[Clip] De Medicis – « Elodï » (Remaster)

Elodï n’a jamais été une chanson aimable. Elle mordait déjà à sa sortie. Cette version remasterisée ne cherche pas à l’adoucir : elle aiguise la lame. De Medicis revient avec un morceau qui claque comme une vérité qu’on aurait préféré taire, mais qu’on se surprend à réécouter encore, volume un peu trop fort.

Né à Grenoble, le trio Jérôme « Jej » Planchenault (chant, basse), Jean-Michel Rindone (chant, guitare) et Japy Lo Pinto (batterie, percussions, chœurs) s’inscrit sans complexe dans l’héritage post-punk des années 90. Mais chez De Medicis, la noirceur n’est jamais gratuite. Elle est tenue, stylisée, nourrie par des influences plus anciennes : T. Rex pour l’électricité brute, Bowie pour l’attitude, les Stones pour le nerf, Lou Reed pour cette façon de dire beaucoup en en faisant peu.

Le remaster frappe là où ça compte. La basse s’impose, dense, presque menaçante. La guitare, désormais plus nette, trace des lignes sèches, sans fioritures inutiles. La batterie, droite et implacable, maintient la tension du début à la fin. Rien ne déborde, tout est sous contrôle et c’est précisément ce contrôle qui rend le morceau plus violent encore.

Au centre, la voix. Ce timbre traînant, faussement détaché, porte tout le dandysme rock de De Medicis. Une nonchalance qui n’est pas de la paresse, mais une arme. On pense à Dominic Sonic, à Jad Wio, à ces chanteurs qui semblent regarder le monde de biais, cigarette aux lèvres, lucides et fatigués. La voix de Elodï ne supplie pas, ne dramatise jamais. Elle constate. Et cette froideur apparente laisse passer une émotion d’autant plus brutale.

Elodï, c’est un prénom jeté comme un coup de poing dans l’eau. Un morceau tendu entre tristesse et élégance, post-punk jusqu’à l’os, mais capable d’accrocher l’oreille avec une mélodie pop insidieuse, presque dangereuse. Une chanson qui s’infiltre, qui reste, qui use doucement.

Avec cette version remasterisée, De Medicis loin de polir son passé il s’expose à nouveau en pleine lumière, rides comprises. Elodï ressort plus sèche, plus profonde, plus nécessaire. Une preuve supplémentaire que le trio maîtrise cet art rare : faire du rock sombre sans pose, du désenchantement sans pathos, et transformer la mélancolie en impact sonore.