[Chronique] YĪN YĪN – « Yatta! » : le dancefloor comme territoire mystique

Avec Yatta!, son quatrième album paru le 23 janvier 2026 (Glitterbeat / Modulor), le quatuor néerlandais YĪN YĪN transforme la piste de danse en portail dimensionnel. Né à Maastricht mais affranchi de toute frontière, le groupe poursuit son obsession : faire voyager les corps autant que les esprits. Et cette fois, l’atterrissage se fait en pleine extase collective.

Étiqueté un peu vite « disco cosmique » par UNCUT, le son de YĪN YĪN déborde largement ce raccourci flatteur. Yatta! est un kaléidoscope sonore où se croisent les grooves motorik de Kraftwerk, la nonchalance solaire de Khruangbin, la surf music halluciné et les mirages psychédéliques d’Asie du Sud-Est. Une musique sans passeport, mais avec un sens aigu du rythme et du lâcher-prise.

Depuis ses débuts, YĪN YĪN creuse le même sillon : celui d’une musique instrumentale tournée vers la danse, pensée comme un rituel. Sur Yatta!, cette impulsion atteint son point d’équilibre. Le disque alterne avec une précision redoutable morceaux taillés pour embraser le dancefloor et plages plus contemplatives, véritables bandes-sons pour voyages intérieurs. On ferme les yeux, et soudain, les paysages n’existent plus que dans l’imaginaire — mais ils sont étrangement familiers.

Le guitariste Erik Bandt résume parfaitement cette tension féconde :
« Nous avons essayé de créer un mélange de chansons très énergiques, qui font danser et lancent la fête, mais aussi de chansons qui vous emmènent en voyage et sont plus faciles à écouter. »
Mission accomplie. Yatta! scintille justement parce qu’il refuse de choisir entre transe et contemplation.

Point culminant de l’album, le focus track « In Search of Yang » agit comme une profession de foi. Tout commence dans une sobriété presque ascétique : un cliquetis de charleston, un synthétiseur irisé, et la voix du philosophe zen Alan Watts murmurant cette vérité simple, « there is no Yin without Yang ». Puis le morceau s’ouvre, s’étire, s’enroule autour de l’auditeur. Les couches s’empilent, la tension grimpe, jusqu’à cette libération finale : un groove hypnotique, euphorique, irrésistible. Le genre de moment où la pensée s’efface au profit du mouvement.

Avec Yatta!, YĪN YĪN signe un album lumineux et généreux, où la danse devient langage universel et l’évasion, une discipline sérieuse. Un disque qui ne se contente pas de faire bouger les pieds, il aligne les chakras sur le tempo. Et sur le dancefloor, c’est déjà beaucoup.

EN CONCERT :
07/04/26 : TOURCOING – Le Grand Mix
10/04/26 : LA ROCHE / YVON – Quai M
11/04/26 : PARIS – La Gaité Lyrique