Après plus de quarante ans passés à bondir basse en bandoulière au sein des Red Hot Chili Peppers, Michael Balzary, akaFlea, livre enfin un premier album solo. Et autant prévenir d’emblée les amateurs de slap hyperactif et de funk-rock en sueur : Honora ne joue absolument pas dans cette cour-là. On est ici à des années-lumière du show torse nu et de la mythologie californienne sous stéroïdes. Flea ne cherche ni à prolonger ni à caricaturer son personnage. Il explore, il bifurque. Et cette bifurcation exploratoire a quelque chose d’assez fascinant.
Ici, la basse s’efface au profit de la trompette ou du flumpet, étrange croisement entre trompette et bugle dans un disque de dix titres flottants, souvent improvisés, qui naviguent entre free jazz, ambient, spoken word et expérimentations nocturnes. Pas de refrains fédérateurs ni de démonstration de virtuosité tape-à-l’œil : Flea préfère l’errance, la matière, le souffle.
Le résultat a parfois quelque chose d’un peu déroutant, voire d’ouvertement bancal, mais rarement d’inintéressant. Dès A Plea, longue dérive fiévreuse, il impose un climat de désordre contrôlé, porté par un casting de musiciens aguerris comme Deantoni Parks, Jeff Parker ou Mauro Refosco. Sur Traffic Lights, la présence de Thom Yorke apporte l’un des plus beaux moments du disque : une pièce tendue et instable, où les percussions nerveuses et les nappes électroniques rappellent par instants l’esprit d’Atoms for Peace.
Tout ne fonctionne pas pour autant. Frailed, avec ses presque onze minutes, s’égare dans une abstraction trop complaisante, tandis que Willow Weep For Me peine à trouver le bon équilibre entre hommage et affectation. Mais Honora retrouve régulièrement sa force dans ses détours les plus inattendus. La reprise de Wichita Lineman, chantée par Nick Cave, est superbe de dépouillement, tandis que Thinkin Bout You de Frank Ocean se mue en élégie lounge-jazz étonnamment inspirée.
Album inégal, parfois trop libre pour son propre bien, Honora n’en reste pas moins une curiosité sincère et souvent fascinante. Flea y frôle parfois le projet de vanité, mais sa curiosité et son goût du risque finissent par l’emporter. Ce n’est peut-être pas un grand disque. Mais c’est au moins un vrai pas de côté et, dans le rock, c’est déjà beaucoup.
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Photo de couv. DR




