Chroniques

CRENOKA “EARTH CAPSULES” volupté sans se priver

Crenoka, derrière ce nom il y a un nouveau projet solo, masqué, plus que caché, l’incarnation chimérique de Nastasia Paccagnini (chanteuse de Thé Vanille), qui dévoile un premier album captivant “earth capsules”.

C’est toute une petite histoire fantastique aux grands rêvés organiques qui s’articulent, “Earth Capsules” enveloppés dans un écrin vaporeux, très certainement une histoire plus qu’intime, sinon celle des origines enfances sa meilleure histoire peut-être, mais il est certainement trop tôt pour le dire. Avec cet album, qui respire le parfum de la liberté comme autant de moments avant-gardistes, une échappée belle en marge de la pop sucrée de Thé Vanille et un pas de côté vers le non-conformismes dont elle s’est fait un devoir, presque un cheval de bataille, pour mieux nous balader entre ces songes noirs et ces désirs blancs.

Crenoka évolue dans une sorte de distorsion mélodique du temps, un trou de ver, hors de notre dimension entre l’insouciance de l’enfance et la maturité de l’âge. Musicalement elle démontre qu’à l’heure où les standards explosent à vau-l’eau comme autant de certitude absolue brisée dans l’œuf, ses morceaux, sans vouloir ressembler à un copier-coller, surprennent avec un son neuf, un sang nouveau, fou et beau, audacieux et classique mais avant tout diablement réussi. De la profondeur et des idées, Crenoka, amazone mystérieuse, monte à cru les trous noirs et les déserts séculaires pour nous dire combien elle a de rêves à gravir et de mises en orbites amoureuses à revivre. Elle nous partage tout cela, avec l’intensité d’une voie lactée, sans se priver d’un plaisir trouble qui ne manque pas de nous séduire…

Earth Capsules” pourrait être considéré comme un album coup d’essai, coup de poing, sensible mais accessible, dans lequel on retrouve tous les éléments qui font la profondeur d’une musique crépusculaire d’une liberté infinie, vive et tangible. Cet album possède cette valeur ajoutée, sur le fil, qui jouera très certainement en sa faveur à l’avenir, dans un niveau de qualité mélodique qui monte crescendo, frais, avec des effets organiques électroniques qui ajoute du magnétisme au sens propre du terme comme au sens figuré. 11 titres troublants mais homogènes et fondés autours d’une voix trituré, extravagante, extraterrestre, sur des samples élémentaux, musicaux bien terrestres, traités avec suffisamment d’originalité pour sembler unique.

Minimaliste dans son approche, offensive dans son esthétisme, “Earth Capsulesn’en reste pas moins mélodique avec des ouvertures glacées “Eyelid” jouant sur un beat a contre temps, où des voiles et un tempo peu moins rythmé mais entêtant “Pray”  jusqu’au final poignant, sifflotant “Don’t Make A Sound” au refrain mémorable, tout est fait ici pour que la voix de Nastasia s’incruste dans votre tête et n’en ressorte plus.
Un album à voix, à ambiances, à textes, dont la musique est l’éprouvette approuvée d’expérimentations électroniques appuyant sur la face cachée d’un esprit troublant par ces sonorités tirées des astres en éclipse, le tout arrangées à la façon d’un cocktail mystérieux, mixtape spatiale, amoureux de la terre et des étoiles.

 

Un premier opus qui ne pourra pas susciter l’indifférence: intrigant par le rendu indéfinissable, entre dream-pop, trip-hop, électro-rock, audacieux par ses ambiances particulières extrêmement attachantes, enivrant par ses visions chimériques romantiques et apocalyptiques métaphysique, une symbiose parfaite qui règne en maître de l’aube au crépuscule. 

Un album à placer entre “Medulla” de Björk et “Inner Song” de Kelly Lee Owens mais qui restera pour un bon moment au-dessus de la pile avec le bon goût pour l’intensité sans cesse renouvelée.

 

CRENOKA “EARTH CAPSULES”  Figures Libres Records et Le Temps Machine

Suivre : https://www.facebook.com/Crenokacomputer/
Écouter : https://crenoka.bandcamp.com/album/earth-capsules

Photo de couv. Mathilde Baron-Harjani

Stef’Arzak