[Ciné] « Les éléphants dans la brume », un thriller transgenre népalais

Une jeune fille transgenre disparait d’un village népalais implanté au cœur d’une forêt peuplée d’éléphants sauvages. Véritable thriller, « Les éléphants dans la brume » n’a rien à voir avec un film animalier et touche au but par son côté mystique. Poignant

Drôle de film que ce « Les éléphants dans la brume » du cinéaste népalais Abinash Bikram Shah. Il montre le mal de vivre d’une communauté Kinnar au sein d’un village népalais. Ce groupe transgenre fascine autant qu’il terrorise la population locale du fait de ses prétendus pouvoirs sacrés. Les bénédictions sont supposées apporter la fortune, mais on craint les malédictions.

Une mère de famille transgenre.

Entre tradition et modernité, Apsara, en passe d’être émasculée, vit en opposition à sa mère, Pirati, la mère de famille transgenre. Celle-ci rêve de partir à New-Delhi avec son amoureux mais, en bonne matrone, elle doit encore faire bonne figure face à la communauté. Ses projets seront de toutes façons bientôt mis à mal par la disparition d’Apasara, la plus turbulente de ses filles adoptives.

Le drame social tourne au thriller.

Pirati va alors remuer ciel et mer pour retrouver son enfant chéri, disparu dans la forêt des éléphants sacrés, mais personne, même pas le petit ami d’Apsara, un sale type, ne semble concerné. Pas facile alors pour Pirati, habituée à vivre en autarcie à la lisière de la forêt sacrée avec sa petite famille recomposée, de se confronter au monde des binaires, mais, prête à tout, pour retrouver sa fille ou tout du moins savoir ce qu’elle est devenue, elle va faire face à l’hostilité aussi bête que méchante des habitants du village. Même la police, dirigée par des femmes, semble démunie dans ce thriller viscéral d’un nouveau genre.

Cannes, sous le choc, récompense le film.

Particulièrement réussi, porté par une magnifique photo aux accents de Nan Goldin, la photographe des queers et des marginaux par excellence, et des couleurs en clair-obscur, le film « Les éléphants dans la brume » a reçu le prix du jury de la sélection « Un certain regard » lors du dernier festival de Cannes. Dans le même genre, « Le mystérieux regard du flamant rose » avait pris le même chemin l’an passé en remportant le prix Un certain regard.

Sélectionné dans plusieurs festivals, « Les éléphants dans la brume » a également été sacré au Melbourne International Film Festival par le Prix du meilleur film et le Prix du public.

Note 8 / 10

Patrick Auffret