Samedi 27 juin, à l’invitation de mon ami Laurent, direction la Picardie pour 2 jours de concerts à Rétro C Trop, dans le parc du Château de Tilloloy. 2026 est l’édition de l’anniversaire des 10 ans de ce festival qui célèbre la musique des années 50 à nos jours. Les musiciens annoncés ne sont de première jeunesse et le public est bien dans la lignée avec une moyenne d’âge qui monte dans les tours !
Beau temps de fin de canicule, avec une température qui reste acceptable, mais à noter qu’une vigilance orage violent est à l’ordre du jour. D’ailleurs, Philippe Tassart, l’organisateur, a préciser, lors de ses quelques mots d’ouverture de la session du jour, que la préfecture a malgré tout autorisé les concerts de ce 2ème jour, à la condition d’évacuer le site si le risque venait à se réaliser.
Donc tout roule, l’optimisme est de mise et à 15h00 tapante, EXTC arrive sur scène. EXTC, c’est le projet de Terry Chambers, batteur historique de XTC, qui reprend avec ses musiciens les titres de son groupe d’origine et ont donc toujours des plans pour Nigel !
16h45, Squeeze entre en scène. En ce qui me concerne, je ne suis absolument pas dans un domaine de connaissance, mais manifestement une bonne partie du public les attendent avec une grosse envie. Leur set a été un vrai bon moment et j’ai quand même reconnu un ou deux morceaux de leur setlist !
18h45, c’est la fratrie des british de The Molotovs qui va bousculer le festival avec toute l’insolence de leur jeunesse, avec Issey 19 ans et Mathew 17 ! Je les découvrais sur scène, avant de les retrouver en octobre, à Paris, à la Machine du Moulin Rouge. J’ai aimé leur cocktail explosif ! Pour leurs photos, je vous renvoie au report ad hoc, déjà publié.
20h45, Roland Gift, chanteur et compositeur des Five Young Cannibals qui ont sévit de 1985 à 96. Une superbe voix assez singulière et un superbe titre Johnny Come Home qui nous rajeunit d’une quarantaine d’années ! La prestation était assez cool et ça commençait à gronder dans les cieux environnants avec des éclairs menaçants…
Malgré tout, la soirée continue et le staff des B-52s, programmés à 23h00, s’affaire sur scène pour mettre en place leur matériel… Et puis, à 22h55, Philippe Tassart débarque pour annoncer qu’il faut évacuer immédiatement le site. Nous n’aurons eu droit qu’au fond de scène des B-52s. S’en suit, en répétition, une sirène et un message diffusé, en français et en anglais, nous invitant à quitter les lieux, tout en évitant la proximité des arbres, sauf que, pour sortir, il faut passer par une forêt !
En moins de 5 mn, le chaos s’est abattu sur le Château de Tilloloy. D’un coup, tout s’est déchaîné : des rafales de vent à plus de 100km/h, une pluie torrentielle comme jamais je n’en avais connu, la bâche de la scène qui bat dans les sens, sous les coups de butoir des rafales… Je ne vous parle même pas des tentes dédiées au merch, aux commerçants (disques, tee-shirts…) et à la restauration… Quant aux campeurs, ils ont fini dans une salle communale. La sortie du public s’est faite avec une sacrée trouille, en suivant le flux des quelques 2 900 personnes présentes, notamment lorsque l’on a dû passer sous des arbres qui bougeaient et se tordaient dans tous les sens. Pas franchement rassurant ! Evidemment, certains sont tombés, un ami a retrouvé sa voiture sous un arbre (cf. photo). Arrivé dans le village que nous devions traverser (ma voiture était garée à l’entrée de Tilloloy, au bord d’un champ et sous un arbre qui, lui, a résisté !), c’était des tuiles qui volaient et s’écrasaient sur la chaussée. Les rues étaient pleines d’eau, au niveau des caniveaux, donc au-dessus des chaussures… Après avoir pu se mettre à l’abri pendant un bon moment sous un porche, puis dans un garage (un grand merci au propriétaire qui a permis l’accueil d’une trentaine de personnes), on a pu rejoindre la voiture dans un état minable et encore bien dégoulinant… Il nous restait 30 kms pour rejoindre notre hôtel. On est parti au bruit des sirènes des pompiers qui rejoignaient le site. Il nous a fallu slalomer entre les branches qui jonchaient les routes et même faire demi-tour quand un arbre tombé barrait la chaussée.
On a quand même du mal à comprendre pourquoi l’ordre d’évacuation a été donné si tardivement. Robert Gift n’aurait probablement jamais dû entrer sur scène. Des photos montrent de sérieux éclairs au-dessus du site pendant son set. Responsabilité de la préfecture et/ou de l’organisation ? Heureusement, au-delà de dégâts matériels très importants, il n’y a pas eu de personnes décédées, ni blessées grièvement… Possible qu’un tel évènement puisse remettre en cause la pérennité de ce festival.
Pour illustrer le final que l’on a subi, je me permets de reprendre le post (traduit de l’anglais) que Fred Schneider, le chanteur emblématique des B-52s, a publié le lendemain sur les réseaux sociaux :
« Ce n’est pas le genre de contenu que je publie habituellement. C’est une situation très grave. La soirée d’hier a été un désastre total. L’organisateur était au courant de la violente tempête qui se préparait et se dirigeait vers le festival « C Trop » à Tilloloy, en France.
D’abord, il y a eu des éclairs, mais l’organisateur a tout de même fait monter la scène par l’équipe technique et a demandé au groupe de se préparer à jouer. Heureusement, notre régisseur a ordonné d’attendre dix minutes, jugeant la situation dangereuse et voulant évaluer l’évolution de la tempête.
Ensuite, des vents violents – dignes d’un ouragan – et des pluies torrentielles se sont abattus sur nous.
Une grande partie de notre équipe a été surprise par les intempéries et a dû se mettre à l’abri comme elle le pouvait. Le festival a été évacué. Nous ne pouvions même pas partir, car conduire était trop dangereux. L’électricité a été coupée à plusieurs reprises en coulisses.
Nous étions terriblement désolés pour les fans qui avaient attendu toute la journée, sous la chaleur, de nous voir jouer. Ils n’ont reçu que très peu, voire aucune mise en garde de la part de l’organisateur quant aux dangers de rester sur place ou de se diriger vers la scène ; la foudre frappait déjà à proximité du groupe qui jouait avant nous.
Des éléments d’échafaudage de la scène se sont même effondrés, détruisant notre matériel.
Claviers, pieds de micro, ordinateurs portables, matériel de sonorisation… Tout a été détruit.
Clawdia, notre mascotte, a basculé de la scène lorsque les rideaux latéraux et le fond de scène ont été arrachés par le vent.
Une bonne nouvelle toutefois : les guitares de John n’ont pas été détruites ; elles étaient trempées, mais il est possible de les sécher. Je ne sais toujours pas ce qu’il est advenu du matériel de Ken et Tracy, ni de la batterie de Sterling. La batterie a été projetée aux quatre coins de la scène.
Je ne connais pas encore l’ampleur totale des dégâts, mais voici les photos…
Comme vous pouvez le voir sur la photo montrant la foudre, le groupe FYC était sur scène au moment de l’impact.
C’était extrêmement dangereux pour eux, car la scène regorgeait de gros objets métalliques. Etc.
Et puis, alors que nous étions dans le noir, les employés de l’organisateur circulaient avec des lampes de poche pour nous demander de signer des affiches… Je vous laisse imaginer les jurons virulents qui ont fusé.
Notre régisseuse, Alice Martin, a géré la situation de manière absolument remarquable. Nous aurions pu rester coincés sur scène si nous n’avions pas attendu ces dix minutes.
Notre ingénieur du son, Frank, a craint pour sa vie. La situation était dangereuse à ce point.
Nous nous sommes inquiétés pour l’équipe technique tout au long de la situation.
Personne n’a été blessé, Dieu merci. »
Vous l’avez compris, la fin de cette journée fut apocalyptique ! Avec Laurent, on était bien content de s’en être sortis sains et saufs. Et la session du dimanche a bien sûr été annulée. Pas de Fools Garden, de New Model Army, d’Ultra Vomit, de Joan Jett and the Blackhearts, ni d’Europe !
Pascal Cossé























































