Chroniques

ARNO, Putain putain, tu nous manques déjà…

Le chanteur, Arnold Charles Ernest Hintjens aka Arno, figure emblématique de la scène rock belge, à la voix cassée surmontée d’un accent flamand, et à la chevelure en bataille, après plus de 50 ans de carrière et plus de deux ans à lutter contre un cancer du pancréas, nous a quittés aujourd’hui à 72 ans.

Arno, né le 21 mai 1949 à Ostende en Belgique, fait ses premiers pas sur scène en 1969, lors d’un festival dans sa ville natale. L’année suivante, en 1970, il forme son premier groupe, Tjens Couter, avec Paul Couter. En 1977, le duo est à l’origine du groupe T.C. Matic, aux côtés de Ferre Baelen et Rudy Cloet. Après 4 albums (TC Matic, L’Apache, Choco et Yé Yé), plusieurs tournées en Europe, et déjà un certain succès, le groupe se sépare en 1986.
Arno se lance alors dans une carrière solo et sort son premier album, entièrement en anglais. Dans les années qui suivent, il réalise “Charlatan” (1988) et “Ratata” (1990). C’est en 1990 que sa carrière décolle en France avec sa participation à la bande originale du film “Merci la vie”, de Bertrand Blier. En 1995, son album “À la française” rencontre un vif succès. En 2001, Arno est décoré de la médaille de chevalier des Arts et des Lettres. En 2005, il est sacré Meilleur album pop-rock de l’année pour French Bazaar, aux Victoires de la musique. Il poursuit sa carrière et rend hommage à sa ville d’adoption avec l’album “Brussld” (2010). Suivront ‘Future vintage’ (2012), “Human Incognito” (2015) et “Santeboutique” (2019). Enfin “Vivre“, avec le pianiste français Sofiane Pamart, sorti fin mai 2021 

« Les fleurs sont trop chères, je me suis dit que j’allais attendre pour crever. Je vis au jour le jour. Hier est mort, demain n’existe pas ». Déclarait-il dans un entretien, réalisé quelques mois avant sa disparition. Arno se jouait de la mort et montrait, malgré la douleur, qui possédait encore l’esprit espiègle qui en faisait un personnage libre et unique.

En février 2020 Arno devait suspendre sa tournée en raison d’un cancer du pancréas, diagnostiqué fin 2019. En juillet 2021, son attaché de presse annonce qu’il est contraint d’annuler tous ses concerts de l’année, car il était en convalescence à la suite d’un nouveau traitement pour lutter contre le cancer.

Souvent comparé à Alain Bashung, Jacques Higelin et à Tom Waits, en amoureux de la scène et du vivifiant rapport avec son public, il était finalement remonté sur scène en février 2022, programmant quelques dates à Bruxelles et à Ostende, sa ville natale.  Stromae, qu’il voyait comme un représentant du « surréalisme belge », reperdra lors d’un des show “Putain Putain” avec Arno, un des plus fameux titres de T.C. Matic. Durant ses derniers shows, assis devant un micro, amaigri, il faisait régulièrement allusion, comme une confidence à son public, de son état de santé, ses excès passés et de la vie riche qu’il y eu.


« J’ai eu une vie formidable, je n’ai aucun regret. J’ai eu de la chance, j’ai vu le monde entier, joué partout, au Japon, au Viêtnam, aux États-Unis, dans toute l’Europe. J’ai eu le cul dans le beurre.»

Le 21 février, dans son habituel costume noir de scène, il avait été reçu au palais royal de Bruxelles pour un entretien avec le roi Philippe, qui l’avait salué comme «une icône de la scène musicale belge».

“La vie est une partouze” et il l’aura aimé jusqu’au bout.

 

Photo de couv. Bruno Bamdé Photographies

Stéphane Perraux