Révélation de la scène alternative bruxelloise, The Bernadette Maries transforme l’urgence post-punk et les textures shoegaze en hymnes mélancoliques. Entre références cinématographiques (Wong Kar-wai, Lynch) et inspirations contemporaines, le trio vient de franchir un cap majeur avec la sortie de « Soft », leur premier album disponible chez Géographie depuis le 18 septembre chez Géographie. C’est la belle découverte de l’automne, un groupe passionné et passionnant qui a tous les atouts pour conquérir les aficionados les plus exigeants. À quelques jours de leur concert au Point Éphémère le 28 octobre, ils nous parlent de leur musique et de leur genèse.
En guise de préambule, pouvez-vous revenir brièvement sur l’origine de votre groupe ?
Nous nous sommes rencontrés avec David (drum) sur une session d’enregistrement à mon studio, il y a 3 ans. J’avais accroché à la personne et à sa manière de jouer. Quelques mois plus tard, j’ai eu envie de refaire de la musique en groupe, et je l’ai contacté.
On a tâtonné ensemble, on a essayé d’autres membres, et très vite on a enregistré une démo (qui est finalement devenue notre EP LvvV), et on l’a envoyée à une amie qui joue dans un groupe nommé Bodega. Ça a dû leur plaire car ils nous ont directement demandé d’ouvrir pour eux lors de leur passage à Bruxelles, en octobre 2024, et tout s’est ensuite enchaîné très vite, il a fallu trouver un nom, et des membres fixes à la basse et à la guitare.
On a donc rencontré Daria, puis Romain, et le noyau dur était là.
Entre le spleen shoegaze de My Bloody Valentine, la tension post-punk de Fontaines D.C. et l’énergie des Smashing Pumpkins, votre son est à la fois texturé et mélodique. Comment avez-vous trouvé cet équilibre sonore à trois entre Daria, Guy et Romain ? »
On joue beaucoup ensemble, on écoute énormément de musique, on se partage beaucoup d’albums, et de là les choses s’affinent naturellement, nos horizons, nos envies, la manière dont on veut exprimer notre musique. Je ne pense pas qu’on soit calculateurs à ce niveau, c’est assez instinctif. Quand une track est terminée, on peut être les premiers surpris de voir à quoi ça ressemble. On nous parle beaucoup des années 90’/2000’ etc.., et on a clairement écouté plein de groupes & de musique de cette époque, mais la vérité c’est qu’on écoute quasi que des groupes contemporains, nous écoutons autant OKlou que Converge dans le van.
Malgré votre jeune existence, vous avez déjà joué quatre fois au Botanique et partagé la scène avec des groupes comme Ditz, Gurriers ou Bodega. Qu’est-ce que la scène indé et ces premières belles dates ont apporté à la dynamique du groupe ?
La musique indé est l’un des catalyseurs du groupe. C’est autour de ça qu’on se retrouve, et jouer avec ces groupes crée cette excitation, cette envie de continuer, c’est très inspirant, ça marque le coup, ça crée une sorte de “légitimité” surtout quand c’est le groupe en question qui a validé la première partie.
De manière plus pragmatique, ça nous a permis de rencontrer des publics différents assez vite, de voir ce qui plait et à qui, de comprendre ce qu’on fait, quel type de groupe nous sommes.
Vous citez la musique, mais aussi le cinéma, la littérature et le monde qui s’effondre comme sources d’inspiration. Quelles œuvres ou quelles lectures ont infusé l’atmosphère de ce premier album ?
Définitivement Wong Kar Wai, avec “In The Mood For Love” & “Fallen Angels”, ce sont des influences directes pour les Maries, ainsi que “La Belle & la Bête” & “Orphéus” de Jean Cocteau: certaines paroles, certains riffs sont littéralement nés devant ces films. Il y a aussi David Lynch évidemment, Gregg Araki..
En lecture, je suis un énorme fan de Hermann Hesse, et je me suis replongé dans Nabokov ces deux dernières années, je ne sais pas si c’est une influence directe, mais ça doit colorer le tout, j’en suis certain.
Après l’EP LvvV en 2025, votre tout premier album Soft, est sorti le 18 septembre sur le label Géographie. Qu’est-ce que ça représente pour vous d’avoir sorti ce premier album avec l’aide de Géographie ?
J’ai découvert Géographie Records via un ami qui joue dans School, et, bien avant que l’idée de se lancer sur un album n’arrive, je m’étais dit que ce serait le label parfait pour nous, en termes de taille et de roaster.
Je me souviens d’un matin, alors que je travaillais à l’étranger, assez déprimé, vidé de mon énergie, j’ai ouvert la boîte mail du groupe, et il y avait un e-mail de Géo disant qu’ils avaient aimé l’EP et me demandaient si on pouvait prendre un café ensemble, mon sang n’a fait qu’un tour, ça m’a littéralement remis sur pied.
C’est vraiment génial de travailler avec quelqu’un de sain, qui partage nos valeurs & nos goûts musicaux, et qui vient chercher et s’investir dans un groupe de nobodies comme nous, au stade 0.0001 de notre développement.
L’album rassemble des titres déjà forts comme The Closer You Look, ESO ou Missing Bernadette. Est-ce que ces morceaux ont servi de fil conducteur pour construire la couleur globale de l’album ?
C’est plutôt le contraire bizarrement, à part ESO, dont on avait une version “A” après une première résidence de composition, TCYL et Missing Bernadette sont arrivées plutôt en fin de process. C’est en voyant le matériel qu’on avait enregistré que ces morceaux sont nés, comme liant, ou plutôt comme piliers qui aidaient à la cohérence du disque.
Nous avions certainement commencé à digérer le tout, et nous y voyions plus clair, ce qui a donné la création/réécriture de ces trois singles.
Vos morceaux parlent beaucoup d’amour, d’existentialisme et de spleen contemporain. Est-ce que composer de la musique est pour vous une manière de faire face à ce monde qui s’effondre lentement ?
Il y a beaucoup de cela en effet, c’est probablement de l’existentialisme de comptoir, mais oui, c’est le fil rouge de l’album. Je préfère penser en termes d’“incompréhension” plutôt qu’“effondrement”, je ne veux pas laisser le nihilisme prendre trop de place dans les paroles ou dans ma vie.
Vous préparez une Release Party au Point Éphémère le 28 octobre. Comment appréhendez-vous cette date et l’accueil du public ?
Yes, au moment où je te réponds, on est le lendemain de notre release bruxelloise, et c’était vraiment super, on a presque fait Sold Out dans cette salle qui s’appelle la Rotonde, au Botanique. Faire la même chose à Paris serait génial, on adore y venir, et c’est aussi là que l’album a été mixé… Mais on sait qu’on est des outsiders dans cette ville, la concurrence est rude, et on a moins de connexions. C’est littéralement impossible pour nous de deviner l’accueil public aussitôt après la sortie de notre album.
On va s’éclater quoi qu’il arrive, c’est certain, et on est très heureux de partager l’affiche avec Disarm & Sky Problem.
Et ensuite, si vous deviez imaginer la salle ou le festival idéal pour jouer Soft dans son intégralité, ce serait où et pourquoi ?
Allez, juste pour le fun de la question, je dirais Red Rocks dans le Colorado, on commencerait exceptionnellement le set avec Missing Bernadette et on terminerait avec SOFT. Les artistes invités rendraient la soirée vraiment spéciale, ce serait magnifique d’avoir OKlou, They Are Gutting A Body Of Water, Winter & Jessica Pratt.
En concert :
28/10 – POINT EPHEMERE (PARIS, FR)
04/11- FUIFZAAL ELYSEE (OOSTENDE, BE)
05/11 – BARBROOS (GENT, BE)
Photo de couv. (C) TONE VERSWIJVEL




