[Chronique] Gros Cœur – « Vague Scélérate »

Voilà une « Vague Scélérate » qui surgit sans prévenir pour nous engloutir dans un océan de rock psychédélique multicolore. Un tsunami sonore pareil à des lames de fond qui vous renversent la tête et le corps. Le deuxième album de Gros Cœur s’élève sans sommation et fracasse l’horizon des musiques psychédéliques contemporaines.
Revenu lesté de 150 concerts et d’errances scéniques entre l’Europe, l’Amérique du Nord et les grands festivals de l’underground, le quatuor belge transforme l’expérience accumulée en matière sonore brute et vibrante.

Cinq morceaux-fleuves, cinq transes incandescentes où le temps se distord. Gros Cœur joue la longueur, la répétition, l’ivresse, sans formatage ni de compromis artificiel : le groupe creuse, étire, respire, hypnotise. Des sables du rock stoner aux mirages du psychédélisme anatolien, des pulsations tribales aux envolées cosmiques, la vague absorbe tout, recomposant un paysage mouvant et dansant.

Enregistré loin du vacarme du monde, perché dans un grenier du Pays de Herve, l’album respire l’isolement et l’intuition. L’écriture s’affirme, la voix gagne en densité, portant des récits fantasmés où métaphores et désillusions s’entrechoquent. Chanté à la première personne mais pensé comme un chœur, « Vague Scélérate » est un disque collectif, organique, profondément humain.

Gros Cœur chevauche et entraîne l’auditeur dans un déferlement psychédélique dont on ressort étourdi, salé, et ivre de cette transe électrique.

Photo de couv. Mathieu Lambin