul ?
Les deux ! Nous sommes à la fois observateurs acerbes … et très souvent dans l’absurde. Cela nous permet probablement de rester joyeux et positifs face à l’organisation actuelle du monde :).
Après deux EPs, qu’est-ce qui a changé dans votre manière de composer et de penser la musique pour ce premier album long format ?
Laisser tomber l’égo et donc donner place à une formidable aire de jeu musicale, que nous avons exploitée lors de deux résidences chez moi. Avant on faisait ça lors de répétitions ou bien en arrivant avec des plans à proposer aux autres mais nous n’étions pas contents du résultat. La meilleure formule semble être de grosses session de JAM à trois en isolement pendant plusieurs jours.
Vous avez enregistré l’album live en 5 jours, en analogique, sur du matériel vintage. Qu’est-ce que ce choix a apporté au groove et à l’énergie des morceaux ?
Lorsque tu joues avec d’autre musiciens en direct il y a une complicité qui se crée à travers le son et la danse des corps. Ça c’est pour le coté live. Pour le coté analogique, on a été très séduit par l’approche proposée par Pierre et Nico au Garage Hermétique et donc on leur a fait confiance. Le coté analo donne une chaleur particulière qui correspond bien à notre son. En tout cas pour ce projet là. On verra pour la suite !
Vos influences 90’s sont clairement revendiquées. Comment avez-vous évit é l’écueil du “revival” nostalgique pour proposer quelque chose de personnel et actuel ?
Déjà nos influences personnelles initiales sont un peu différentes au sein des Hommes Crabes. C’est peut-être pour cela que la combinaison des 3 ne fait pas « revival ». Après quand on joue on essaie pas de coller a un style en particulier, on ressent une émotion et elle s’exprime à travers nos corps. Je ne sais pas quoi te dire de plus… c’est peut être indicible comme truc.
Les textes de vos chansons abordent des thèmes plutôt engagés comme l’aliénation, l’écologie, la condition humaine mais toujours avec un ton un peu décalé. Est-ce une manière de rendre ces sujets plus digestes… ou plus corrosifs ?
Plus digestes… en tout cas pour moi (Bat), et puis de mettre des mots sur des sujets qui me touchent et pouvoir ensuite les regarder avec un peu plus de recul.
Le groove occupe une place centrale dans l’ambiance de votre album GALAK 51. Est-ce le rythme qui guide l’écriture des morceaux ?
Comme James Brown l’a très justement dit: « Just keep the fucking groove man ! »
“Just a Pawn” et “Spine” ont été dévoilés avant l’album. Pourquoi ces deux titres pour introduire l’univers de GALAK 51 ? Représentent-ils bien les deux faces du disque ?
C’était celles qui nous semblaient les plus intéressantes pour accrocher l’auditeur.
Vous parlez souvent du groupe comme d’une fratrie. En quoi ces 15 années d’amitié influencent-elles votre manière de travailler, surtout dans les moments de tension ou de désaccord artistique ?
Ce qui est vraiment cool dans Les Hommes Crabes (et je pense que c’est une sensation que nous partageons tous les trois), c’est qu’il n’y a pas (plus) d’égo qui se manifeste entre nous. J’ai l’impression que cela résout pas mal de choses dans la vie de groupe … par exemple lorsque tu crées (moment ou tu es potentiellement très fragile) tu ne te soucies plus du regard des autres. Donc tu es en confiance, donc ça viens plus facilement. Il n’y a pas vraiment de désaccord artistique en fait. Perso j’adore ce que sont et font mes deux bros ;).
Le crabe revient souvent comme symbole. Que représente-t-il pour vous aujourd’hui : une mascotte, une métaphore, ou un élément d’identification ?
A la base Les Hommes Crabes c’est un gros délire qui vient du dessin animé South Park. Ce sont les reptiliens de la série en fait. Je trouve ça nous colle bien pour le coté absurde …mais pas que :).
GALAK 51 donne clairement envie d’être entendu et vécu sur scène. Comment vivez-vous, ressentez vous la performance, l’expérience des concerts, et qu’est-ce que le public vous transmets en sortant de vos live ?
Déjà merci Stéphane pour le compliment. Je me sens super bien sur scène en harmonie avec Alex et Flo et le public qui commence un peu à connaitre les titres :).
C’est assez fous les émotions que je ressens en ce moment chez les gens qui viennent me parler après les concerts que nous avons donné dernièrement. Je suis très content car c’est vraiment le but de la musique il me semble. J’espère que cela va continuer.
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