Dix ans après avoir ouvert grand les rideaux avec My Love Is Cool, Wolf Alice ose une nouvelle clairière. Le titre n’est pas anodin : ici, pas de fracas électrique, mais un espace dégagé, lumineux, où chaque note respire. Et si The Clearing marquait la véritable mue du quatuor londonien ?
Les guitares saturées, vestiges grunge de leurs débuts, s’effacent doucement. En lieu et place surgissent les notes de pianos solaires, les guitares acoustiques pleines d’atmosphères, les mélodies clairs, et surtout, la voix d’Ellie Rowsell, désormais mise à nu, utilisée comme instrument premier.
Produit par Greg Kurstin à Los Angeles, l’album prend des accents de soft rock seventies, flirtant parfois avec la folk américaine et les fantômes californiens de Joni Mitchell, Fleetwood Mac ou Carole King. Mais loin d’un pastiche nostalgique, Wolf Alice absorbe et recompose. Les textures sont travaillées comme des toiles, chaque morceau cherchant son équilibre entre douceur et intensité contenue.
« Bloom Baby Bloom » ouvre la danse avec ses pianos bondissants, où Ellie Rowsell incarne une diva ambiguë, mi-Axl Rose, mi-enchanteresse féminine. Vient ensuite « Just Two Girls », sucré et ensoleillé, hymne pop digne des routes longeant la côte pacifique. Puis « Passenger Seat », plus percutant, qui surprend par sa chaleur immédiate, comme un courant d’air venu d’ailleurs.
Wolf Alice ne renonce pas à la tendresse qui les caractérise la preuve avec « Leaning Against the Wall » est une caresse folk traversée de synthés légers et soutenue par une batterie qui pulse avec justesse. Le groupe prouve encore une fois son talent à écrire des chansons d’amour sans mièvrerie, où la vulnérabilité se fait force.
Et quand on croit que tout a été dit, le disque se déploie davantage. « Midnight Song » pince des cordes lumineuses, le chant d’Ellie Rowsell s’y suspend comme une brume matinale. « White Horses » poursuit dans une veine psych-folk hypnotique, presque chamanique, mené par Joel Amey. Enfin, « The Sofa » conclut ce voyage avec une ballade au piano, grandiose et fragile, confession d’un rêve inachevé.
Alors, est-ce encore le Wolf Alice que l’on croyait connaître ? Oui… et non. Les amateurs des débuts rugueux resteront peut-être sur leur faim. Mais fallait-il attendre l’éternelle répétition ? Non. Ici, le groupe signe son album le plus cohérent, le plus mature, le plus lumineux.
« The Clearing » est moins une rupture qu’une révélation. Comme si, après les tempêtes électriques, Wolf Alice trouvait enfin le calme d’un horizon dégagé. À écouter les yeux fermés, à ressentir plus qu’à analyser.
Entrez dans cette opus et laissez-vous envelopper, émouvoir par Wolf Alice qui n’a jamais semblé aussi libre.