[Ciné] « La vie d’une femme » est bien compliquée.

Léa Drucker est une nouvelle fois sublime dans « La vie d’une femme », le deuxième long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet. Un film d’une rare maîtrise en forme de porte ouverte sur les réalités d’aujourd’hui.

Quel film ! Le deuxième long-métrage de Charline Bourgeois-Tacquet est une pure merveille, construite façon kaléidoscope autour du personnage de Gabrielle (Léa Drucker). Cette femme de 55 ans, sans enfant, gère sa vie et sa carrière d’une main de fer, avec humanité et empathie. Chirurgienne du visage le jour et chef de son service, elle est en couple, mariée même, depuis de longues années avec Henri (Charles Berling). Une seconde union pour lui. Tout cela remplit bien la vie de Gabrielle : elle doit gérer les enfants de celui-ci, encore la maison, sa mère (Marie-Christine Barrault) malade et aussi sa petite sœur, toujours sur le fil question finance. Elle le fait avec autorité, sans jamais montrer ses failles, et ce alors que tout semble s’effondrer autour d’elle, à commencer par l’hôpital public…

Entre femmes

Dans ce contexte tendu, Gabrielle va rencontrer Frida (Mélanie Laurent), une romancière libérée venue découvrir comment fonctionne son quotidien. Sa vie va s’en trouver bouleversée jusque dans sa chair.

Magnifique portrait de femme, ce film ouvre aussi la réflexion sur de nombreux sujets. Il n’est donc pas linéaire mais construit sous la forme de onze chapitres comme un livre.

Œuvre sensuelle à souhait, parfaitement dans l’air du temps, « La vie d’une femme » touche en plein cœur en filmant au plus près la nature humaine. Après « Les amours d’Anaïs » en 2021, la réalisatrice a pris le temps pour mieux servir ses convictions. Elle a ainsi attendu une année pour pouvoir avoir Léa Drucker et a même fait un stage à la PitiéSalpêtrière pour valider ses choix.


Léa Drucker toujours au top

Résultat, Charline Bourgeois-Tacquet frappe, pour son deuxième long-métrage seulement, fort et juste. Elle offre à Léa Drucker, César 2026 pour son rôle dans « Dossier 137 », un rôle à la mesure de son talent et se permet le luxe d’avoir dans les seconds rôles d’autres acteurs de premier choix. Elle s’octroie même la présence de l’écrivain italien Erri de Luca. Mais le spectateur n’est jamais perdu dans cette avalanche d’invités prestigieux. Cela donne au contraire au film une force singulière à la fois rare et magnifique.

Présenté au festival de Cannes au printemps dernier, « La vie d’une femme » n’a pas obtenu de prix. Ce qui n’enlève rien à sa très grande qualité.

 

Patrick Auffret