Alignement des planètes. C’est par un concours de circonstance totalement surréaliste (un covoiturage) que je rencontre le groupe chest. au quasi-complet non loin de la mairie du 18ème arrondissement de Paris.
Thibault, Pierre-Louis et Alexis m’entourent autour d’un café et je suis frappé par leur disponibilité et leur profonde gentillesse. En point de mire ? La sortie de leur premier album « Happy, broken » et un concert-le 27 novembre 2026 à la Maroquinerie- qui s’annonce bouillonnant.
Simplicité, franchise et humour. C’est parti pour un entretien fleuve en compagnie du plus grand groupe de rock français de cette décennie.
John Book : Bonjour, chest. Votre premier album s’apprête à débouler dans les bacs et certains titres transpirent, déjà, sur le Net. « Lotus Eater », « Otto » et « Entertainement » …Des odes bruitistes qui convoquent le désenchantement mais n’en restent pas moins en-chantées. Je les envisage comme des « œuvres au noir » habitées et peuplées de fantômes. Guitares mordantes, batterie qui tabasse, basse sensuelle, breaks et ruptures de ton. Et puis, cette voix qui enveloppe et nous questionne…avec une ironie mordante ! Vos morceaux (mais aussi vos prestations en « live ») sont aboutis et d’une maturité impressionnante pour une formation aussi « récente ». Comment décririez-vous votre univers ?
Thibault : C’est une fête triste.
Pierre-Louis : C’est inspiré des choses qu’on traverse au quotidien. Le monde qui nous entoure n’est pas forcément très joyeux.
Thibault : Le tout en essayant de faire danser les gens.
Pierre-Louis : C’est un truc un peu cathartique.
JB : Quelle fut l’étincelle au métier de chanteur et musicien ?
Alexis : Mon oncle m’avait passé un disque dur avec plein de LP téléchargés. J’étais tombé sur Nirvana et ce fut une grosse claque quand j’avais 10 ans. Une révélation.
Pierre-Louis : Mes parents écoutaient pas mal de rock. Police, Toto, etc… et moi, du Métal : Slipknot ou Gojira. Puis dès 10 ans, j’ai joué de la guitare. C’est un peu le même élan qu’Alexis.
Alexis : Je pense qu’il te faut une découverte comme cela qui te motive de ouf’…de plus, mon cousin était guitariste dans un groupe. Je l’enviais. C’était stylé.
Pierre-Louis : T’avais envie de faire pareil ! Cela tombe sous le sens.
Thibault : Ce qu’il faut savoir, c’est qu’on ne considère pas chest. comme notre métier. On n’en vit pas. Je ne sais même pas si c’est le but au final ? On a tous nos tafs à côté et on avance pas à pas.
Pierre-Louis : Avec beaucoup de recul.
Alexis : Nous sommes tous dans la musique. Ce sont deux « métiers » qui s’alimentent forcément.
JB : Vous êtes, toujours, tous les trois ingénieurs du son au Supersonic de Paris ?
Pierre-Louis : Oui. C’est là qu’on a formé le groupe, il y a trois ans. À présent, Thibault et Alexis sont intermittents mais pour les fondements, tout a réellement commencé là-bas.
Alexis : Attention. Il y a, tout de même, une certaine ambition de faire les choses correctement. De développer le projet le plus possible. Mais on ne lâche pas nos tafs.
Thibault : Sans oublier une certaine pression nous concernant mais cela reste fun à faire. C’est pour cela que le plaisir est toujours présent.
Alexis : Complètement !
Pierre-Louis : Tout reste sain. Si chest. était notre « métier », en cas de problème, cela pourrait créer des tensions et mettre notre équilibre en péril. À terme, cela pourrait même devenir nocif.
JB : Concernant vos influences, je vais nommer Fontaines D.C. ou IDLES mais j’ai l’impression de mettre chest. dans une case trop petite ou trop simpliste ? D’autres groupes aussi me viennent à l’esprit mais, attention, je vous dis cela du haut de mes 55 ans (rires) : Editors, New Order, Sleaford Mods, Whipping Boy et The Fall dans cette manière détachée de chanter proche du mantra. Je rajouterais Sonic Youth ou Happy Mondays.
Thibault : Bien vu.
JB : Si je nomme, derechef, LCD Soundsystem, Girls Against Boys, Fugazi ou Minot Threat, suis-je dans le faux ?
Pierre-Louis : Ce ne sont pas des influences directes. Plutôt des influences dans l’air. Nous connaissons ces groupes majeurs, on a baigné dedans, ils reviennent souvent en interview mais on ne se dit pas : « Tiens, on va reproduire ce son ». Non, on se base plus sur des groupes actuels comme Model/Actriz ou Chalk.
JB : Comment analysez-vous le travail de chacun ?
Pierre-Louis : C’est plus un feeling de groupe, enfin, tu parles de la composition ou en général ?
JB : Sur scène ou en studio…
Pierre-Louis : Nous avons, tous trois, un rapport au son plus pointilleux que Nico et Elliot. On passe beaucoup de temps en studio sur l’équilibre du son « entre nous ». Ceci afin qu’en « live », il n’y ait pas de différences de niveaux. Que tout soit homogène pour les équipes techniques qui nous accueillent. L’analyse, c’est en répet’ ! Par exemple, Nico prend, souvent, le temps de régler ses effets dans ce cadre-là…Une fois en live, l’analyse de chacun n’existe plus. On vit le concert à cinq et c’est tout.
Thibault : Et lorsque l’on regarde les vidéos, la sentence tombe : « Ha, toi, t’as fait un pain ! » (rires).
Alexis : Oui. Il y a un truc de l’instant, aussi. Il vaut mieux un concert où tu joues moins bien mais avec une vraie énergie qu’un truc parfait où tout le monde se fait chier.
JB : Je pensais surtout à la manière dont « l’autre » joue et la réponse que tu lui donnes avec ton instrument, comment tu te cales, votre interaction…
Pierre-Louis : Nico produit des sons glitchés qui ne sonnent pas comme une guitare et lorsque l’on compose, Alexis et moi posons immédiatement la base rythmique. Ainsi, Nico repasse derrière nous avec une matière sonore encore plus « weirdo »…
Alexis : Cela dépend vraiment des morceaux. Nico et moi ne possédons pas un rôle défini en tant que guitaristes. Ce n’est pas à celui qui trouvera la partition idéale, tu vois…Notre credo serait plutôt : « Qu’est ce qui peut marcher le mieux avec le son de chacun ? ».
JB : C’est une cuisine interne avec de nombreux ingrédients distincts ?
Pierre-Louis : Complètement.
Thibault : Nous n’avons pas d’ego. La parole est libre entre nous. Tout circule y compris les instruments.
Alexis : Et la compo.
JB : Justement, dans cette compo à trois, vous pensez déjà à une structure pour cinq ?
Thibault : Je l’avoue, parfois, on ne s’en rend pas compte. On compose à deux et soudain… « merde ! on doit faire cela au complet ! » (rires)
Paul-Louis : Notre objectif, c’est le « live ».
Thibault : Nous nous projetons dans le « live » avant de penser « studio ».
JB : C’est toujours le live à l’horizon ?
Pierre-Louis : Toujours.
Thibault : Enfin, cela dépend des titres. (sourire)
Pierre-Louis : Parfois, quand t’écoutes un album, tu ne retrouves pas du tout les mêmes sensations éprouvées in situ, en concert. Tu as l’impression que tout est misé dans les samples. Donc, l’énergie n’est plus là. Nous souhaitons une correspondance entre les deux. C’est une question de ressenti.
JB : Où travaillez-vous pour l’élaboration de vos chansons ? Y’a-t-il un lieu propice ? Un climat souhaité ? Répétez-vous, toujours, au Supersonic ?
Thibault : Il y a un studio, dans un manoir derrière Argenteuil, où je travaille, nommé « La Frette ». Nous avons enregistré là-bas. C’était impressionnant.
Pierre-Louis : Un lieu rempli d’âmes et d’énergies.
Thibault : Plein d’artistes de renom y sont passés. Je peux t’assurer que nous étions dans un mood « sérieux ».
Pierre-Louis : Ordinairement, nous répétons dans un studio qui est juste derrière ce café.
Alexis : Face à l’empreinte laissée à « La Frette » par ces artistes de talent, tu te sens tellement petit. Il y a des guitares et du matos partout que tu souhaites tester…une vraie malle au trésor.
JB : Je sais que Thibault mixe le produit final de vos compositions. Quel rapport entretenez-vous avec vos instruments et avec le « son » ? Est-ce un rapport plus organique que technique ou l’inverse ?
Pierre-Louis : Technique. Nicolas est très « geek » dans l’approche de son matériel. Elliot est plus organique. Et puis, il n’a pas d’instruments.
Thibault : Heureusement. Il les casserait tout le temps ! (rires)
JB : On pourrait parler de télépathie entre vous car il y a une profonde synergie entre les paroles d’Elliot et votre décor sonique. En tant que compositeurs, est ce qu’un seul refrain (ou riff, harmonie, pont musical) peut enclencher, chez vous, une chanson ? Ou partez-vous d’une structure totalement finalisée ?
Thibault : Tout part d’un bœuf. Un exemple : Alexis peut faire une démo chez lui, l’amener en studio puis à nous tous d’enchainer les répétitions. Souvent, une partie inspirante du morceau est gardée et le morceau voit le jour dans la foulée.
Pierre-Louis : C’est VRAIMENT à cinq que tout se concrétise.
Alexis : L’idée de départ est primordiale sinon ça « jamme » en rond. Un cadre. Un refrain. On ne part jamais de la voix…même si cette option est envisageable pour notre prochain album. Quoi qu’il en soit, il nous faut une ligne de conduite.
JB : J’ai lu qu’Elliot concluait le morceau avec ses paroles. Est-ce qu’il modifie tel ou tel mot si des critiques émanent du groupe ?
Pierre-Louis : C’est arrivé une fois, c’est très rare. Vous me dites si je me trompe, les gars, mais Elliot arrive toujours avec une formule accrocheuse, non ? Bon, s’il te dit non et que tu insistes, il changera un mot sans te le dire. L’air de rien.
Thibault : Il est très exigeant sur ses lyrics.
Pierre-Louis : Il possède un carnet et il écrit tous les jours. Il vient en répétitions, il pose quelques mots, trouve une idée globale et remodèle par-dessus.
Alexis : Il faut le souligner, en cas de désaccord, il va trouver un mot de remplacement assez rapidement. L’anglais, c’est sa langue donc c’est assez facile pour lui.
Thibault : Nous sommes nuls en anglais, alors, fatalement…(rires)
JB : Une thématique ou une marque de fabrique musicale pour chest., ce serait… ?
Thibault : L’aspect « dansant » qui émane du groupe.
Pierre-Louis : Un refrain impactant. On était vraiment punk-noise sur l’EP. Moins pour l’album. Et puis, les sons de gratte d’Alex sont très reconnaissables, à présent.
Alexis : C’est le fait de conjuguer nos savoirs qui donne une certaine originalité à notre formation. Séparément, cela ne fonctionne pas. Je dis cela sans prétention.
Pierre-Louis : On essaye de se démarquer des autres groupes que l’on peut écouter.
JB : Est-ce qu’un mot (ou une note) est garant d’une bonne chanson ? Votre nom de groupe vient d’une chanson écrite par Elliot. Est -ce que par moments vous sentez que vous tenez « la » chanson avec un seul élément ?
Pierre-Louis : Si nous avons un morceau « passable » avec une seule bonne chose à l’intérieur, on ne le garde pas.
Thibault : C’est plutôt l’inverse. Si cette « chose » indéfinissable nous plait mais qu’on ne peut rien en faire, c’est que cette « chose » n’est pas si bonne que cela. On l’isole ou on la met ailleurs. C’est arrivé sur l’EP.
JB : Elliot a une diction très particulière. Il y a une certaine poésie qui se dégage de ses paroles, très « terre-à-terre » et toutefois très imagées. Travaille t’il la phonétique de son vocabulaire ou privilégie t’il la signification (le sens) des mots ?
Pierre-Louis : Elliot ne communique pas vraiment sur sa manière de travailler. Il est très pudique et bosse cela en solo.
Thibault : Il bloquait parfois sur certaines phrases et reprenait… le tout ! Sa volonté : Que la phrase soit belle à dire tout en « sonnant » bien.
Pierre-Louis : C’est sa langue natale donc tout vient de lui. On lui laisse ça (rires) car on a trop de travail à faire ! (rires)
JB : Entretenez-vous des sources d’inspirations communes ?
Thibault : Prodigy, DITZ qui sont des supers copains, Metz, …
Pierre-Louis : De l’indus’, aussi…Alexis a une touche un peu indus’, d’ailleurs.
Alexis : On a tous des influences respectives mais dans les grandes lignes, nous aimons les mêmes choses.
Pierre-Louis : Toi, tu kiffes Patrick Sébastien, moi pas trop… (rires)
JB : Patrick, c’est le dernier punk ! (Rires)
Thibault : Ses textes, le personnage, tout me parle chez lui !
Pierre-Louis : Toi, Patrick, ça te touche !?
Thibault : C’est faux. Bien sûr. (Rires)
JB : Quels sont vos auteurs, vos peintres et vos cinéastes de chevet ?
Pierre-Louis : Nico aurait adoré cette question. Et, inévitablement, les deux qui manquent à cet entretien sont les plus littéraires et cinéphiles !
Thibault : J’adore Titeuf ! C’est drôle à dire mais c’est vrai !
Alexis : Toute la filmographie de Tim Burton, son aspect gothique…j’adore cette ambiance sombre.
Thibault : Cela fait poseur mais David Lynch…
Pierre-Louis : Ou un bon « Blade Runner », tu vois ? Ou Wes Anderson.
JB : J’enfonce le clou avec des questions rapides et fun. Du tac au tac…Si chest était un roman ?
Thibault : « Le Seigneur des Anneaux ».
Pierre-Louis : La Comté, mec ! (rires) On a un Hobbit ! Et un barbu ! (rires), un nain, un Ent !
Alexis : « Oui-Oui à la montagne » ! (rires)
Thibault : « Martine à la plage » (rires)
Thibault : Le choix de Tolkien, c’est mainstream mais… c’est une Communauté tout comme nous, emportée dans un voyage !
JB : Un film ?
Thibault : « Star Wars » ! Quand mon téléphone déconne, la sonnerie s’apparente à la voix d’un soldat de l’armée impériale (rires).
Pierre-Louis : Le dernier « The Batman ». Un peu Gotham City, tu vois ? Avec cette musique prenante et angoissante.
Thibault : Ou le Muppet Show ! (rires) En répétitions. Jamais en live.
Alexis : Nous sommes fans de trucs « goofy »… On écoute Scooby-Doo dans notre van, quoi ! (rires)
JB : Si chest. était une actrice ?
Thibault : Britney Spears, elle a fait des films… ?
JB : Oui, « Crossroads ».
Pierre-Louis : Eva Green ! Regard perçant.
Thibault : Ce choix convenu (rires) !
Pierre-Louis : Ton choix goofy ?
Alexis : Mimie Mathy (rires) !
Pierre-Louis : un mix des deux !
Alexis : Mimie Green !
JB : si chest. était un peintre ?
Thibault : Van Gogh car nous sommes tous sourds (rires) !
JB : Un animal ?
Tous à l’unisson : Un toutou !!!
JB : Connaissez-vous la peur de la redite à chaque nouveau titre envisagé ? Ou, a contrario, creusez-vous un sillon en vue d’une discographie homogène ?
Pierre-Louis : Peur de la redite, carrément.
Thibault : Nous sommes, régulièrement, dans le doute. Par exemple, certains d’entre nous trouvaient que notre dernier morceau « plagiait » un précédent. Après réécoute, au final, ce n’était pas le cas. Nous sommes exigeants.
Alexis : Comme nous avons la tête dedans, tout le temps, forcément…
Pierre-Louis : Mais nous prônons la diversité !
Alexis : La recette éternellement appliquée avec le même pattern de batterie, non, merci.
Pierre-Louis : Par peur de la lassitude, aussi. Nous sommes des geeks, donc, on peaufine beaucoup, on adore ça. Le prochain album sera bien différent. C’est une mutation naturelle. Faire évoluer nos bases communes…
Alexis : Sans s’imposer de limites.
JB : « Lotus Eater » et « Entertainment » sont diamétralement opposés.
Pierre-Louis : Tout à fait. Ce sont là les deux extrêmes qui nous plaisent vraiment.
JB : Nous sentons des liens très forts qui vous unissent entre musiciens. J’ai envie de dire vos camarades de « JE ». Chez vous, la musique s’envisage par le biais de l’amitié et de la confiance. Pourriez-vous concevoir un album autrement ?
Pierre-Louis : Non. Nous sommes cinq potes. Certes, on ne se connaissait pas vraiment à la naissance de chest.
Alexis : À présent, c’est très différent.
Thibault : Sur la route, en tournée, tu ne vas pas passer le trajet dans ton coin, le nez vissé sur ton portable.
Pierre-Louis : Nous sommes soudés par une vraie fraternité. On se fait des soirées, ensemble…
Alexis : De base, on s’entendait bien…Là, c’est mieux ! (rires)
JB : Est-ce que le fait d’être indépendant dans l’industrie musicale est synonyme de liberté artistique ou impose des contraintes ? Je pense à la distribution des EP, LP et aux plateformes…
Thibault : La seule deadline, c’était la date à laquelle nous devions rendre l’album. Sans liberté, impossible d’avoir du plaisir, d’où l’importance d’avoir un taf’ à côté. Le jour où quelqu’un nous sommera de rendre un « produit », nous aurons cette solution de repli.
Alexis : Avoir des avis extérieurs, c’est ok. Mais nous imposer des choses, non.
Pierre-Louis : Chest., c’est notre projet.
JB : C’est une posture artisanale…en somme ?
Pierre-Louis : Ouais, grave…doublée d’une chance.
JB : Je vais aborder la forme et le fond de votre EP. La pochette est hautement symbolique puisque cette rose sans épines- prête à éclore- se préserve de la dureté du Monde via un sachet en plastique. Pourtant, comme un signe d’espoir, le ciel bleu l’englobe. Cette rose, c’est vous ?
Thibault : La pochette est signée Ludivine Pommet, une artiste avec qui l’on collabore depuis le début. Elle est très forte et a toute notre confiance. C’est incontestablement le sixième membre du groupe. Après, symboliquement, « à vous les studios ! » (rires)
Pierre-Louis : Je trouvais que les couleurs de la pochette nous correspondaient…
Thibault : Elles reflètent notre génération. On n’a pas l’impression de se sentir écouté, dans notre société. Nous sommes toutes et tous reclus dans notre coin. Et le sachet plastique racontait bien ce que pouvait contenir l’EP. Ludivine s’inspire énormément des paroles d’Elliot pour ses visuels.
Alexis : Nous n’exigeons rien. Pour tout ce qui est clip, images, etc… c’est « full carte blanche » ! Avoir la vision d’une designer, d’un réalisateur, c’est assez cool.
JB : C’est libre d’interprétation ?
Pierre-Louis : Oui mais pour la musique, c’est VRAIMENT nous.
Alexis : Si nous réalisions tout de A à Z, ce serait trop sombre…
Thibault : Ou goofy ! Scoo-by-Doo sur la cover ! (rires).
Pierre-Louis : Ce détachement a du bon.
JB : Je vous donne ma perception d’« All good things end » qui se rapproche, selon moi, d’une bande-son d’un film apocalyptique. Le titre éponyme- qui ouvre le bal- est un single évident, tant il nous remue les tripes et les pieds. « Self Sabotage » résonne en moi comme de la disco/cold wave dopé à Joy Division et « Blood on your doorstep » dénonce les différences marquées entre les classes sociales avec un refrain taillé pour les stades. C’est sans doute un cliché réducteur mais doit-on estampiller chest. « Groupe engagé », sachant que votre single « Otto » -extrait de « Happy, Broken »- pourrait servir de pamphlet féministe ? ? Je n’ai pas dit « politisé ».
Thibault : Nous sommes tous concernés par cette cause.
Alexis : Je le voyais plus comme un titre sur la masculinité toxique. Mais cela se rejoint.
Pierre-Louis : On défend tous les mêmes idées. Le monde qui nous entoure va mal. C’est important d’en parler dans le sens où nous avons l’opportunité d’exposer nos idées sur scène. C’est notre rôle.
Alexis : Cette réflexion est indispensable à nos yeux mais ce n’est pas toujours évident. Nous ne nous sentons pas forcément légitimes d’en parler, de trouver les mots justes et d’être crédibles. C’est toujours plus simple de ne rien dire. Mais, aujourd’hui, il faut prendre position.
Pierre-Louis : Nos chansons parlent, aussi, à notre place. Elles sont nourries d’actualité.
Alexis : Il faut casser le quatrième mur. S’adresser aux gens directement. Frontalement… sans la « pose » artistique, tu vois ? Et le faire surtout correctement.
JB : Absolument. Je poursuis pour le fond. « Song 008 », c’est Interpol qui copulerait avec Depeche Mode tant l’on y ressent fortement votre amour pour la pop, non ?
Thibault : Nico serait content !
JB : On remarque le peu de clivages attendus chez un groupe de punk-noise. Elliot est fan d’ABBA et de Pulp, d’ailleurs, non ?
Thibault : Oui. Interpol et Depeche Mode. La comparaison est intéressante. Tant que cela te parle, pourquoi pas ? On prend.
JB : « Men at the End » me donne la furieuse envie de danser, à poil, dans un Sabbat au cœur de la Forêt Noire . (rires) C’est d’une violence ! D’où est parti ce titre ?
Pierre-Louis : C’est le premier qu’on a écrit. Nous ne sommes plus trop enclins à le jouer en live, il est un peu vieux. Mais, oui, c’est un fait, tu le prends dans le cœur !
Alexis : Nous désirions un morceau « couplet refrain » en mode shoegaze . C’était un début, pour nous. Il reste, toujours, important à nos yeux.
Pierre-Louis : À la base, c’était une démo .
Alexis : Accompagnée d’idées de grattes.
JB : Pour conclure, « Aceta » est un titre totalement fou, tout en puissance. Un cri de rage punk/électro(n) libre avec une montée stratosphérique. Comment conçoit-on l’armature d’une chanson pareille ?
Thibault : On part d’un mélange électro et punk avec du « kick on the floor » partout.
Pierre-Louis : Avec Model/Actriz dans le viseur. Je pensais à une ligne de basse spécifique pour faire bouger les gens. Et les paroles sont proches d’un grand déversoir. Oui, « Aceta » fonctionne toujours aussi bien en « live ».
Thibault : C’est un grand plaisir de l’interpréter.
JB : On ressent chez vous une part instinctive mêlée à une technique solide. Vous demeurez en lévitation en dépit de l’avalanche sonique qui nous submerge. Comment travaillez-vous cet écart entre légèreté et profondeur ?
Thibault : Nous sommes attachés à produire des mélodies fortes, même s’il y a du bordel derrière et dans tous les sens. Une suite d’accords ou un arpège.
Alexis : Même si c’est agressif, c’est pop et « catchy » afin que les gens puissent chanter.
Thibault : Sans verser dans la « démonstration » pop…
Alexis : Même si on adore ça.
JB : C’est ce qui vous distingue ?
Thibault : C’est grâce à Elliot qui a baigné dans la « Brit Pop ». Sans lui, nous serions plongés dans de la noise à la « Gilla Band ».
Alexis : Cela nous poursuit jusqu’au mixage. Il faut que ce soit agréable à écouter et facile d’accès. « Fontaines DC » a effectué un virage plus pop et cela touche dorénavant un plus large public. Rester bloqué dans sa cave à transpirer et boire des bières, ça va un temps. (rires)
JB : Un encart dans le NME, une presse dithyrambique et des dates à « Rock en Seine » et « La Route du Rock » … il y a une forte « hype » autour de vous. Comment envisagez-vous, dans l’absolu, votre avenir au sein de l’industrie musicale et votre futur concert à « La Maroquinerie » de Paris ? Passer de 7000 personnes à une capacité plus réduite, est-ce la promesse d’un set plus intime ?
Thibault : C’est une première vraie date parisienne où l’on doit construire un set d’une heure environ…
Alexis : On n’a jamais joué aussi longtemps.
Thibault : Dans un club, tu dois tout donner en 45 minutes. Ici, il y aura un « fil » narratif. Pour « La Route du Rock » il y avait une ambiance foutraque où tout le monde s’amusait. Le 27 novembre, on va essayer de reproduire cela.
Alexis : « La Maroquinerie », c’est 400 spectatrices et spectateurs qui viennent juste pour toi. Donc, le stress sera là. C’est une grosse pression pour nous.
JB : Dernière question : quel serait votre plus grand souhait pour 2027 ?
Thibault : Que la gauche passe ! (rires)
Pierre-Louis : Que les gens choisissent bien pour qui ils doivent voter.
Thibault : Et que notre album soit bien reçu.
Pierre-Louis : Avec des dates kiffantes. J’adore voyager, me frotter à d’autres cultures, d’autres musiques.
Alexis : Préservons un climat politique propice à ces échanges. Nous avons l’opportunité de vivre en France, un pays doté d’une richesse culturelle…
Pierre-Louis : Donc, votez bien !
Thibault : Et pas que pour nous ! (rires)
C’est à regret que je quitte Thibault, Alexis et Pierre-Louis. Voici un « gang » terriblement sympathique qui ne pratique pas la langue de bois. Voici un « gang » qui s’apprête à ravir votre cœur et redonner au rock français ses couleurs passées. Voici un « gang » charismatique, attachant et érudit qui pourrait se substituer à vos meilleurs amis.
Chest. ?
Alignement des planètes et étoffe des héros pour un groupe qui tutoie, déjà, les étoiles.
John Book.




