Il y avait peu de monde à se masser devant « La Cave » en ce vendredi 2 Octobre. Est-ce le genre « Metal » qui refroidit les âmes mélomanes les plus aguerries à rejoindre Argenteuil ? Ou une soirée exceptionnellement douce pour la saison et propice aux terrasses ? Va savoir. Mais les faits sont là. C’est un parterre disséminé qui fait face à la scène déserte. Ouverture de rideau pour « Find my Name » qui lance les hostilités avec une succession de gimmicks et de clichés dans la besace. Je n’ai aucune dent contre ce jeune groupe mais accumuler autant de postures « rock » en si peu de temps, c’est gênant. Chanteur apparaissant in extremis une capuche sur la tête pour mieux masquer son visage puis troquant le sweat pour le t-shirt marcel et finir torse poil, bon…Guitariste hardos s’agenouillant sur une jambe, bassiste dégainant son portable pour immortaliser l’instant, sosie de Yarol Poupaud exhibant sa langue à qui mieux mieux. Et ce mélange mal digéré d’influences diverses mais avariées (Rage against the Machine à la sauce béarnaise). Sans oublier cette tendance à gueuler : « Faites du bruit ! » toutes les 5 minutes… Je suis désolé, les gars, vous avez l’air sympathiques mais redescendez un peu. Find my Name versus Bukowski ?
À l’un « bashing », à l’autre les lauriers ? C’est non négociable. Cette première partie possède les défauts de sa jeunesse et manque de maturité. Sorry. N’est pas « Linkin Park » qui veut.
Petite pause pour un changement de plateau et en avant le lightshow!
» On s’appelle Bukowski, on vient du 9-5 et on est des résistants ! ».
Effectivement, comment s’opposer à la puissance de feu maitrisée qui ravage instantanément l’auditoire dès les premières mesures ?
Mathieu Dottel possède un charisme naturel (qui n’est pas sans rappeler celui de Josh Homme) et sa voix malléable monte aisément dans les cimes sans omettre ses instincts barbares (le fameux growl que j’aime tant). Max Muller, bassiste caoutchouc, affiche un sourire communicatif et constant. Clément « Knäcky » Rateau balance ses hanches et ses dreadslocks au rythme de sa guitare frondeuse et Romain Sauvageon, beau gosse absolu, le soutient à grands renforts de frappes -décisives- sur sa batterie.
Les morceaux de choix s’enchainent et Mathieu digresse souvent au cœur de ses chansons, plaçant çà et là ses ressentis entre deux couplets. Cela joue à fond la caisse mais l’aspect « pop » des harmonies apporte une légèreté peu commune… pour un « Metal Band ». Je dois l’avouer, leur avant-dernier album éponyme -datant de 2022- m’avait laissé sur le bas-côté. Rien de neuf sous les tropiques (Thunder) et calme plat sur le Val d’Oise.
Et puis, contre toute attente, ce « Cold Lava » impérial, fou, habité et couillu qui déboule cette année. Des titres comme « Headlights, « Criminals » (dont le sujet sera abordé sur scène par Max, ce dernier prônant la thérapie obligatoire pour les agresseurs en cas de violence faite aux femmes), » Cold Lava » (titre smoothie selon son leader), « Isolation » ou encore « Communication in Silence » s’offrent une patine tout autre en « plugged ».
Me revient en mémoire une Black Session d’anthologie- le 30 Juin 1995- où le groupe « Therapy? » fut invité, par Bernard Lenoir, à croiser le fer avec le public parisien. Avec simplicité et une redoutable efficacité, le power trio défendit son « Infernal Love » et transforma le studio 105 en CBGB’S rougeoyant. Nous étions trois, éméchés et devant la scène, à pogoter dès les premiers coups de semonce du combo irlandais. Le bassiste, rigolard, nous offrit-d ’ailleurs- une cannette de bière de sous son ampli pour nous remercier ! Puis ce fut (selon mes souvenirs) la moitié du public qui descendit s’ébrouer sur un « Screamager » punk à souhait. Lenoir, lui, exultait en direct. Putain, l’Irlande, mec, tu ne peux pas « test »…!
Voici les sensations et autres réminiscences qui affluèrent, hier soir, durant la performance béton de Bukowski. Ce même amour pour la mélodie qui fait mouche. Cette même appétence pour la tension en crescendo qui souligne un refrain.
Artisans ? Il va sans dire.
» Merci ! Nous formons une famille ! Nous sommes toujours très heureux de nous produire dans des lieux à la marge. Bonne soirée à vous ! C’était ces enc…de Bukowski ! » balance Mat dans une ultime bravade. Trois titres en rappel. Trois petits tours (de force) et puis s’en vont.
Mes oreilles ne saignent pas, signe d’une balance parfaite et d’un ingénieur du son aux petits oignons.
Alors, c’était ça, Bukowski ?
Ouais, c’était ça. Un groupe en lutte, généreux et sans ego. Militant. Qui tient la scène et ne la relâche que sous la contrainte. Adepte du fucking live sans fioritures ni ratures.
Pour reprendre Charles Bukowski : « Ces foutus révolutionnaires de mes deux, qui trainent chez moi à boire ma bière et à piocher dans ma bouffe, tout en exhibant leurs nanas, doivent comprendre que la révolution se fait d’abord à l’intérieur de nous -même ».
Il ne croyait pas si bien l’écrire.
John Book.




