[Interview] Birds of Nazca – « Pangaea »

Duo instrumental nantais formé en 2019, Birds of Nazca trace depuis ses débuts une ligne singulière dans le paysage stoner et heavy psych. Sans chant ni basse, Guillaume (guitare) et Romuald (batterie) bâtissent un mur de son organique, massif et mouvant, où riffs hypnotiques, grooves telluriques et échappées psychédéliques dialoguent en parfaite symbiose.
Après un premier album remarqué et un EP « Héliolite » qui affinait déjà leur approche, le duo revient avec « Pangaea », un album pensé comme un voyage à travers des paysages, chargés de forces symboliques et spirituelles. Une  belle affirmation de leur identité sonore.
Enregistré en conditions live, capture l’énergie et l’interaction instinctive du duo, tout en poussant plus loin le travail de production et de textures.
Interview de Guillaume, guitariste de Birds of Nazca, qui nous parle de la notion d’unité du groupe, de la place des lieux dans leur processus de création, de l’évolution de leur son et bien sûr de leur rapport à la scène.

Le titre Pangaea évoque l’unité originelle des continents, mais aussi celle de votre duo. Comment cette idée de fusion géologique autant qu’humaine a-t-elle guidé l’écriture et l’interaction guitare/batterie sur cet album ? 
Le titre Pangaea a effectivement été choisi pour la référence au premier continent, quand les hommes n’étaient pas encore là, un moment où tout ne faisait qu’un. Comme pour notre formation. À deux instruments et sans chant, on essaye de créer une symbiose entre la guitare et la batterie. 

Chaque morceau semble lié à un lieu réel ou symbolique. Est-ce que ces paysages ont été un point de départ narratif pour la composition ? 
En réalité, chaque morceau fait bien référence à un lieu réel. Mais tous ces endroits ont une importance symbolique pour différents peuples. Ça permet à l’auditeur d’avoir une sorte de double lecture des morceaux. Il peut uniquement voir la référence au paysage, comme on regarderait un tableau ou alors creuser un peu plus et découvrir le côté « spirituel » qui se cache derrière. Quand je dis spirituel, ce n’est pas au sens religieux mais plutôt dans l’idée de se connecter à quelque chose qui nous dépasse. 

Pour la composition, on commence à écrire des ébauches à partir de riffs de guitare. Une fois qu’on a l’idée/le thème principal , on choisit un titre qui correspond à ce qu’évoque la musique. Man Pupu Nyor, par exemple, qui a un riff très droit et répétitif, colle bien visuellement aux grands monolithes naturels de l’Oural. 

Je mets de côté plein de noms de lieux qui sont inspirants et après on pioche dedans. Une fois le nom posé , on s’inspire de l’endroit pour créer le reste du morceau, plutôt rapide, comme Racetrack Playa, ou plus psyché comme sur Gang Rinpoché. 

Vous avez enregistré Pangaea en live, tout en poussant la production plus loin que par le passé. Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre capturer l’énergie brute du duo et affiner les détails sonores sans perdre cette spontanéité ? 
Pour Pangaea, nous sommes allés enregistrer au studio du Faune, près de Rennes. Nous y avons enregistré les morceaux dans des conditions live mais en ayant la batterie et les différents amplis de guitares séparés. Ça a permis à Simon (qui a mixé l’album) de mieux faire ressortir l’identité de chaque instrument. De notre côté, cette configuration nous a permis de jouer les morceaux en face à face , chose qui est importante pour nous car on ne joue pas au clic. Ça nous permet de bien être en phase avec l’énergie du moment. 

L’album joue beaucoup sur les contrastes : doom hypnotiques, grooves stoner, passages plus aériens et psychédéliques. Comment travaillez-vous ces dynamiques sans chant ni basse pour guider l’auditeur à travers les morceaux ? 
Pour la guitare j’utilise 3 amplis différents branchés simultanément. 2 amplis de guitares et un ampli de basse. Avec cette configuration j’ai un large spectre sonore que je peux alléger ou alourdir en désactivant des amplis via des pédales. Pour ce qui est de la composition à

proprement parler, on essaye de garder du relief dans chaque morceau. Un peu comme des montagnes russes. Ça ralenti, ça accélère, des passages sont très chargés avec tous les amplis , effets et la batterie riche en cymbales et d’autres moments plus épurés, pour laisser la musique respirer. 

Depuis l’album éponyme jusqu’à Héliolite et aujourd’hui Pangaea, on sent une montée en puissance. Qu’est-ce qui a le plus évolué dans votre manière de composer depuis 2020 ? 
Il faut avant tout réussir à trouver une identité sonore. Que ça sonne sincère et pas un simple copier / coller de ce qu’on aime écouter. Notre façon de composer n’a pas beaucoup évoluée, car les morceaux sont composés en studio de répétition. Je viens avec des idées de riffs , de mélodies et on construit à partir de ça. Ce qui a évolué c’est le matériel que j’utilise. Avant je n’avais que deux amplis de guitare, lorsqu’on composait Heliolite, j’ai rajouter un ampli basse, ça nous a permis de grossir notre son. Pour moi, à la guitare, ça m’a aidé à aller chercher d’autres types d’accords qui manquaient de lourdeur avec seulement des amplis de guitare. Des morceaux comme Gang Rinpoché ou Incahuasi, seraient beaucoup moins efficaces et lourds sans cet ampli supplémentaire. 

On a le sentiment que vous avez trouvé un langage qui vous est propre quelque part entre Queens of the Stone Age, Coilguns ou Monkey3. Quelles ont été dernièrement vos influences les plus marquantes ? 
La claque live de 2025 : Great Falls, incroyable sur scène. 

J’écoute pas mal Slomosa, même si ce n’est pas tout récent, je ne me lasse pas de leurs albums 

L’album de Khan sorti en fin d’année a été une belle découverte. 

Depuis peu, je me replonge dans la discographie de Kykesa. Un de mes groupes favoris qui vient de se reformer. 

Le choix d’un format instrumental radical est devenu votre signature. Est-ce une contrainte qui vous pousse à aller plus loin ? 
Être deux génère forcément des contraintes, sachant qu’en plus je n’utilise pas de looper pour doubler mes parties de guitare et qu’ on n’a pas de samples non plus (hormis ceux d’intro sur quelques morceaux). Ça nous pousse à nous renouveler, à aller chercher autre chose pour ne pas être trop dans la redite. On joue sur les structures, on complexifie des plans mais de manière discrète pour ne pas desservir l’efficacité ou le groove.
 

Après des concerts marquants en 2024 et la sortie de votre album en octobre 2025. Comment imaginez-vous la suite ?
Faire toujours plus de concerts ! Notre musique est pensée pour le live, c’est ce qui nous pousse à composer. Partager notre énergie en direct avec les gens est essentiel pour nous faire avancer, c’est ce qui nous motive.


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Photo de couv. (c)Bérénice Tatoo