Au tournant des années 90, alors que le rock indépendant français cherche encore sa place entre héritage punk, new wave et glam décadent, le trio grenoblois De Medicis publie un premier album éponyme intense et habité. Sorti au printemps 1991 sur le mythique label parisien New Rose Records, le disque capture l’énergie brute d’un groupe nourri autant par le post-punk que par l’élégance sombre de figures tutélaires comme David Bowie, T. Rex ou Lou Reed. Enregistré à Bruxelles au Studio Square sous la houlette de Bruno Donini, l’album mêle mélancolie écorchée, riffs glam et pulsations post-punk, avec cette nonchalance vocale si caractéristique du groupe. Longtemps resté un objet culte pour quelques initiés, il renaît aujourd’hui dans une édition remasterisée réalisée par le batteur Japy Lo Pinto, à l’initiative du label Candy Crockodile. Portée par la sortie du single remasterisé “Elodï” puis du titre “Stray Dog”, cette réédition remet en lumière un disque qui n’a rien perdu de sa fougue ni de sa singularité. Trente-cinq ans après sa sortie initiale, les membres de De Medicis reviennent sur la genèse de cet album, les souvenirs de studio, les excès d’époque et l’alchimie qui continue de vibrer dans ces chansons.
Trente-cinq ans après sa sortie sur New Rose Records, que représente aujourd’hui pour vous la réédition de votre album ?
Japy : C’est la fierté de présenter au public actuel un sacré bon disque !
Jej : A l’époque on avait la tête dans le guidon alors on avançait sans prendre le temps de savourer. Là, avec le recul, on peut en effet être fiers de nous.
Revenir après autant d’années, est-ce une manière de réaffirmer votre identité ?
Jej : On n’est pas particulièrement portés sur le passé. De plus, Japy et moi-même sommes encore actifs sur des projets divers : « Wendy pot » pour Japy, « TO/X » et « Jej Ravage » de mon côté. Toutefois, en voyant tous ces albums réédités ces derniers temps et vu que New Rose n’existe hélas plus (RIP P.Mathé), on s’est dit que c’était important de faire connaitre cet album aux nouvelles générations. Et en le réécoutant, on s’est rendu compte que c’était un putain de bon album !!!
Pour ce travail de remastering, avez-vous cherché à rester fidèles au son de 1991 ou à lui offrir une nouvelle profondeur adaptée aux standards d’écoute actuels ?
Japy : Avec l’évolution des outils sonores de ces 30 dernières années, il était évident d’adapter cet enregistrement aux normes actuelles.
L’album avait été enregistré au Studio Square avec Bruno Donini. Quels souvenirs gardez-vous de ces sessions à Bruxelles ?
Jej : C’était une période fantastique. Se retrouver dans ce studio magnifique à Bruxelles entre nous et avec ce mec aux manettes… On a kiffé grave et on s’est fait bien plaisir. Juste en bas du studio, on pouvait même refaire le plein de substances psychédéliques pour s’inspirer. Le soir, on traînait dans les bars et on a rencontré Arno et pleins de piliers de bars. Le dernier jour, on a embarqué toutes ces connaissances de beuverie pour hurler tous ensemble la fin du titre « Les enfants de la révolution ». Un grand souvenir.
Y a-t-il une anecdote marquante que vous n’avez jamais racontée ?
Jej : On est partis en tournée en Italie, peu après (ou avant, c’est un peu flou) l’enregistrement Une bonne dizaine de dates. Et un jour, on avait un concert dans un squat (à Florence, il me semble) mais ils n’avaient pas de pieds de micro. Alors, on a planté des balais dans des pots de fleurs, scotché les micros sur ces balais ! Puis, après le concert, on nous a dit que nous n’avions pas de logement et qu’on pouvait dormir sur la scène (sans matelas, ni eau) !!! Sur le moment, on était un peu vénères mais avec le recul, ça reste finalement un bon souvenir.
Après le single remasterisé « Elodï », vous dévoilez « Stray Dog » le 20 mars 2026. Pourquoi ce choix comme second extrait aujourd’hui ?
Japy : A mon sens, ce titre est un classique de notre répertoire et mérite sans doute de devenir un incontournable de la musique rock par son intemporalité et son riff imparable.
Jej : Sur scène, lorsqu’on jouait ce titre ou « Depression Corrida », le public partait en live total.
Dans votre musique, on ressent l’héritage post-punk mais aussi des influences plus glam et rock classique comme T. Rex, David Bowie, The Rolling Stones ou Lou Reed. Comment ces références dialoguaient-elles entre elles à l’époque de l’enregistrement ?
Jej : Jean-Mi, le guitariste, était bien influencé par Marc Bolan et surtout, par Bowie et la plupart des riffs de cet album venaient de lui. Japy, qui était un peu plus âgé, avait écouté des groupes glam des 70’s. Perso, j’amenais le côté punk, cold wave de l’époque. On était des vrais fans de deux groupes en particulier : New Model Army et R.E.M.
Votre adaptation française de « Children Of The Revolution », devenue « Les enfants de la Révolution », clôture l’album. Qu’est-ce qui vous a donné envie de revisiter un morceau aussi emblématique de T. Rex ?
Jej : L’idée est venue de Jean-Mi. Mais comme on ne voulait surtout pas refaire le morceau quasi à l’identique, on a opté pour le français, modifié les et on a improvisé en partant du riff. Du coup, c’est la basse qui ressort le plus sur ce titre, avec une disto monstrueuse. En revenant sur cet album ces derniers temps, j’ai redécouvert notre version de ce titre et je la trouve vraiment cool. Et j’ai l’image de la fin avec tous les fracassés qui chantaient avec nous… C’était le dernier jour de l’enregistrement, le bouquet final !
On parle souvent d’un certain « dandysme rock »; à votre propos, dans la lignée de Dominic Sonic ou de Jad Wio. Vous reconnaissez-vous dans cette étiquette et qui sont ceux qui, pour vous, incarnent le plus votre élégance rock aujourd’hui ?
Jej : Deux groupes que j’aimais beaucoup. Et d’ailleurs, ils étaient eux aussi à cheval entre le rock’n’roll, le glam et la cold wave gothic. Par contre, on n’était pas des dandys comme eux. Nous, notre truc c’était plutôt, jeans déchirés, débardeur crade… Bien dans le style New Model Army !!
En réécoutant cet album aujourd’hui, qu’est-ce qui vous surprend le plus : votre énergie ? Votre fragilité ? Votre fougue, peut-être ?
Japy : Son intemporalité et sa modernité sonore. Il n’a pas pris une ride et pourrait figurer parmi les grands albums de la fin du siècle dernier, au même titre que « Nevermind » de Nirvana paru la même année !
Jej : Moi, ce qui m’a surpris, c’est l’alchimie entre nous trois qui se dégage de ces morceaux. On s’était vraiment bien trouvés ! Que ce soit sur les différentes parties instrumentales qui se mélangent super bien ou les voix qui ne font qu’une. Il y a une vraie magie. Le truc inexplicable qui fait que ça fonctionne.
Avez-vous déjà réfléchi à la suite du projet, pour ajouter de nouveaux morceaux à votre répertoire ?
Japy : La suite du projet, c’est la réédition remastérisée d’un album live paru en K7 sur le label Organic en 1992 et sans doute dans la foulée, la sortie du deuxième album « Dans la poussière » qui était resté dans les tiroirs !




