Avec Weapons of Beauty, le chanteur de Rival Sons signe un premier album solo crépusculaire, viscéral et profondément cinématographique.
Il a longtemps incarné le feu. La scène comme brasier, comme totem, la voix comme arme de frappe massive. Avec Weapons of Beauty, Jay Buchanan change d’angle sans perdre l’intensité. Son premier album solo, sorti le 6 février 2026 sur Sacred Tongue Records / Thirty Tigers, est une œuvre de vertige avec moins de décibels, plus d’ombres, mais une beauté taillée à mains nues.
L’album arrive dans un contexte singulier : à peine descendu de l’écran, où il a marqué les esprits dans le biopic Springsteen: Deliver Me From Nowhere, actuellement en salles. Ce pas de côté vers le cinéma n’est pas un hasard. Weapons of Beauty pense en images larges, en paysages qui respirent la poussière et la nuit.
Un pas solo vers devant
Connue pour faire trembler les stades avec Rival Sons, formation de rock américain nommée aux Grammy Awards, la voix de Jay Buchanan s’est imposée comme l’une des plus saisissantes de ces vingt dernières années. Un charisme de prédicateur, un timbre rugueux et habité, capable d’embraser le blues-rock le plus frontal comme de se glisser dans des registres plus inattendus. On l’a entendu aux côtés de Jason Isbell, Miranda Lambert, Brandi Carlile, Massive Attack, The Bloody Beetroots, ou même reprendre les Bee Gees avec une aisance déroutante.
Mais ici, Jay Buchanan occupe la lumière. Weapons of Beauty est un disque de solitude assumée. Dix titres comme dix chapitres d’une errance intérieure, où l’homme avance avec le poids de son passé, « comme un sac d’or trop lourd », pour reprendre l’image qui hante l’album. La guitare se fait sablonneuse, les tempos ralentissent, les arrangements respirent à plein poumon. C’est une Amérique gothique, brûlée par le soleil, qui défile plus Cormac McCarthy que Sunset Strip.
La voix comme paysage
Ce qui intrigue, c’est la manière dont Jay Buchanan utilise sa voix comme un relief. Elle demeure puissante et terrienne, mais désormais travaillée dans la nuance, le tremblement, la retenue. Chaque inflexion semble porter une mémoire. Les chansons s’étirent, cinématographiques, presque hantées, comme si elles cherchaient moins à séduire qu’à confesser.
Weapons of Beauty n’est pas une rupture avec Rival Sons : c’est son envers. Là où le groupe électrise, Buchanan introspecte. Là où le rock de stade galvanise, il murmure — parfois jusqu’au vertige.
Jay Buchanan, itinéraire d’une voix
Né en Californie, Jay Buchanan s’impose à la fin des années 2000 comme le frontman magnétique de Rival Sons, dont la discographie trace l’une des trajectoires les plus solides du rock américain contemporain :
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Before the Fire (2009)
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Pressure & Time (2011)
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Head Down (2012)
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Great Western Valkyrie (2014)
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Hollow Bones (2016)
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Feral Roots (2019)
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Darkfighter et Lightbringer (2023)
Autant d’albums qui ont forgé sa réputation de chanteur incandescent, héritier à la fois du blues, du hard rock des années 70 et d’une tradition vocale profondément américaine. Weapons of Beauty s’inscrit dans cette continuité tout en la fissurant, révélant un auteur-compositeur plus nu, plus fragile — et paradoxalement plus dangereux.
La beauté des blessures
Avec ce premier disque solo, Jay Buchanan ne cherche ni à prouver ni à rassurer. Il avance, seul, dans une lumière rasante, et transforme ses failles en matière première. Weapons of Beauty est un album qui ne crie pas, mais qui marque. Un disque qui s’écoute comme on traverse un paysage désertique au crépuscule : lentement, conscient que quelque chose, là-dedans, pourrait bien vous suivre longtemps.



